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contrechamp / ACTUALITÉS

Choix politique et crime politique


En pleine révolution démocratique, le pouvoir maintient des prisonniers politiques, inflige un véritable état de siège à la capitale, interpelle des manifestants et réprime des marches.
Pourtant, il est supposé accompagner le mouvement populaire qu’il appelle, par la voix du chef de l’armée, à se structurer et à dialoguer. 
Malgré cela, le paradoxal maintien en détention d’un citoyen parce qu’il a pris position contre le cinquième mandat ne le perturbe point. C’est un cas d’injustice flagrant que de croupir en prison alors que le pays entier, partisans de la continuité compris, fête le miracle d’avoir échappé à ce cinquième mandat !
Ce sont de vieilles pratiques du régime que le harcèlement judiciaire et l’emprisonnement pour faire taire les voix qui le dénoncent. Les journalistes, les bloggeurs et les militants des droits de l’Homme sont nombreux à avoir enduré l’épreuve du bâillon judiciaire. Et Fekhar n’est pas la première victime de cette forme de répression ; le journaliste Mohamed Tamalt, condamné pour offense au président, en est mort aussi en décembre 2016. D’ailleurs, en Algérie, les responsables politiques n’engagent que des plaintes pour diffamation, jamais une action visant à récupérer un bien public indûment accaparé ou à demander réparation d’un acte matériellement ou moralement préjudiciable à l’État. Seul le chatouillement de leur petite honorabilité les fait réagir. Parce que la plupart la savent largement boiteuse. Pour tenir en respect les personnes qui, par profession ou par engagement, sont tentées de dénoncer leurs inavouables pratiques, le pouvoir tient ses moyens de répression à disposition de ses vierges effarouchées.
Dans la culture des puissants, on ne s’adresse pas naturellement à la justice pour être rétabli dans ses droits ou son honneur ; on l’utilise surtout pour menacer ! Et vu son niveau d’indépendance, on ne s’étonne pas de l’usage répresseur qui en est fait.
Le régime comme entité en fait autant. Pour la défense de sa “stabilité”, comme on a longtemps désigné cet entêtement des clans à éterniser leur emprise sur les institutions.
Pour se justifier, le pouvoir présente cette espèce de terreur judiciaire comme un moyen de préserver l’intérêt supérieur du pays et du peuple. La notion de peuple est une catégorie politique très précieuse pour les dictatures postcoloniales. Elle permet de sacrifier l’individu, le citoyen, sur l’autel de l’intérêt d’une vague entité, sans existence juridique, le peuple.  
Que vaut un homme en prison, même jusqu’à en mourir, si c’est pour maintenir la stabilité, la sécurité, l’unité, l’identité et tutti quanti… du pays et du peuple, telles qu’elles sont au moment où l’individu en cause manifeste son désaccord ? Ou, pire, au moment où il inspire, soutient ou conduit une fronde.
Autant les dictatures du tiers-monde exaltent le concept de peuple, sans droits consignés ; autant elles rechignent à l’idée de citoyen, d’individu, auquel elles sont clairement redevables de droits. 
La dictature cultive la négation de l’individu. Ainsi, l’être politique étant le peuple, “le seul héros”, selon la naïve formule, elle peut, pour le bien de ce peuple, sacrifier le non-être politique qu’est l’individu.
C’est le déficit démocratique en découlant qui rend possible le crime politique.
 

M. H.
musthammouche@yahoo.fr


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