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L’universitaire Belkacem Boukhrouf aux débats publics de “La voix au peuple”

Pour un moratoire sur les lois relatives aux secteurs sensibles

© D. R.

“Dans des moments de crise et de déliquescence économique, comme celle que nous vivons actuellement, le mieux serait de mettre un moratoire concernant toutes les décisions sensibles, à l’instar de la loi sur les hydrocarbures, la loi sur la monnaie et le crédit et la loi sur l’endettement”, a estimé l’économiste Belkacem Boukhrouf, qui intervenait, avant-hier, lors du débat hebdomadaire, “La voix au peuple”, qu’organise un groupe d’étudiants chaque samedi en fin de journée sur la placette de l’ex-mairie du centre-ville de Tizi Ouzou. 

En d’autres termes, a expliqué cet enseignant de l’université de Tizi Ouzou devant l’imposante foule venue l’écouter, “le bon sens doit l’emporter, et toutes les décisions qui concernent les équilibres économiques doivent être remises à plus tard, c’est-à-dire attendre que le pays se dote d’institutions fortes, d’une certaine légitimité institutionnelle pour décider de son avenir”.

Selon cet enseignant de l’université de Tizi Ouzou, les débats, que ce soit sur la loi sur les hydrocarbures, celle de l’importation des véhicules, et même pour ce qui est du désengagement de l’État des subventions, doivent être gelés pour une période d’une année ou une année et demie. “Quand on aura remis le pays sur les rails, une fois que le pays aura retrouvé sa stabilité et dispose d’institutions légitimes, quand le pays aura la capacité de négocier en position de force, là on pourra ouvrir tous les débats”, a-t-il insisté, convaincu que, faute d’un moratoire, l’adoption de ces lois sera “un coup de force dont les conséquences risquent d’être très douloureuses”.  

Pour cause, a-t-il argumenté, “en ce moment nous n’avons pas d’argent, et comme nous avons décidé de mettre fin au financement non conventionnel, la seule issue qui nous reste serait celle de s’endetter auprès des puissances et des bailleurs de fonds étrangers. Or, nous savons très bien que la situation économique ne nous autorise pas à être dans une position de force. Nous sommes faibles, donc on nous imposera les conditions d’emprunt, les volumes d’emprunt et la destination de l’emprunt, et cela va être un coup porté à la souveraineté nationale”.

Une situation d’autant plus regrettable, de l’avis de M. Boukhrouf, puisque, a-t-il souligné, le pays avait des possibilités de s’assurer un équilibre financier macroéconomique sur vingt ans, mais malheureusement cela n’a pas été assuré faute de bonne gestion. “Sommes-nous déjà dans toutes nos facultés de souveraineté nationale pour discuter en ce moment un texte aussi sensible ? Je pense que ce n’est pas une loi qu’il faut faire, mais aucun pays ne peut négocier en rapport de force équilibré dans des moments de crise politique”, a-t-il renchéri.

Risque de conséquences douloureuses 
En plus des considérations liées à la souveraineté nationale, ces lois seront, a estimé l’orateur, d’un impact ravageur pour le peuple, qui doit donc les rejeter. “La loi sur les hydrocarbures signifie le désengagement progressif de l’État de la subvention des prix sur les produits pétroliers, mais plus dangereux encore, le droit de préemption d’une année dont dispose l’État algérien va être réduit à deux mois et avec la bureaucratie ambiante il ne pourra plus réagir à temps.

Il y a aussi l’exonération fiscale et douanière sur les marchés d’exploration pétrolière ainsi que des possibilités d’exonération même de la TVA”, a-t-il cité entre autres effets néfastes de la loi sur les hydrocarbures. L’autre gravité abordée par Belkacem Boukhrouf est l’éventualité de l’introduction de la possibilité d’importation de véhicules de moins de trois ans dans la loi de finances pour 2020. Il est vrai, a-t-il dit, que ce n’est pas encore tranché, mais si cela se confirme, a-t-il prévenu, elle fera les affaires des pays européens.

“Cela, parce qu’avec l’instauration de la taxe carbone qui oblige les pays pollueurs à payer une taxe, cette loi permettra à un certain nombre de pays de réduire les volumes de pollution via l’automobile, et ce, en exportant l’essentiel de leur parc automobile désuet vers l’Algérie”, a-t-il expliqué. Même ceux qui se frottent déjà les mains de voir cette loi populiste adoptée ont de quoi déchanter, selon cet économiste, puisque, a-t-il averti, “il ne s’agit nullement d’une démocratisation d’accès aux véhicules, mais plutôt de sa complication”. 

Cela, parce que les véhicules de moins de trois ans qui seront importés, calculés économiquement, vont coûter, a-t-il estimé, plus cher que les véhicules vendus localement. “C’est la facture d’importation qui prendra encore un coup et un tel acte va anéantir tous les efforts consacrés jusque-là et qui nous ont coûté quasiment 4 milliards de dollars, et c’est énorme”, a-t-il dénoncé, estimant qu’en plus de ces considérations économiques et des efforts fournis pour développer une industrie automobile algérienne, l’Algérie ne doit en aucun cas l’accepter au nom du respect de l’écologie, de la sécurité routière et de la santé du citoyen. 

Toujours concernant la loi de finances, Belkacem Boukhrouf estime qu’elle est, de surcroît, révélatrice de la contradiction entre le discours politique et la réalité du terrain. “Ils disent que nous sommes un pays qui va être engagé dans la diversification, mais quand on voit par exemple le volume des dépenses consacrées au département de l’industrie, c’est vraiment minime, 4 milliards de dinars, c’est insignifiant, or si on veut s’engager dans une diversification économique, le secteur de l’industrie devra bénéficier quand même de la part du lion”, a-t-il analysé, rappelant que le département de la Sécurité avoisine toujours les 35% du budget et que les institutions coûtent toujours énormément, aussi bien pour les services du gouvernement, les collectivités locales que pour la présidence de la République, le Sénat et le Parlement, dont le budget global est de 4 milliards de dollars. “Ce qui est énorme”, a-t-il relevé.
 

Samir LESLOUS

 



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