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Pasquale Ferrara, ambassadeur d’Italie en Algérie

L’Italie et l’Algérie partagent la même position sur la Libye

© Yahia Magha/Liberté

Liberté : L’Italie est l’un des pays d’Europe qui a le plus souffert de la crise sanitaire. Comment votre pays a-t-il géré cette crise ?
M. Pasquale Ferrara : L’Italie a été l’un des pays les plus touchés par cette pandémie, surtout en avril, qui a été un mois dramatique, avec un pic de 4 000 personnes en soins intensifs. C’étaient presque les limites de la capacité nationale. Maintenant, pour se faire une idée, il y a à peine une quarantaine de personnes. Cela constitue un changement important et structurel vis-à-vis de l’épidémie. Comment avons-nous pu arriver à cette situation qui n’est pas totalement résolue bien sûr, mais maîtrisée ? En premier lieu, nous avons adopté dès le début une attitude de transparence. Nous n’avons rien caché. Une attitude aussi de coresponsabilité citoyenne. C’est-à-dire que nous avons demandé aux citoyens de respecter les consignes et les mesures de distanciation, le port du masque et, en général, beaucoup de prudence. Il a été très difficile pour le gouvernement, vis-à-vis du peuple italien, de lui demander de renoncer à des libertés fondamentales, comme la liberté de circulation, de lui faire accepter la séparation des familles et des amis, pour des semaines et des semaines. Mais nous sommes très contents et je suis fier de pouvoir dire que nous sommes membre d’une communauté nationale qui a compris la gravité de la situation et adopté un comportement très responsable. Le gouvernement a constamment communiqué, ce que lui a permis d’avoir l’adhésion des citoyens aux mesures qui ont été prises. Cela a été la clé, disons la solution, parce que ce n’est pas seulement la décision du gouvernement qui doit être bonne, mais aussi la participation citoyenne à la lutte contre la propagation de la maladie. 

Il y a eu comme un manque de solidarité européenne envers l’Italie durant cette crise sanitaire. Comment pouvez-vous l’expliquer ? 
Moi, je ne dirais pas cela. C’est vrai qu’au début, il y avait des questions, sur comment gérer la crise. La première réaction de plusieurs pays était de fermer leurs frontières. Mais au fur et à mesure que la pandémie est devenue un problème européen, nous avons vu des mesures qui ont été prises. Je cite l’exemple de la question des masques. Elle a été gérée le moment venu par la Commission européenne qui nous aidait beaucoup. Mais surtout, la chose la plus importante, c’est la perspective future, à travers notamment la décision qui a été prise récemment par le Conseil européen à Bruxelles, lors du sommet du 19 au 21 juillet, consistant à mettre à la disposition des pays membres les plus touchés 750 milliards d’euros (sous forme de crédits ou donations), pour faire face aux défis de la reprise économique. Parce que maintenant, il faut commencer à penser au futur qui sera très compliqué pour les économies les plus exposées au niveau international, telle l’économie italienne qui est une économie d’exportations. Avec la fermeture des frontières et aussi avec le blocage de la demande mondiale, nous avons été très touchés. Donc, c’est un bon signe, quand dans un moment aussi critique, elle arrive à trouver un accord historique. Il ne faut pas oublier cela. Bien sûr, ce n’est pas une organisation parfaite. Certes, il y a eu du retard, mais ce qui est plus important maintenant, c’est que nous sommes dans la bonne direction. C’est une chose qui mérite d’être soulignée, parce que cela veut dire que l’Union européenne, sur la scène internationale, va être présente de manière plus forte qu’auparavant. 

Outre le domaine énergétique, qu’en est-il de la coopération économique avec l’Algérie ?
Premièrement, je dois, encore une fois, remercier le gouvernement et le peuple algérien pour la solidarité qu’ils nous ont témoignée durant la période la plus difficile de la crise. Le président Abdelmadjid Tebboune a écrit une lettre personnelle au Premier ministre italien, qui a été très appréciée, parce que c’est justement dans ce genre de moment qu’on reconnaît les vrais amis. Il y a aussi les citoyens algériens qui se sont présentés à notre ambassade pour faire des dons. Je n’oublie pas aussi de parler de la disponibilité des docteurs en médecine prêts à se rendre en Italie pour aider leurs confrères italiens. Une entreprise privée, avec l’aide du Croissant-Rouge algérien et en collaboration avec la Croix-Rouge italienne, a envoyé 300 000 paires de gants. Là, on doit planifier la reprise des relations au niveau bilatéral qui, évidemment, ne se sont jamais interrompues. Nous avons besoin de relance. Donc, le premier signe était la visite du ministre algérien des Affaires étrangères, Sabri Boukadoum, le 9 juillet à Rome. Je précise que c’est l’un des premiers chefs de la diplomatie qui s’est rendu en Italie au début de la crise sanitaire. C’est un signe très important de la priorité que nous accordons à nos relations avec l’Algérie. Nous avons d’ailleurs planifié beaucoup de choses, notamment le sommet bilatéral, prévu pour le 2e semestre de l’année en cours. Au fur et à mesure que les conditions vont s’améliorer, nous allons reconsidérer la date de sa tenue. Il y a aussi l’invitation de venir en Algérie adressée par M. Tebboune au président de la République italienne, qui, en principe, a été acceptée par M. Sergio Mattarella. Il s’agit maintenant de vérifier les conditions et les agendas. Beaucoup de choses bougent, mais il y a surtout cette volonté de continuer cette collaboration. Ce qui m’étonne agréablement, c’est que nous avons beaucoup d’Italiens qui ont été aidés à entrer en Italie après la fermeture des frontières algériennes au moment le plus critique de la crise sanitaire. Ces derniers reçoivent une demande constante pour revenir en Algérie, parce que les chantiers ont repris leurs activités.  Il y a aussi cette perspective de développer les relations bilatérales au niveau de l’économie de l’innovation, de la connaissance. Nous avons l’intention, parce que l’Algérie l’a demandé, d’inviter en Italie les ministres algériens délégués pour l’économie de la connaissance, les start-up et les microentreprises pour voir quels sont les secteurs dans lesquels nous pouvons coopérer. L’idée d’organiser un forum sur ce sujet est déjà en marche.  

