Scroll To Top
FLASH
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com

A la une / Actualité

Sid-Ahmed Ferroukhi, ministre de la Pêche et des produits Halieutiques

“NOUS N’INTERVENONS PAS SUR CE QUI SE PASSE EN MER”

© Yahia Magha / Liberté

Reprenant les rênes, au dernier remaniement la semaine dernière, d’un secteur dont il a une parfaite connaissance pour l’avoir dirigé à plusieurs reprises, Sid-Ahmed Ferroukhi, ministre de la Pêche et des Produits halieutiques nous livre, dans cet entretien, sa nouvelle feuille de route. Il y évoque également les changements qui doivent être apportés en urgence au secteur pour assurer “l’émergence d’une véritable économie de la pêche et l’aquaculture”.

Liberté : Comment avez-vous trouvé le secteur de la pêche après votre retour à la tête du ministère que vous avez déjà eu à diriger ? 
Sid-Ahmed Ferroukhi : J’évolue dans un secteur pour lequel le gouvernement actuel a dessiné un programme à même de faire bouger les lignes et il y a en face un consommateur demandeur justement de changement. Moi, en tant que ministre, je veux être la synthèse de ce regard porté sur le secteur en étant à l’écoute de toutes les parties. 

Je me dois, alors, me poser les questions suivantes : quelles sont les potentialisés et quelles sont nos ambitions plutôt que de m’attarder sur un quelconque constat ou bilan de ce qui a été entrepris jusqu’à présent positif soit-il ou négatif ?  Tout en préservant l’existant, ma mission consiste à développer le secteur pour qu’il puisse avoir la capacité d’une réponse sociale et économique nouvelle qui serait en phase avec les évolutions et les nouvelles demandes.  

Mon regard sur le secteur est donc celui d’un optimiste rationnel qui veut construire les choses avec du réel et surtout en faisant participer toute personne en relation avec le secteur. On peut même parler de nouvelle configuration à mettre en place que de se contenter de gérer les choses  

Mais comment vous allez-vous y prendre alors que le citoyen, pour faire simple, se plaint du prix du poisson frais qui devient de plus en plus cher à commencer par la sardine ? 
C’est en effet l’un des problèmes à résoudre en parlant du prix du poisson en général. L’expression du citoyen est très importante et elle est à prendre en considération car elle oriente l’action.  Mais il ne faut pas perdre de vue, et c’est ce que je voudrais que les gens comprennent, que c’est là une conséquence du fonctionnement de cette filière, ses coûts, les données relatives à la production en elle-même et la rareté.

L’économie halieutique est spécifique car on ne produit pas au sens littéral du terme. Le système de production est biologique. On ne fait que cueillir. 
En plus simple, depuis une dizaine d’années, il y a moins de sardine chez nous tout autant que dans les 24 pays de la Méditerranée.  Il existe également des statistiques qui démontrent deux espèces de permanence dont la première réside dans la saisonnalité.    

Il faut garder à l’esprit que malgré les 60 000 tonnes pêchées à l’année, l’offre reste en deçà de la demande car le mode et l’amplitude de la consommation ont évolué de par une meilleure et une plus vaste distribution sur tout le territoire national même dans les wilayas non côtières. Et c’est le cas de toutes les autres espèces de poissons. 

Prenons l’exemple de la crevette dont le prix a atteint les 3000 DA, une situation due essentiellement au fait que certains pêcheurs préfèrent la vendre en pleine mer à des étrangers. Quel est votre commentaire à ce sujet ?
C’est une pratique réglée depuis longtemps. Ce qui est sûr c’est que beaucoup d’efforts et de moyens ont été investis pour mettre en place un système de surveillance qui ne laisse rien filtrer ni crevettes ni autre chose. A noter aussi que nous ne disposons que d’une dizaine de chalutiers qui font les grandes marées et qui disposent de moyens de congélation ce qui ne représente pas grand-chose devant les autres embarcations de moindre gabarit mais qui sont majoritaires, près de 900, et dont l’itinéraire est aisément calculable.

Elles n’arrivent pas aux zones internationales. Le prix actuel de la crevette ou autre poisson estimé élevé est lié plutôt au coût de la pêche en elle-même, aux moyens utilisés ainsi qu’à l’évolution de la valeur en prix de toute chose dans tous les domaines. Le poisson n’est pas un aliment banal et ce dans tous les pays. Il ne faut pas s’attendre à ce qu’il soit à la portée de tous et en quantité abondante. Ceci ne nous empêche pas d’œuvrer au mieux pour satisfaire le consommateur algérien en améliorant la situation. 

Quelle est la stratégie de relance que vous allez adopter dans ce cas ? 
Une politique efficiente. Un programme que nous avons lancé déjà depuis quatre mois malgré les circonstances difficiles dues à la pandémie du coronavirus. Une parenthèse qui j’espère va se fermer  bientôt mais qui, paradoxalement, nous a permis d’en tirer pas mal d’enseignements. Le plan en question, vous pouvez en prendre connaissance dans le détail à travers le document mais en substance je peux vous dire qu’il concerne la protection de la ressource e l’élimination des mauvaises pratiques. Deux leviers essentiels qui se déclinent comme suit : la modernisation de l’aspect organisationnel en plus de la sensibilisation et la répression.

