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Elle aurait fait plus de 150 victimes

Vaste escroquerie immobilière à Oran

© Archives Liberté

Des  années  après  avoir  versé  les  premières  tranches,  des réservataires s’aperçoivent que les projets sont toujours en chantier tandis que d’autres ont eu la désagréable surprise de découvrir que “leurs” logements avaient été revendus à d’autres personnes. 

En février et mars 2019, la rue Ali Moussa- Boussekrine, dans le quartier de Gambetta, Oran, connaît une effervescence inhabituelle. Chaque jour, des dizaines de citoyens se pressent devant le siège de la Sarl Haddouche Promotion réclamant la tête des époux Haddouche, qui les auraient escroqués de sommes d’argent considérables dans des opérations de réservation d’appartements et de villas.

Les  uns  parlent  de  millions, d’autres  de  milliards  de  centimes  que  les dirigeants de la société immobilière leur auraient soutirés en contrepartie de promesses  sans  cesse renouvelées. “En  réalité, il  est  question  de 1,5 milliard  de  centimes  par victime”, nous  a  affirmé,  mardi,  au  tribunal correctionnel de Cité Djamel, une source proche du dossier alors que le procès  a  été  reporté  pour  cause  d’indisponibilité  d’équipement  de visioconférence.

Queen House, Les Palmiers, Malek…
Le 20 mars 2019, plusieurs citoyens se présentent devant le procureur de la République du tribunal d’Oran pour porter plainte contre Ahmed Haddoucheet son épouse Hadjer. Après avoir entendu les plaignants et examiné leurs dossiers, le magistrat ordonne l’interdiction de sortie du territoire pour les époux Haddouche et l’ouverture d’une enquête sur les graves accusations proférées à leur encobtre.

L’audition de 151 victimes présumées et les investigations diligentées par la brigade économique et financière de la sûreté de la wilaya d’Oran permettent d’établir un certain nombre de faits présumés. Depuis 2013, la Sarl Haddouche Promotion propose la vente sur plan d’appartements, de villas et de locaux commerciaux à Oran et annonce la construction de résidences dans d’autres wilayas de l’ouest.

Les projets colportés de bouche à oreille ou proposés sur le site internet de l’entreprise sont intéressants : il s’agit d’appartement (F3, F4, F5, F6) situés dans des résidences en projet aux noms chatoyants tels que Queen House, Les Palmiers, Rayane, Malek, Instapparts, Andalous…, soit une vingtaine de projets de logements haut de gamme devant être réceptionnés et livrés dans des délais plus ou moins raisonnables.

Pour élevés qu’ils soient, les prix affichés ne semblent pas rebuter les potentiels réservataires qui doivent verser une avance en contrepartie d’un accusé de versement et d’un document attestant de la réservation. Les prix fixés pour les appartements situés dans des quartiers à haute valeur foncière oscillent, selon le type du logement, entre 9, 10, 13, 16 ou 17 millions DA, et les avances consenties varient entre 1 000 000, 2 100 000, 4 000 000, 9 200 000 DA etc. Des villas sont également proposées à des prix avoisinant les 21 et 22 millions de dinars.

De 2013 à 2019, les époux Haddouche réussissent  à  attirer  plus  de 150 réservataires – dont certaines paient, à la fois, pour des logements et des locaux commerciaux – à signer une convention avec Sonatrach pour la réservation de logements aux employés de la firme et à lancer des projets de construction dans des wilayas limitrophes.  

La confiance accordée à cette société immobilière qui semble, en apparence, avoir  les  moyens  de  sa  politique  (et  le  vent  en  poupe)  commence  à s’effilocher quand les premiers acquéreurs, dont des expatriés, s’inquiètent de l’état d’avancement des travaux des résidences promises.

