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Des hirakistes agressés à Oran

La responsabilité des autorités sécuritaires et administratives en question

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Grave ce qui vient de se passer en ce vendredi 45 du hirak à Oran avec la multiplication des agressions physiques et verbales des bandes de jeunes dont certains étaient sous l’emprise évidente de drogue. La déferlante haineuse qui a accompagné les manifestants, hommes, femmes et enfants, tout au long de leur itinéraire témoigne de la gravité des dérapages qui se sont produits.

“Ces scènes d'agressions et de provocations avec insultes et injures proférées contre les citoyens et les citoyennes d’Oran se sont produites tout au long de la marche de ce vendredi, sans que les forces de l'ordre interviennent, elles étaient d'ailleurs absentes, pour protéger les citoyens pacifistes”, rapporte le communiqué du bureau d’Oran de la Laddh, rendu public le même jour.

Le ton était donné à l’heure de la marche avec des baltaguia qui se sont placés de part et d’autre de la rue d’Arzew pour houspiller les hirakistes avant de les prendre à revers en amont du cinéma Régent, chargeant dans le tas et tentant d’arracher emblèmes nationaux et pancartes brandis par les manifestants.

Des coups de poing et de pied fusent et des hirakistes se retrouvant isolés, sont agressés.  “Ces bandes de baltaguia ont pu aisément, en plusieurs endroits du parcours des hirakistes pacifiques, les agresser, frappant et insultant tous ceux qui se trouvaient à leur portée. Un père de famille a été frappé à la tête ainsi que sa petite fille qu'il avait dans les bras”, dénonce la même source. 

Le calvaire ne faisait que commencer et des bandes d’adolescents surexcités, répondant visiblement à des directives d’adultes présents en  tant qu’observateurs, reviennent à la charge à la place des Victoires, affluant des ruelles Saint-Pierre. Des jets de pierres et de pétards au milieu de la foule depuis l’échafaudage mis en place pour la restauration d’immeubles au niveau des Arcades ont contribué à ces moments de panique particulièrement chez les femmes.

Si les scènes de violence ont été le leitmotiv de cette journée, ce sont en revanche les vidéos qui ont circulé sur les réseaux sociaux qui font froid dans le dos tant ce sentiment d’impunité de ces agresseurs les pousse à se filmer à visage découvert. La vidéo d’un baltagui connu à Oran suscite, elle aussi, l’indignation puisqu’on le voit menacer d’égorger les manifestants au vu et au su de plusieurs policiers.

Face à  ce qui s’est  passé  et qui  s’apparente  à  une  véritable  opération orchestrée contre le hirak, des citoyennes et des citoyens d’Oran “adhérant aux marches citoyennes des mardis et des vendredis chaque semaine depuis le 22 février” ont lancé un appel aux “autorités sécuritaires et administratives de la ville pour mettre fin aux manipulations de certains milieux affairistes mal dissimulés derrière des partis politiques et d’associations proches du pouvoir illégal et illégitime”.

Par  ailleurs, l’appel met “la justice  algérienne,  les présidents de l’APC et de l’APW ainsi que messieurs le wali et le chef de sûreté de wilaya” devant leurs responsabilités en cas de dépassements irréversibles. Le bureau d'Oran de la Laddh rappelle également “que le devoir des forces de l’ordre est de protéger la population pacifique”.
 

Saïd OUSSAD