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Endettement extérieur

Une option à risques

Abdelkader Gliz, professeur d’économie. © D. R.

L’endettement pourrait coûter cher au pays eu égard au risque pays, à la situation politique et au niveau des déficits.

Aussitôt la solution de la planche à billets mise en suspens, le gouvernement songe d’ores et déjà à recourir à l’endettement extérieur pour financer certains projets d’équipement et, par là même, desserrer l’étau sur le budget de l’État. Même s’il ne l’envisage pas dans l’immédiat, l’exécutif n’écarte pas, toutefois, cette éventualité qu’il juge applicable à compter de 2021. Pour les experts, il sera difficile de réduire le déficit budgétaire.

En effet, quand bien même le projet de loi de finances pour 2020 prévoirait le recours à l’endettement externe, il y est quand même précisé uniquement le financement multilatéral auprès d’institutions financières internationales telles que la Banque mondiale, la Banque africaine de développement (BAD) ou la Banque islamique de développement (BID). “Tous ces financements ne pourront pas réduire ce déficit”, avoue Abdelkader Gliz, professeur d’économie à l’École supérieure de commerce de Koléa. Pour l’économiste, “on a trop diabolisé le financement externe”.

Les Algériens, affirme-t-il, ont été échaudés par le programme d’ajustement structurel imposé en 1986 par le Fonds monétaire international (FMI). “Un endettement extérieur, s’il n’est pas excessif, en revanche s’il est effectué selon les normes, c’est-à-dire à des niveaux, des pourcentages acceptables, peut être bénéfique pour le pays”, soutient-il. L’autre souci évoqué par l’expert est la destination que les pouvoirs publics voudront réserver à ce financement.

“Si cet argent issu de l’endettement externe est destiné aux dépenses de fonctionnement ou à la consommation, ce sera une mauvaise option”, souligne-t-il. Car, argue-t-il, quand le moment de rembourser ces dettes viendra, le pays ne trouvera pas de flux. Cependant, si ce financement est utilisé dans des projets d’investissement rentables, il n’y aura pas de difficultés majeures, relève-t-il. “Ce sont ces projets eux-mêmes qui assureront le remboursement de la dette”, explique Abdelkader Gliz.

Avec le matelas en devises dont disposait auparavant l’Algérie et qui avait atteint près de 200 milliards de dollars, il était un peu logique, indique-t-il, de ne pas recourir à l’endettement extérieur.  À présent que les réserves de changes ont baissé, avoisinant les 60 milliards de dollars, “c’est le moment d’opter pour le financement externe”, juge le professeur. Plus explicite, il ajoute : “Cette somme-là (de réserves de changes) peut être mise dans un fonds d’investissement et servir de garantie pour le financement extérieur. Ce qui permettra de réduire éventuellement le coût de ce financement.”

Avec plus d’arguments, M. Gliz pense que si l’Algérie opte pour l’endettement extérieur via le marché des capitaux et non pas par le financement bilatéral, le coût risque d’être élevé à cause de l’instabilité politique qui prévaut dans le pays et des perspectives incertaines, voire sombres de son économie. L’autre problématique soulevée par l’expert a trait aux taux d’intérêt pratiqués sur le marché international et qui demeurent très bas. Mais, nuance-t-il, tout dépend du risque que notre pays présentera. “Si l’on arrive à convaincre que le risque Algérie n’est pas très élevé, ce qui n’est pas le cas actuellement, on pourra avoir des financements pas trop chers. Et dans le cas où le risque Algérie serait considéré comme étant élevé, les taux d’intérêt du financement seront revus à la hausse”, prévient-il. 

Les exigences des prêteurs…  
Or, en ce moment, reconnaît-il, tous les signaux sont au rouge et les tendances restent négatives, notamment les réserves de changes qui diminuent, la dette publique qui augmente, le taux d’inflation en hausse, un taux de chômage élevé… “Avec un tel risque, l’on prêtera indubitablement à l’Algérie à des taux élevés et l’on exigera d’elle beaucoup de garanties”, conclut Abdelkader Gliz, lors de son passage hier sur les ondes de la radio Chaîne III. Pour Belkacem Boukhrouf, enseignant à l’université de Tizi Ouzou, “l’endettement extérieur est un financement qui lamine la souveraineté nationale. Tout endettement externe est accompagné d’une perte de souveraineté”. Cet expert met en exergue deux limites à ce sujet. D’abord, l’on ne peut emprunter autant que l’on veut. 

Dit autrement, les prêteurs vont évaluer au préalable les capacités d’endettement de l’Algérie. En termes plus clairs, ces bailleurs de fonds vont accorder des crédits suivant les capacités de remboursement de notre pays. Ils tiendront certainement compte de la fragilité de l’économie nationale. À propos de la seconde contrainte, Belkacem Boukhrouf rappelle que l’endettement extérieur a un coût. Il estime que les taux d’intérêt seront élevés. Il n’écarte pas à l’avenir un effet de service de la dette insoutenable.

“Ce qui n’est pas recommandable pour une économie qui n’arrive plus à se mettre sur le chemin de la croissance”, constate-t-il. Ce que l’on doit noter dans ce type de financement (extérieur), c’est que les crédits seront octroyés sous conditions. “Les prêteurs vont exiger de l’Algérie la destination de cet argent et d’orienter ses dépenses. Ils n’accepteront pas que ce financement soit destiné aux dépenses sociales ou pour le maintien du fonctionnement de l’État…

Ce sera un endettement ciblé, orienté vers des projets d’investissement et la croissance économique”, déclare l’expert qui, par cette phrase, explique comment un pays peut perdre sa souveraineté en optant pour un financement extérieur. Étant donné le classement peu favorable de l’Algérie, mentionné dans le rapport du Doing Business, il est quasi certain que les financements extérieurs dont bénéficiera notre pays ne suffiront pas à financer ses déficits budgétaires.   
 

B. K.

 


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