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chronique / ACTUALITÉS

Roger Hanin : l’éternel sommeil du juste

Roger Hanin, Ben Hanine plutôt, dort aux côtés de son père, sur les hauteurs d’Alger, à Bologhine. L’éternel sommeil du juste. Ben Hanine, ceci signifie en arabe le fils de nostalgie ! Il était algérois plus que parisien, Roger Hanin ou Ben Hanine, qu’importe. À l’âge des grands-pères, il est resté l’enfant de Bab El-Oued. Avec son accent, ses blagues, son rire et son sourire, il a préservé son sang méditerranéen, chaud dans les veines.

Roger Hanin, Ben Hanine plutôt, adorait les beignets traditionnels d’El Casbah. Et je salue la décision de l’État algérien qui a permis l’enterrement de Roger Hanin, Ben Hanine ou Navarro, qu’importe, dans sa terre natale, Alger. Une décision d’un sage. La sagesse. L’audace. Le respect. Enterrer Roger Hanin ou Ben Hanine dans sa ville natale est une grande leçon pour la nouvelle génération égarée dans les idées de l’intolérance et du fanatisme religieux. Le retour du dormant dans sa terre est un symbole de renaissance d’une Algérie plurielle. Une Algérie longtemps rêvée. Une Algérie où jadis vivaient ensemble, avec amour et respect, les musulmans, ceux de l’islam algérien, les juifs, ceux du judaïsme algérien, les chrétiens, ceux du christianisme algérien.
Les religions prennent, elles aussi, les couleurs du ciel de leurs patries. Dans l’au-delà, Navarro, Hanin ou Ben Hanine est heureux. Demain son corps se métamorphosera en une poignée de terre qui  retournera à la matrice de la terre natale : Alger. Avoir Roger Hanin ou Ben Hanine en éternel dormant à Alger, cela signifie que combien l’Algérie est tolérante, grande et ensoleillée. Combien elle est capable d’aller vers le futur serein et de s’ouvrir sur des horizons fructueux.
Avoir Roger Hanin ou Ben Hanine dans le cimetière de Bologhine est un rappel pour la nouvelle génération, une génération faite dans la tourmente civilisationnelle, dans la haine, et dans la phobie de l’autre, que ce pays possède  une mémoire riche et commune, faite des civilisations et religions confondues. C’est le pays des religieux : saint Donat, saint Augustin, de Ephraim Al-Naqawa, de Sidi Okba, de Sidi Abderrahmane Thaâlibi, d’Ibn Badis, d’Ibrahim Tfiyyache. Le pays des martyrs : Larbi Ben M’hidi, Zabana, Ben Boulaïd, Mourad Didouche, Hassiba, Abane Ramdane, Amirouche, Fernand Yveton, Raymonde Peschard, Pierre Guenasia, Henri Maillot, Audin...
Pays des braves moudjahidine : Djamila Bouhired, Jacqueline Guerroudj, Djamila Boupacha, Lakhdar Bouragaâ, Ahmed Taleb Ibrahimi, Bachir Hadj-Ali, le père Beringuer, Pierre Chaulet et Claudine Chaulet, Jean-Claude Paupert… Le pays des écrivains : d’Apulée, d’Ibn Khaldoun, de Bakr Ibn Hammad, de Si Mohand ou Mhand, de Réda Houhou, de Mohammed Dib, d’Arkoun, d’Henri Alleg, de Meriem Ben, de Benheddouga... Enterrer de Roger Hanin, Ben Hanine plutôt, à Alger, en ce temps des guerres sales des religions, est un acte fort dans sa symbolique où le mort réveille en nous, nous les vivants, l’image d’une autre Algérie longtemps cachée. Une Algérie grande par ses hommes, ses femmes, ses religions, ses langues, ses littératures et son rêve. Je pense au mort Ben Hanine, ou Roger Hanin à la parisienne, et je me dis : les morts ont la capacité de nous réconcilier avec notre histoire. Cette histoire longtemps décapitée. Écrite sur mesure. Enseignée sur mesure. Célébrée sur commande. L’Algérie se métamorphose en pays de mythes quand elle serre dans ses bras tous ses enfants.
Dans son cœur toutes ses cultures. Et je salue la décision sage et historique de l’État algérien d’avoir permis l’enterrement de Roger Ben Hanine, Hanin ou Navarro, qu’importe, fils de Bab El-Oued, dans sa terre natale.


A. Z.
aminzaoui@yahoo.fr


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1 réactions
abel le 22/02/2015 à 14h40

Merci Amine Zaoui pour le courage et la pertinence de vos articles. C'est vrai aussi qu'on est pas loin de penser que pour espérer commencer à vivre dans notre beau pays, il faut d'abord mourir! l’Algérie est un grand pays; qui occupe une position stratégique dans tous les échiquiers ( géographique, politique, Economique, religieux...)Prions qu'elle puisse devenir une terre de liberté qui saura un jour reconnaître tous ceux qui l'aime. Que Dieu te garde.

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