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contrechamp / ACTUALITÉS

29 septembre contre 5 Octobre

Pour Ahmed Ouyahia, les martyrs du 5 Octobre 1988 sont victimes d’une “manœuvre politicienne”. C’est ce qu’il a soutenu, hier, en conférence de presse, révélant que “les troubles avaient été annoncés trois jours à l’avance” et que “les policiers ont été désarmés deux jours avant les événements”!
Après de tels détails, le Premier ministre aurait pu compléter le tableau en nous dévoilant le nom de l’auteur du complot et de qui a désarmé la police. Dans la même conférence, il se demande, à propos des retraités de l’armée, s’ils “protestent ou s’ils sont utilisés”, confirmant son facile recours à la théorie du complot quand il s’agit de disqualifier tout mouvement émanant de la société.
Le propos d’Ouyahia est conforme à l’option restauratrice absolutiste du régime actuel. Pour lui, le 5 octobre–fruit de “manipulations politiciennes”–, n’a pas marqué “le début du processus démocratique dans le pays” mais le début de “l’anarchie, de l’incivisme, du rejet de la loi et des velléités d’imposer la dictature de la rue”. Une fois ainsi enterrée la fonction historique d’Octobre, il peut élever le compromis négocié entre le régime autoritaire, auquel il appartient, et l’insurrection islamiste et approuvé par référendum le 29 septembre 2005, au rang de référence historique. Ces deux anniversaires sont effectivement trop rapprochés et trop concurrents eu égard à leurs implications politiques respectives et aux perspectives contradictoires qu’ils nous proposent : ils ne peuvent pas coexister. C’est déjà la preuve de l’absurdité philosophique de la réconciliation nationale autoritaire : le régime lui-même se voit contraint d’enterrer vivant le souvenir d’Octobre pour espérer faire du marché conclu avec les islamistes armés un évènement fondateur.
Ouyahia ne cache, au demeurant, pas ses convictions autoritaristes qui sont à l’origine de son ressentiment à l’endroit d’un acte déclencheur d’une expérience démocratique depuis trente ans combattue par l’idéologie de la régression islamiste et réprimée par les tenants de la dictature militaire. Il donne des indice de son modèle de pouvoir : combattre “l’anarchie”, qu’il impute à la culture d’Octobre, à la démocratie ; “vaincre la démagogie”, qui résiderait ailleurs que dans le discours officiel ; et préserver “la stabilité du pays”, c’est-à-dire le régime.
En cette période de campagne, les voix du pouvoir n’en ont que pour l’apologie de “la réconciliation nationale” et la détraction de la révolte d’Octobre. Depuis trente ans, le propos est, pour elles, de réduire Octobre à un “chahut de gamins”, comme on s’y est essayé dès le début du mouvement. Un chahut de gamins…”manipulés”, souhaitent-ils ajouter aujourd’hui.
La détraction du 5 Octobre, acte d’émancipation d’un peuple enchaîné depuis sa libération, s’accompagne de la déification parallèle de “la réconciliation nationale”, ultime argument du conservatisme autoritaire.
L’imposture de “la réconciliation nationale” consiste à détourner les retombées sécuritaires de la lutte armée institutionnelle, de la résistance républicaine et de l’autodéfense citoyenne au profit d’un arrangement visant à légiférer pour l’oubli !

M. H.


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