Et en matière de lutte contre l’émigration irrégulière avec l’Algérie ? 
Je crois que cela est une question européenne. il y a eu des améliorations, mais il reste encore beaucoup de chemin à faire pour une véritable politique européenne vis-à-vis de la circulation des personnes. Je ne parle pas seulement de la question de l’émigration irrégulière. Il doit y avoir une approche plus large. C’est la circulation des personnes en Méditerranée qu’il faut reconsidérer, reprendre et reconceptualiser. Mais vis-à-vis de l’émigration illégale, il y a une discussion constante. La ministre italienne de l’Intérieur a eu un entretien par visioconférence où elle a abordé les différents éléments de cette coopération. On reconnaît que l’Algérie partage aussi beaucoup de problèmes semblables à ceux de l’Italie et d’autres pays européens, comme le fait qu’il y a une émigration illégale du Sahel, au-delà de l’Afrique subsaharienne, qui est parfois difficile à gérer, mais nous avons aussi cette volonté de tenter de trouver des solutions. Nous essayons toujours d’aborder les questions d’un point de vue humanitaire. Il n’y a pas une attitude qui ne considère pas le fait que nous avons en face des êtres humains. Personnellement, je suis particulièrement frappé, quand il y a malheureusement le décès de harraga algériens en mer, comme cela a été le cas l’an dernier près des côtes de Sardaigne. C’est un drame humain qui me frappe, car je pense aux familles de ces victimes, à ces mères qui pleurent leurs enfants. Maintenant, il faut trouver des solutions, surtout pour l’Afrique subsaharienne. Il n’y a pas de raison d’émigrer, car personne ne veut quitter son pays. Nous sommes d’accord avec l’Algérie sur le fait qu’il faut aborder les causes profondes de cette émigration illégale. Il n’y a pas que la pauvreté qui pousse les gens à quitter leur pays, mais il y a aussi la question de la sécurité humaine. Dans certains pays, il n’y a pas la sécurité humaine, qui ne signifie pas seulement le risque de perdre la vie dans des conflits, mais aussi une perspective décente de vie qui vaille la peine d’être vécue et rester chez soi, dans son propre pays.

La crise libyenne impacte directement l’Italie. Quelle approche a votre pays aujourd’hui pour une solution durable au conflit libyen ? 
L’Italie et l’Algérie partagent pratiquement la même position sur la Libye. Les deux pays travaillent, non pas seulement pour une Libye pacifiée, mais unifiée, avec un gouvernement central capable de gérer toutes les questions politiques sur l’ensemble du territoire libyen. Et nous apprécions beaucoup cette position de l’Algérie, pas seulement modérée mais constructive. 
Il y a malheureusement d’autres pays de la région qui n’ont pas la même attitude constructive. Nous sommes réellement du côté de l’Algérie, parce que nous ne croyons pas que la crise libyenne puisse être résolue par les armes, que la guerre interne soit résolue par des interventions étrangères. C’est quelque chose qui va rendre la situation encore plus grave, donc difficile à gérer. Les seules armes qui peuvent être utilisées sont celles du dialogue et de la diplomatie. Nous apprécions d’ailleurs le fait que l’Algérie propose d’abriter les discussions entre les différentes forces libyennes pour trouver une sortie de cette impasse politique. 
Il y a aussi le rôle des pays littéralement voisins, des pays qui partagent avec la Libye une frontière physique. Nous aussi, l’Italie, partageons avec ce pays une frontière maritime. Autrement dit, l’Algérie, la Tunisie, l’Égypte et l’Italie sont les pays les plus importants pour la résolution de la crise libyenne, parce qu’ils sont les plus touchés.

Entretien réalisé par : Lyès Menacer

 


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