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Après la délibération de l’Autorité des élections

Le système face à lui-même

© APS

Les internautes s’en donnent à cœur joie. à peine divulguée samedi par le président de l’Autorité nationale indépendante des élections (Anie), Mohamed Charfi, la liste des prétendants à la magistrature suprême (Ali Benflis, Abdelkader Bengrina, Abdelmadjid Tebboune, Azzedine Mihoubi et Abdelaziz Belaïd) a donné lieu à une flopée de commentaires où la dérision le dispute au sarcasme et au calembour. Alors que certains les assimilent, en invitant les citoyens à choisir, aux parfums de glace, pour suggérer la similitude de l’origine du produit, d’autres déclinent leurs noms composés en y ajoutant le nom de Bouteflika, tandis que d’autres encore observent, ironiquement, que trois candidats ont leurs noms commençant tous par la lettre “B”, allusion aux autres “B”, particulièrement Bedoui Noureddine, Premier ministre, et Bensalah Abdelkader, dont la rue réclame le départ, en vain, depuis février dernier. “Une course avec cinq lièvres”, a commenté l’ancien ministre Abdeslam Ali Rachedi, comme pour signifier que l’heureux élu est déjà tout désigné. Mais au-delà du rejet de l’élection dans les conditions actuelles que suggèrent ces commentaires acerbes, c’est le profil des candidats qui semble susciter leur méfiance vis-à-vis d’un scrutin dont ils laissent entendre qu’il charrie les relents d’une mascarade et dont l’objectif est de faire avorter la révolution et de reconduire le système sous un nouvel habillage. Car, en effet, tous ces candidats ont un point en partage : ils sont tous issus du parti unique et ont servi le système. Âgé de 75 ans, Ali Benflis a été parmi les fondateurs de la Ligue algérienne des droits de l’Homme en 1987, inspirée par le pouvoir, pour contrecarrer la Laddh fondée deux ans plus tôt par Me Ali-Yahia Abdenour. Député FLN en 1997, il dirige deux ans plus tard la campagne du candidat Bouteflika, avant de devenir secrétaire général à la présidence, puis chef de gouvernement. Après son échec à l’élection présidentielle de 2004, il se confine dans le silence, près d’une décennie durant, avant de revenir sous les feux de la rampe à la faveur du scrutin présidentiel de 2014. Si on lui doit son opposition à l’ouverture des camps du Sud en 1991, on lui attribue aussi la décision de l’interdiction des marches à Alger après les dérapages qui ont marqué la grande marche de la coordination des archs et des villages de Kabylie en 2001. Il a aussi intégré la conférence de l’opposition de Mazafran en 2014, avant de prendre ses distances quelques mois plus tard. Plusieurs fois secrétaire général dans nombre de wilayas dans la deuxième moitié des années 1970, Abdelmadjid Tebboune a, lui aussi, fréquenté les arcanes du pouvoir. Wali dans beaucoup de wilayas dans les années 1980, il devient ministre délégué en 1991. Plusieurs fois ministre sous Bouteflika, il est propulsé Premier ministre en mai 2017, poste dans lequel il ne fera pas de vieux os, puisque, trois mois plus tard, il est limogé à l’issue d’un bras de fer qu’il a engagé contre certains membres de l’oligarchie. Abdelmadjid Tebboune traîne l’image de celui qui a juré que “le programme de Bouteflika ne s’arrêtera jamais”. Produit du FLN, Abdelaziz Belaïd a, pour sa part, fait ses classes dans l’Unea et dans l’Unja, ces organisations chargées de relayer la philosophie du parti unique. Député pendant dix ans (1997-2007), il crée le front El-Moustakbal en 2012, un parti dont l’idéologie emprunte beaucoup à son parti géniteur. 

Même s’il tente d’enfiler les oripeaux d’opposant, Abdelkader Bengrina, un islamiste BCBG, a, quant à lui, été ministre avant de faire dissidence dans son parti, le MSP, qui était membre de la coalition présidentielle soutenant le programme du président de la République. Ce n’est qu’en 2013, dans la foulée du retrait du MSP du gouvernement et son échec aux législatives, qu’il décide de faire cavalier seul en créant le mouvement El-Bina. Même s’il porte la patine d’un homme de culture plutôt que celle d’un politique, Azzedine Mihoubi, autre postulant à la magistrature suprême, a évolué dans le giron du système. Ancien responsable à la télévision publique puis à la radio, Azzedine Mihoubi a, lui aussi, été député avant d’hériter du poste de secrétaire d’État chargé de la communication en 2008. En 2015, il est nommé ministre dans le gouvernement de Sellal et, depuis l’incarcération d’Ouyahia en juillet dernier, il assure l’intérim à la tête du RND.
Compte tenu de leur pedigree et de leur parcours, comment ces cinq candidats comptent-ils convaincre l’électorat de leur volonté d’opérer le changement radical comme le réclame la rue ? D’autant que toute l’opposition refuse de prendre part à ce scrutin rejeté par des pans entiers de la population. Prisonniers de la culture du système, ces candidats, quand bien même animés d’une conviction de mener des changements, voient leur démarche plombée aussi par leur silence face aux violations des droits de l’Homme et aux multiples incarcérations dont les plus emblématiques, celles des détenus politiques, comme Karim Tabbou et Louisa Hanoune, ou encore celle du moudjahid Lakhdar Bouregâa. C’est dire toutes les peines qu’ils auront à éprouver, lors de la campagne, pour, non seulement se défaire de cette image d’avoir servi le système, mais surtout susciter la confiance érodée par une gestion chaotique du pays à laquelle ils ont, en partie et par certains aspects, contribué. Un avant-goût est donné par cette mésaventure vécue avant-hier par Ali Benflis, conspué à sa sortie d’un restaurant. 
 

Karim K.



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