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Samir Belkacemi, directeur de l’inventaire, de la conservation et de la maintenance à l’OGECB

“Des objets de la préhistoire en vente libre”

© Louiza Ammi/Liberté

Liberté : Le commerce des biens anciens doit être régulé par des organismes chargés de la protection du patrimoine. Ce n’est pas le cas, pourquoi ? 
Samir Belkacemi : La loi 98 04 prévoit le commerce des œuvres d’art. Le propriétaire est astreint à les soumettre à une commission du ministère de la Culture pour expertise de l’état de conservation et la valeur. Pour l’instant, nous n’avons pas encore atteint un niveau de contrôle optimal. Nous sommes plus concentrés sur le trafic des objets archéologiques. 

Les brigades de gendarmerie et du patrimoine nous sollicitent souvent pour un diagnostic : c’est-à-dire déterminer si l’objet a été volé dans un musée et s’il est répertorié. Les brocanteurs doivent être vigilants sur le mode et la nature de l’acquisition. Si au cours d’une perquisition fortuite un objet classé est retrouvé, ils risquent la prison. Mais globalement, ils sont connaisseurs. Ils apprennent le métier de génération en génération. Une réflexion est en cours sur la révision de la loi que j’ai citée. Dans le projet sera inclus un chapitre sur le commerce licite des antiquités et des œuvres d’art.   

Les biens cédés par des particuliers ne sont pas évalués par des experts. Qu’en pensez-vous ?  
Le vendeur comme l’acheteur encourent le risque de l’arnaque. Le bien vaut-il le prix qu’on lui donne ? 
Est-ce un original ou une copie ? Une œuvre d’art peut être un mihrab de la Grande mosquée, un tableau d’Issiakhem, un objet de l’époque coloniale, une statuette en marbre ou en bronze. Pour l’expertiser, il faudrait connaître d’où elle vient. Généralement, les citoyens ne déclarent pas le bien ancien, car ce n’est pas une obligation, pourtant son commerce est réglementé. Autre problème, il n’y a presque pas d’experts en patrimoine assermentés, habilités à se prononcer sur la valeur d’un objet historique. Nous sommes dans une logique de commission pas dans celle d’experts.  

Donc des objets historiques sont probablement vendus à côté de la quincaillerie…  
Des objets datant de la préhistoire sont vendus librement. 
Une fois à Béchar, nous avons trouvé un marchand en train de vendre des pointes de flèches, qui témoignent de 3000 ans d’histoire, à 15 DA l’unité. Il nous a dit qu’il en trouve beaucoup dans les champs. Le même objet, transféré à l’étranger facilement, car petit et non détectable au scanner, est rétrocédé à un musée contre une grosse somme. Des œuvres d’une valeur inestimable sont sorties illégalement du pays notamment durant la décennie noire. Je cite l’exemple de la Gorgone, retrouvée dans la maison de Leila Trabelsi. 
Sans une déclaration des biens appartenant à des particuliers, il n’est pas possible d’avoir une traçabilité du patrimoine de son origine à sa destination.  

Propos recueillis par : Souhila H.


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