Des  années  après  avoir versé  les  premières  tranches, des  réservataires s’aperçoivent que les projets sont toujours en chantier tandis que d’autres ont eu la désagréable surprise de découvrir – soit en se rendant sur site ou par la Conservation  foncière – que “leurs”  logements  avaient  été  revendus  à d’autres personnes ; des appartements ayant même été cédés à plus d’un acheteur. 

Flairant  l’arnaque, et  malgré  les  assurances  des  dirigeants  de  la  Sarl Haddouche Promotion et de leurs employés, ces acquéreurs décident de retirer leurs billes et demandent la restitution de leur argent.

Si quelques-uns réussissent péniblement à arracher la somme de 100 000 DA comme gage de bonne foi pour la restitution du reste de l’argent, la plupart se heurtent  au  refus  de  la  société  dont  le  premier  responsable, Ahmed Haddouche, disparaît  dans  la  nature, laissant  son  épouse  et  directrice commerciale, Hadjer, faire face à la fronde qui s’organise. Devant l’exacerbation de la situation, cette dernière refuse d’abord de recevoir les clients et finit par ne plus se rendre au siège de la société.  

Début avril,  une  instruction  est  ouverte  contre  les  époux Haddouche pour divers chefs d’accusation, le magistrat instructeur ordonne le placement sous mandat de dépôt de la directrice commerciale, Hadjer Haddouche, et l’émission d’un mandat d’arrêt contre le patron de la société en fuite, Ahmed Haddouche, ce dernier ayant, l’instruction le révélera plus tard, déjà fait l’objet d’un mandat d’arrêt émis par le tribunal d’El Harrach dans le cadre d’un dossier de plainte émanant de l’entreprise Caterpillar.

Escroquerie et blanchiment d’argent
Lors  de  l’instruction,  la  directrice  commerciale  admet,  en  substance, l’existence de cas de “mauvaise gestion” (notamment dans les résidences Chems et Malek) mais souligne que dès “l’apparition des problèmes”, elle avait chargé une avocate d’établir un échéancier pour la régularisation des réservataires mécontents : “Bien qu’ils aient été régularisés, de nombreux acquéreurs ont continué de promettre de vandaliser les bureaux de la société”.

Elle soulignera cependant que la Sarl Haddouche Promotion s’est acquittée de  toutes  ses obligations envers le Fonds de garantie.  Concernant les chèques sans provisions, Mme Haddouche rétorquera en avoir beaucoup signés en faveur des réservataires, ce qui explique que les comptes se soient asséchés. De leur côté, les employés de Haddouche Promotion ont tous nié les accusations de complicité et indiqué avoir exercé leur travail en toute bonne foi, ignorant si leurs patrons escroquaient ou non les réservataires.

Les quatre notaires, avec lesquels la société immobilière était en relation de travail, ont également témoigné de la légalité des actes et des contrats qu’ils ont eu à établir. Les 151 plaignants, eux, maintiennent naturellement leurs accusations d’escroquerie contre la Sarl Haddouche Promotion et se constituent partie civile en espérant la récupération de leur dû.

L’instruction menée entre avril 2019 et mars 2020 sur ce dossier, dont la complexité  a  requis  la  désignation  de  quatre  juges  d’instruction supplémentaires, a abouti à la mise en accusation de 12 personnes pour divers chefs d’inculpations. Les époux Haddouche sont ainsi poursuivis pour escroquerie et émission de chèques sans provisions et blanchiment de capitaux. Quant aux 10 employés de la société, qui ont été laissés en liberté, ils devront répondre des accusations de complicité et d’escroquerie.

Le procès, programmé au tribunal correctionnel de Cité Djamel, a été reporté à deux reprises (les 2 et 9 juin) et doit se tenir  à  la  fin  du  mois. Selon  une source, cette affaire a été  scindée  en  trois  dossiers, d’où la désignation de quatre juges d’instruction : le dossier qui doit être jugé le 30 juin à Cité Djamel et deux autres qui sont en instruction.
 

S. OULD ALI

 


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