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contrechamp / ACTUALITÉS

Crise sanitaire et redéploiement autoritaire

Le procès en appel de Karim Tabbou restera dans les annales judiciaires de l’Algérie indépendante. En une matinée, il a donné lieu à une succession de faits juridiques insolites : programmation surprise d’un procès pour le jour même à deux jours de la libération du concerné, défense laissée dans l’ignorance de cette initiative, poursuite de l’audience malgré un accident de santé qui impose son évacuation et des avocats qui refusent de plaider en l’absence de l’accusé, puis verdict quand même.
Pour que ce processus allât à son terme malgré le “contretemps” du malaise de l’accusé, assumant successivement autant de bizarreries légales, il fallait vraiment le maintien de Tabbou en prison soit assuré “coûte que coûte” !
Il est étrange que, dans le contexte actuel d’urgence nationale, le pouvoir trouve la ressource de s’appliquer à encadrer d’aussi près le harcèlement des prisonniers d’opinion. Alors que le pays semble tout entier engagé dans la lutte contre le fléau du coronavirus, le régime ne semble pas près de se départir de ses priorités politiques. 
De ce point de vue, le régime paraît faire de la crise du coronavirus une opportunité tactique : il profite du retrait citoyen de la vie politique pour accentuer son action répressive.
Cette crise constitue en même temps un révélateur quant à son option de resserrement autoritaire. On pouvait déjà le lire dans la décision de verrouiller la communication sur l’épidémie qui frappe le pays. Ce n’est certainement pas pour nous préserver des fausses nouvelles et des déclarations alarmistes que le pouvoir a institué cette censure sur l’information sanitaire. Car, par divers canaux sociaux, traditionnels ou modernes, nous pouvons tous en apprendre suffisamment pour être effrayés – ou pas – par la catastrophe qui s’avance. Mais, à moins de continuer à considérer les citoyens comme mineurs, il y a plus de bien que de mal à ce qu’ils soient informés de l’état des lieux, sanitaire notamment, dans le pays.
Au demeurant, et en l’état de la communication sociale, les Algériens échangent suffisamment pour s’éclairer, se détromper, s’entraider et se rassurer mutuellement. La communication libérée reste préférable à la censure et nécessaire, malgré les abus et dérives individuels que les citoyens responsables et pondérés sauront corriger. Et ce danger, au lieu de plaider pour le secret, appelle à plus de transparence ! Car si l’on censure la source informée, c’est le bavardage désinvolte qui prendra sa place. Gageons que c’est la qualité de sa gestion que le pouvoir veut dissimuler, car la règle est que lorsqu’un décideur commence par organiser la rétention de l’information, c’est qu’il a l’intention de l’adapter à sa sécurité politique.
Et puis qu’est-ce que cette communication officielle où des imams sont agréés pour discourir sur le coronavirus alors que les directeurs de la santé des wilayas sont interdits de parole sur le sujet et même exclus de la commission wilayale de suivi de l’épidémie ?
En  se  laissant  tenter par  un  recentrage  autoritaire, le régime glisse sur une  dangereuse  pente : celle  qui  consiste à perturber le consensus, pas automatiquement obtenu d’ailleurs, autour de la cause sanitaire nationale. 
 

M. H.
musthammouche@yahoo.fr


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