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Ils ignorent les mesures de prévention

Ces Algériens réfractaires au confinement

© Sofiane Zitari/Liberté

Marchés bondés, rassemblements à tout-va,... Plus d’une semaine après le confinement, des Algériens ne semblent pas avoir souscrit aux règles de prévention imposées par la conjoncture sanitaire.

Si dans l’ensemble, le confinement est visiblement respecté dans le centre de la capitale et d’autres grandes villes, un tour dans les quartiers populaires nous montre une toute autre ambiance. À la vue des marchés bondés et des supérettes où se bousculent les citoyens pour faire leurs courses, rien n’indique que le pays vit une crise sanitaire. “C’est le Bon Dieu qui donne les maladies”, se hasarde une vieille dame, croisée chez un vendeur de fruits et légumes à Aïn Naâdja (Alger).

La dame ne semble pas avoir pris conscience qu’une tragédie se passe à quelques kilomètres de chez elle. Pendant qu’elle élève la voix pour répéter son explication, passant d’un étal à un autre, un groupe d’hommes, collés les uns aux autres, se ruent sur un étal d’oranges bon marché. Pendant qu’ils remplissent leurs sachets, ils tentent de s’expliquer : “C’est le destin qui peut décider de la vie ou de la mort d’une personne”, dit l’un d’eux à son voisin. 

Des scènes de ce genre se répètent dans les marchés à longueur de journée. Au nez et à la barbe des autorités, aucune mesure de distanciation sociale n’est respectée. Mis à part quelques masques de protection, le reste des recommandations sanitaires ne trouve pas grâce aux yeux des citoyens qui, ironie de l’histoire, ne parlent souvent que de cela. Les discours des officiels, répétés à longueur de journée, sur les plateaux de télévision, peuvent attendre. 

Si aucune étude n’est encore faite sur le sujet, des spécialistes tentent de donner une explication à cette absence de discipline. Pour le sociologue Nacer Djabi, il y a manifestement une “inconscience” de la société. Si l’homme estime que la défiance des Algériens envers les politiques est une des explications à ce qu’il se passe chez nous, il rappelle que pour beaucoup d’Algériens, l’épidémie de coronavirus est “une abstraction” à partir du moment où les évènements se “passent chez les autres”. “D’aucuns pensent qu’ils ne sont pas concernés.

Cela se passe ailleurs, donc pas chez nous. C’est à peu près le même sentiment qui s’est développé chez les Italiens, les Espagnols ou les Français lorsque cela se passait uniquement en Chine. Sauf que cela risque, malheureusement, de coûter trop cher”, insiste Nacer Djabi. S’il partage le constat de “l’inconscience” des Algériens, le sociologue Fouad Hakiki a une autre explication. Pour lui, ce qu’il se passe relève de l’“inconscience” qui s’est emparée des Algériens et de leur “mode de vie”. “Depuis la dernière décennie, l’Algérien ne respecte rien du tout. Il vit dans une relation sociale renversée, s’impose des normes renversées.

Cela se voit dans sa manière d’agir”. Pis, Fouad Hakiki estime que l’Algérien “ne fonctionne pas avec un modèle rationnel” et ne “vit pas chez lui”, mais sa vie se fait “dans la rue, au café, au marché, à la mosquée (…)”. C’est pour cela que Fouad Hakiki préconise “un confinement strict” à la manière de la Chine. Dans cette “lutte contre la mort”, l’État “doit se montrer extrêmement sévère”, a-t-il suggéré. “Le désordre ne peut être résolu que par l’ordre”, avance-t-il tout en appelant à l’instauration de l’“état d’urgence”. Une option que les autorités évitent pour l’instant.

 

 


Ali Boukhlef