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chronique / ACTUALITÉS

L’épreuve par le sang : plaisir, circoncision et virginité !

Le sang ! Mot-clé dans le psychique, dans le mythique et dans le religieux communautaire et individuel arabo-musulman. Par son poids symbolique, il est central dans la littérature orale. On jure par le sang. On injure par le sang ! Il est le serment. Le sacrifice religieux et national. Le corps est au centre de la sacralisation du sang. C’est le corps qui est l’espace de toute métamorphose, blessure, ablation, pénétration, douleur ou tatouage ! 

Il n’y a pas de sang sans corps ! Et le corps n’existe pas sans douleur, désir ou plaisir. C’est le corps qui accueille la violence, et le sang est la trace de cette épreuve. Le sang, dans notre culture populaire ou savante, qu’importe, est lié à l’honneur, lié au sacrifice divin. La force du mythe est toujours alimentée par le sens du sang. L’Histoire est faite dans le sang, en sa forme de victoire ou de défaite ! Le corps est confronté à trois situations primordiales où le sang est symbole de la sexualité masculine et féminine. 
Pour que le garçon passe à l’âge de la puberté, il faut d’abord que son petit corps subisse l’épreuve du sang. On devient Homme musulman ou juif dans le sang, par la présence du sang, par l’ablation. Tout un rituel socioculturel accompagne le sang de la circoncision. Il faut des témoins pour un sang-témoin ! Entre pleurs et youyous. Entre versets et chants. Entre danse et prière. Et le corps endure la souffrance de l’amputation. Un instant socio-familial pour fêter l’organe sexuel.

Le sang devient une fête ! Jadis, c’était le coiffeur qui était chargé de la circoncision des petits garçons du village et des douars avoisinants. Avec beaucoup de risque mais avec grande conviction, personne n’échappait à ses magiques coups de ciseaux ! Le sang de la circoncision est un signe annonciateur d’un groupe social à un autre. D’un état corporel à un autre. Un homme, un petit homme, qui rentre dans la cour des grands ! Il est circoncis !

Sur le plan religieux, la circoncision c’est la propreté symbolique, une tradition d’abord juive, puis musulmane par la suite. Ici, la religion marque le corps pour réveiller ensuite l’âme et l’esprit ! La circoncision c’est aussi un signe corporel pour marquer une appartenance religieuse. La définition d’une appartenance par le sexuel. Le sang c’est aussi le renvoi vers le mythe du bouc émissaire divin ! Un retour vers le rêve d’Isaak ou Abraham, qu’importe, dans les deux cas, le but c’est le sang-sacrifice pour la soumission. Sur le plan socio-familial, la circoncision c’est l’arrivée du mâle dans la cour de la tribu (le mot tribu est métaphorique)! C’est aussi l’honneur masculin! Elle est la première célébration communautaire de la virilité. Le sang est synonyme de la vie et du sacrifice en même temps.

La fillette devient femme, elle aussi par l’épreuve du sang. La menstruation. Le sang féminin est un appel à l’autre, la fusion corporelle ! On guette le corps de la fillette, à l’œil nu on mesure son buste et on fouille dans ses vêtements intimes ! Le jour de son sang est un jour phénoménal. Dès son premier sang, le corps de la fille change de propriétaire. Une fois la fillette devenue femme, elle perd automatiquement sa mainmise sur son corps. Celui-ci devient la propriété du père, du frère, du fils, du cousin, du voisin… La propriété des hommes. La peur au ventre, sous le regard des hommes, le corps féminin traverse la vie entre deux sangs. Du premier sang celui de la puberté à un deuxième sang, celui de la virginité, le corps féminin est sous contrôle perpétuel.

La nuit nuptiale est l’heure des vigiles. La société des hommes réclame un autre sang, celui de la virginité. Un signe d’honneur collectif, familial, tribal. Une femme vaut le sang de sa virginité ! Dans une hallucination, dans une extrême euphorie le sang de la virginité est célébré par la tribu ! On danse avec la serviette maculée de sang, on lance des youyous, le baroud de la fantasia ! Le destin du corps humain, depuis la nuit des temps, est lié au sang pour célébrer l’amour, arroser les guerres, fêter le désir ou exalter l’honneur.


A. Z.
aminzaoui@yahoo.fr


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