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Balance des paiements et importation des services

Un déficit persistant, faute de réformes

Siège de la Banque d’Algérie.© Archives/Liberté

La balance des services connaît un déficit chronique de 10 milliards de dollars en moyenne qui persiste depuis plusieurs années maintenant. 

Depuis la chute des prix pétroliers en 2014, le déficit persistant de la balance des paiements oscille entre 17 et 27 milliards de dollars par année. “Le poids de ce déficit dépend presque entièrement de l’évolution du prix du pétrole, rien de sérieux n’ayant été entrepris, en dehors des quelques tentatives vaines de réduction des importations, via des restrictions administratives”, estime Mouloud Hedir, consultant et expert en politiques commerciales. “La balance des services accuse un déficit de 7 à 8 milliards de dollars que tout le monde semble avoir oublié”, a-t-il ajouté.

Dans sa dernière note de conjoncture, sur les tendances monétaires et financières au second semestre de 2018, la Banque d’Algérie (BA) indiquait que le déficit structurel de la balance du poste “services, hors revenus des facteurs” a légèrement augmenté, passant de 8,011 milliards de dollars en 2017 à 8,150 milliards en 2018 (+1,7%), sous l’effet d’une augmentation des importations (+326 millions de dollars) à 11,454 milliards de dollars en 2018, en situation de hausse des exportations de services (+187 millions de dollars). La Banque centrale a rappelé qu’“au cours des neuf dernières années, les importations de services ont fluctué entre un bas de 10,776 milliards de dollars en 2013 et un haut de 11,696 milliard en 2014”.

Compte tenu de l'importance de la balance des services dans le déficit de la balance des paiements, une “attention particulière” est actuellement accordée à ce compartiment, qui connaîtra, à son tour, des mesures de rationalisation, avait indiqué récemment le ministre des Finances, Mohamed Loukal. Pour Mouloud Hedir, “au-delà des mesures purement techniques de traitement d’un déficit de la balance des paiements, ce qui est en cause, en réalité, c’est le changement complet de paradigme dans la gestion de la relation économique avec l’ensemble de nos partenaires étrangers”.

L’expert relève, à juste titre, que le recours aux IDE demeure toujours un tabou. Il en va de même pour l’endettement extérieur ou pour la dévaluation sérieuse du dinar. “De telles mesures pourraient, certes, offrir des solutions alternatives à l’inévitable baisse de la voilure du budget de l’État ; mais, celles-ci ne pourront intervenir de manière viable que dans un contexte politique plus apaisé, avec des responsables publics acceptés par la population et qui auraient définitivement tourné le dos aux pratiques d’un passé dont nous ne sommes pas encore sortis”, soutient-il. Il estime qu’il faudra, aussi, “mettre fin définitivement à cette lubie maladive, instillée par les analyses du FMI, du  baril de pétrole qui équilibre les comptes du budget algérien”.

La vérité, souligne-t-il, “est que, sur le terrain de l’organisation de nos échanges extérieurs, le travail qui nous attend est colossal pour peu, bien sûr, que l’on continue de croire que notre pays tient, un tant soit peu, à l’indépendance de sa décision économique”. L’expert évoque également cette idée constamment agitée par de nombreux commentateurs nationaux, de la menace d’une intervention du FMI au cours des prochaines années. Une telle intervention, précise-t-il, n’est bien sûr pas souhaitable, eu égard à la triste expérience vécue au cours des années 1990. À ceux qui y voient quelque part une porte de sortie acceptable, l’expert est catégorique : le FMI ne viendra pas tout simplement parce que notre pays n’est pas endetté et qu’aucun créancier ne frappera à nos portes, y compris en 2022 ou en 2023.

“Si douloureux soit-il, l’ajustement de nos finances publiques et nos comptes extérieurs sont un problème strictement national et qui devra sans nul doute trouver des réponses strictement nationales, quelles qu’elles puissent être”, relève Mouloud Hedir. Pour lui, personne ne peut raisonnablement penser que toute cette population qui manifeste dans la rue chaque semaine pourra attendre trois années encore le début d’un processus de réformes économiques qui aurait dû être mené à bien depuis une vingtaine d’années.

 

Meziane Rabhi