Il s’agit en fait de discipliner les zones de pêche comme on doit proscrire les engins de pêche qui sont destructeurs de la ressource et appeler à l’effort de la société qui devrait cesser de polluer la mer. Les pêcheurs doivent adopter les bonnes pratiques en évitant de pêcher la petite sardine et respecter les calibres requis en la matière. Je précise que le volet répression interviendra en dernier recours car il faut d’abord mettre les bases et offrir un environnement de travail favorable grâce au concours de tous les professionnels du secteur.

Les ministres qui se sont succédé à la tête du département de la Pêche ont tenu le même discours. Qu’en est-il des nouveautés ? 
Si on fait le bilan de ces trente dernières années, on se rend compte que notre zone de pêche est restreinte à 6 miles. C’est donc une pêche côtière et artisanale concentrée juste sur un certain nombre de zones que nous pouvons étendre car la surface, si je puis dire, est de 9 hectares ce qui n’est pas mal. Il faut savoir aussi que la ressource actuelle qui correspond à nos côtes est de l’ordre de 350 000 tonnes. Notre production, quant à elle, est de 100 000 tonnes par an que nous pourrons passer à 150 000 durant les cinq prochaines années.

En attendant, il existe aussi une autre ressource au large qui n’est pas assez exploitée qui concerne les espèces passagères à l’exemple de l’espadon, de la bonite ou encore du thon obèse. En plus de valoriser les activités existantes, nous allons aussi introduire de nouvelles mesures à l’exemple de l’élargissement des pratiques de pêche dans des zones extraterritoriales en passant des accords avec d’autres pays. En d’autres termes, nous allons accompagner à travers des accords d’Etat à Etat une activité privée. Cela suppose une flottille adéquate sur ce chapitre.

Je peux vous assurer nous avons les capacités nationales nécessaires qui restent, certes, à améliorer mais qui sont tout à fait compétentes y compris dans le privé. Nous sommes justement en train de réaliser notre premier thonier de 35 mètres par un chantier navale privé à Zemmouri. Cela nécessite aussi la formation d’officiers de pêche qui peuvent naviguer dans les eaux internationales à bord de navires différents de ceux utilisés habituellement qui nécessitent d’être accompagnés par un équipage professionnel.

Comment le financement de ce programme sera-t-il assuré ? 
Nous avons ce qu’il faut mais il n’est plus question de fonctionner comme par le passé. Nous projetons d’internaliser nos intrants en optant pour la fabrication locale de tout le matériel de pêche, du moins pour ce qui est possible, même si dans un premier temps cela se fera à travers des partenariats internationaux. Il nous faut absolument acquérir le savoir-faire. Cela permettra, à terme, de créer l’emploi et faire l’économie de la devise.

Il n’est plus question d’accorder des aides ou des autorisations dans le domaine de la pêche ou dans l’aquaculture sans qu’ils soient liées au programme gouvernemental en faveur d’un cahier de charges et la volonté d’intégrer les équipements localement.  Il s’agit aussi de développer la production marine à travers des fermes en milieu marin et de l’aquaculture en optant pour un nouveau modèle. 

Nous disposons actuellement de 30 fermes d’une capacité de 10 000 tonnes qu’il faudra faire évoluer pour prétendre approvisionner correctement le marché. Nous ambitionnons de créer 100 nouvelles fermes sur les cinq années à venir. L’introduction de ces nouvelles pratiques de pêche et sites de production marine doivent profiter, en partie, au marché local.  Une plus grande disponibilité de la production marine aura son pesant d’or sur le plan tarifaire.

Le poisson sera proposé, inéluctablement, à un prix correct. Il est question d’aller vers la création d’un cluster à même de relier tous les acteurs pour des actions concrètes et un fonctionnement efficient. Et pour que cette nouvelle stratégie puisse avoir du sens, nous devons prendre soin des pêcheurs en leur offrant un climat de travail favorable et surtout une protection sociale adéquate car c’est un métier qui n’est pas de tout repos et parfois même périlleux.  

Pensez-vous réellement avoir les coudées franches pour mener un programme aussi ambitieux ? 
L’ambition n’est pas seulement la mienne. C’est avant tout la volonté du gouvernement qui aspire réellement au changement pour faire émerger une véritable économie de la pêche et de la production halieutique. Le plan mis sur les rails me semble déjà un moyen adéquat pour y arriver même s’il reste beaucoup de réajustements à faire.

Il faut savoir que le rôle du ministère dans le secteur de la Pêche est presque secondaire. Nous menons les orientations générales mais nous n’avons aucune maîtrise en termes de management. Nous n’intervenons pas sur ce qui se passe en mer. Le poisson est ensuite débarqué sur des lieux que nous ne gérons pas puisque les ports de pêche sont chapeautés par le ministère des Transports.

La qualité du poisson est ensuite évaluée par les vétérinaires du ministère de l’Agriculture,et à partir de la sortie du port, par les services du ministère du Commerce. Donc toute la chaîne est manipulée par des acteurs sur lesquels nous n’avons aucune emprise.  Ce modèle ne peut pas fonctionner. Le secteur doit avoir la main et ça va se faire en douceur pour qu’on puisse être comptable ensuite des résultats. 
 

Entretien réalisé par : NABILA SAIDOUN

 


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER