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L’Algérie profonde / Centre

Boghni (Tizi OUzou)

Le calvaire des habitants de la “cité Yerghène”

La cité “Yerghène” à Boghni. © O. Ghilès / Liberté

Ils vivent au milieu de l’amiante et des rats. 

Ils ne rêvaient que d’une chose : quitter l’amiante et la misère de leur cité de l’époque coloniale, mais les années passaient et leur espoir de se voir relogés, comme le leur ont promis les autorités, ne faisait que s’effilocher. Aujourd’hui encore, leur rêve semble aussi calciné que cette cité de Boghni, brûlée au début des années 80 et rebaptisée depuis, en kabyle, “la cité Yerghène”. Le tableau de bord de notre véhicule indiquait déjà 45°C à l’ombre lorsque nous arrivons devant cette cité sise à proximité du parc communal, en plein centre-ville de Boghni. À l’entrée, Farid, un membre du collectif des résidents, nous accueille avec une formule qui résume assez clairement la tourmente des habitants : “Soyez les bienvenus dans cette cité où on vit au milieu des rats, d’insectes, de reptiles et de moustiques. Nous sommes les damnés de la terre dans un pays riche.” Son camarade, un employé à l’Algérienne des eaux (ADE), enchaîne aussitôt pour expliquer qu’en 1981, l’un des blocs a pris feu et sa toiture en amiante a été réduite en cendres et ses habitants l’ont aussitôt abandonné. “D’autres habitants de la ville et des villages de la commune qui habitaient jusqu’alors dans des baraques réparèrent la toiture de ce bloc, en mettant à la place de l’amiante brûlée des plaques de zinc, et s’y installèrent”, nous relate-t-il non sans préciser que l’autre bloc, n’étant pas touché par l’incendie, garde toujours sa toiture en amiante. “Quarante familles vivent dans ce site. C’est la seule cité datant des années 50 qui est encore debout à Boghni. Toutes les autres avaient été éradiquées au fil des ans. Aujourd’hui encore, nous attendons toujours notre relogement tant promis par les autorités depuis des années”, nous explique-t-il encore, précisant que les baraques et masures qui forment un bidonville tout autour des deux blocs sont des extensions réalisées au fil des années par les habitants à cause de la promiscuité. 

Les longues péripéties des résidents pour leur recasement 
En 2012, se souvient Farid, les habitants ont décidé de prendre en main leur destin et se lancer dans le combat pour leur recasement. “Nous avions commencé par dresser la liste des familles et la déposer à la daïra dont le responsable a fini par nous proposer des logements dans un programme de 190 unités qui devait être lancé à Ichiouache, sur le CW 128, à la sortie de la ville de Boghni pour aller vers Tizi Ouzou”, rappelle-t-il tout en soulignant que le projet avait été lancé en 2009. Son camarade se souvient même de la réponse du commis de l’État. “Vous êtes désormais recasés !”, nous a annoncé fièrement le chef de daïra, dit-il, ajoutant que les habitants étaient alors satisfaits car il ne leur restait qu’à attendre la livraison de ces logements. “Nous crûmes sérieusement alors à cette promesse, mais hélas, le projet est aujourd’hui à l’arrêt.” À cause, expliquent-ils, d’un problème de règlement de situations financières par l’OPGI, l’entreprise en charge de la réalisation a décidé d’arrêter les travaux. “Nous craignons de vivre d’autres étés dans la fournaise comme celle que nous vivons actuellement et d’autres hivers rigoureux dans ces lieux de misère. Nos enfants sont malades à cause de l'amiante connue pour ses composants cancérigènes. Nous sommes toujours dans la promiscuité, d’autant plus que les familles s’agrandissent d’année en année”, redoute un des habitants, qui estime que les derniers développements de l’affaire de leur relogement n’augurent rien de bon. “L’actuel chef de daïra a, dès son arrivée, décidé de refaire les enquêtes et d’établir une autre liste, dont nous ignorons tout jusque-là”, explique Farid. Sans attendre, une femme exhibe tout un dossier et explique : “Le chef de daïra veut m’écarter. Où vais-je aller ? Je suis orpheline et je vis avec mes frères.” 
“Regardez, tout ce que possèdent mes parents est dans l’indivision. Demain, si mes frères sont relogés, serais-je jetée à la rue ?”, s’interroge-t-elle, les larmes aux yeux. Les intervenants disent toutefois qu’ils sont décidés à la défendre jusqu’au bout pour qu’elle soit maintenue sur la liste. Une source à l’APC nous apprend que “la liste était prête et que toutes les familles habitant cette cité étaient retenues sauf deux ou trois cas dont les dossiers seront minutieusement étudiés”. Mais les habitants qui ne croient plus aux promesses n’écartent pas le recours à des actions dans les prochains jours pour crier leur misère dans la rue. “D’ici le mois de septembre au plus tard, si rien ne vient nous réconforter, nous serons contraints de descendre dans la rue et fermer le bureau local de l’OPGI”, dit l’un d’entre eux. “La patience a ses limites, et quarante ans de misère c’est déjà assez”, ajoute un autre. 


O. Ghilès 



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