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leur procès s’ouvre aujourd’hui au tribunal militaire de blida

Ce que disent les avocats sur la rencontre Toufik-Saïd Bouteflika

© Yahia Magha / Liberté / Archives Liberté

“Zeroual devait gérer la période de transition en qualité de chef de gouvernement avec les prérogatives d’un président”, nous a confié Me Ksentini.

À la veille du procès qui s’ouvre aujourd’hui au tribunal militaire de Blida, la défense du général de corps d’armée à la retraite Mohamed Médiène dit Toufik, de Saïd Bouteflika et de Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs, a révélé à Liberté le contenu du dossier de ces trois personnalités, détenues depuis maintenant plus de cinq mois, aux côtés de Bachir Tartag, général-major à la retraite et ex-coordinateur des services de renseignement. Me Ksentini, avocat du général de corps d’armée à la retraite Toufik, évoque pour sa part une réunion, quoi de plus banale. “Tout dépend de la lecture qu’on fait de ce dossier. Objectivement, il n’y a rien. C’est une rencontre qui a eu lieu entre Saïd Bouteflika et le général Médiène et dont l’objet n’a rien de nocif et politique. Ils voulaient simplement s’entendre sur le nom de la personne susceptible d’être proposée à la succession d’Abdelaziz Bouteflika qui était à la veille de sa démission”, assure Me Ksentini, qui a mis en avant l’autre lecture, celle de l’accusation, “qui dit que vous avez décidé de comploter contre l’État et le vice-ministre de la Défense de façon à le destituer. Voilà les deux thèses qui vont s’affronter. Ce qui est sûr c’est que la réunion a eu lieu dans un endroit appartenant à la présidence de la République et elle a été enregistrée. Ce sont des propos particulièrement anodins qui ont été échangés entre les deux personnes”, indique l’avocat. Au cours de cette discussion, Me Ksentini nous a révélé que trois noms de personnalités nationales ont été cités pour succéder éventuellement à Abdelaziz Bouteflika. Il s’agit des ex-chefs de gouvernement Ali Benflis et Ahmed Benbitour et de l’ancien ministre de la Santé Abdelhamid Aberkane. “Voilà sur quoi a porté la discussion, ni plus ni moins”, insiste l’avocat. Et d’ajouter que l’échange entre Saïd Bouteflika et le général à la retraite Khaled Nezzar “ne concerne en rien Toufik puisque, lors de son entrevue avec Saïd Bouteflika, il n’a pas été, du tout, question de cela”. “Zeroual devait gérer la période de transition en qualité de chef de gouvernement avec les prérogatives d’un président”, note Me Ksentini. La secrétaire générale du Parti des travailleurs est la troisième personne à comparaître devant le juge. 

Boudjemâa Ghechir, son avocat, pense que “le cas de Louisa Hanoune est différent des autres” parce que, étaye-t-il, “la décision d’aller vers une phase de transition gérée par l’ex-président de la République Liamine Zeroual a été discutée en son absence. Louisa Hanoune n’était pas présente à cette discussion. Mais elle sera informée de cette décision plus tard. Elle n’était pas d’accord et elle a dit que la rue exige des changements”. Elle a, en l’occurrence, exprimé, poursuit l’avocat, les positions de sa formation politique : “C’est-à-dire aller vers une Constituante, la dissolution de l’APN ou encore le départ du gouvernement.” Boudjemâa Ghechir précise que Saïd Bouteflika et Toufik ont informé Louisa Hanoune que le président a décidé de démissionner et de charger Liamine Zeroual de gérer une période de transition en qualité de chef de gouvernement avec les prérogatives d’un président de la République. “Elle a été informée, mais l’option a été arrêtée en son absence. Elle croyait à ce moment-là vraiment que c’est Abdelaziz Boutefllika qui avait pris cette décision. Et malgré cela, elle s’y était opposée”, ajoute Me Ghechir.

La défense du général Toufik réclame un ajournement du procès
Le collectif d’avocats de la secrétaire générale du Parti des travailleurs reste optimiste quant à ses chances de libération. “Pour au moins deux raisons : parce que nous tenons au respect de l’État de droit. Le 27 février, c’est-à-dire le jour de la réunion, Louisa Hanoune était encore députée et, du coup, elle était protégée par l’article 126 de la Constitution qui stipule qu’un député ne peut faire l’objet d’une poursuite. Ensuite, en tant que chef de parti politique, elle est protégée par la même loi fondamentale qui consacre le multipartisme et, par ricochet, la multitude de programmes. Donc, en tant que chef de parti politique, elle est dans son rôle de vouloir changer le régime actuel. C’est la raison même de son existence en tant que chef de parti d’opposition et en tant que députée. Si ces dispositions sont respectées, elle sera relâchée normalement”, plaide Boudjemâa Ghechir. Dès l’ouverture de l’audience, la défense du général Toufik compte réclamer un report. Me Ksentini nous explique le sens de cette démarche qui risque, toutefois, de ne pas aboutir. 

“Le général Toufik est affaibli physiquement. Il a perdu 14,5 kg. Il souffre d’une fracture à l’épaule gauche qui n’a pas été réparée comme il se doit. Les muscles et les cartilages au niveau de l’articulation de son épaule sont nécrosés. Il ne se sent pas dans un état physique susceptible de lui permettre de faire face à un procès aussi important. Il est sur une chaise roulante depuis plus d’un mois et demi à cause de cette fracture due à un accident domestique. Il n’a pas subi de violences, mais en glissant de son lit, il est tombé sur son épaule. C’est une fracture assez grave parce qu’elle a touché les articulations. Il va solliciter donc un renvoi et espère que cette demande lui sera accordée. Maintenant, tout dépend de la volonté et de l’appréciation du juge.” Le cas échéant, l’incompétence du tribunal militaire sera plaidée, l’accusé étant aux moments des faits reprochés à la retraite. “Nous, en tant que défense, nous ne tenons pas particulièrement au renvoi. Si le tribunal refuse l’ajournement du procès, nous serons obligés de nous incliner. Le tribunal a toujours le dernier mot, c’est lui qui mène la procédure. Si l’affaire est renvoyée, elle le sera sous huitaine ou quinzaine, le temps de lui permettre de récupérer et de répondre aux questions qui lui seront posées. Actuellement, il n’est pas aphasique mais il est dans un état physique tel qu’il ne dispose pas de dynamisme et de ressorts pour affronter une épreuve pareille.” 

Me Miloud Brahimi, avocat de Saïd Bouteflika et de Toufik, conclut : “Nous allons avec un grand point d’interrogation sur cette possibilité de report. De mon point de vue, les accusations ne tiennent pas la route, mais on verra bien ce qui va se passer durant le procès.” Le général à la retraite Khaled Nezzar, son fils Lotfi et Farid Benhamdine, gérant de la Société algérienne de pharmacie se trouvant à l’étranger, et objets de mandat internationaux lancés contre eux le 6 août dernier, seront probablement jugés par contumace.  Tous les accusés concernés par cette affaire doivent répondre des  mêmes chefs d’inculpation. 

À savoir “complot dans le but de porter atteinte au commandement d’une compagnie militaire” puni par l’article 284 du code de justice militaire de 5 à 10 ans de prison et “complot pour changer le régime” passible de la peine capitale. 


Nissa Hammadi


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