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contrechamp / ACTUALITÉS

De notre racisme

Bien qu’il soit inconvenant, pour une société largement convertie à la pudibonderie bigote, de mettre la plastique féminine en fête et en exergue, des opérations d’élection de miss Algérie sont souvent organisées.  
La récente édition n’a pas, comme on pouvait le craindre, donné lieu à de dévotes réprobations de cette exhibition impie des appâts de jeunes filles rivalisant de charme. Non, l’intolérance dévote a été submergée par la haine raciste, assurément plus profondément enracinée en nous que le fanatisme religieux de plus récente acquisition.
La distinction de la belle Khadija Benhamou a provoqué, de la part d’internautes algériens, un déluge d’anathèmes à l’encontre d’une jeune concitoyenne à la couleur trop basanée et à  l’origine trop excentrée pour les représenter. Sur le thème de la beauté physique qui plus est ! Parce que le dogme du chauvin est qu’il constitue un étalon auquel doit se mesurer son semblable avant qu’il ne prétende l’égaler. Alors s’il prétend le représenter sans version accomplie… !
N’est-ce pas un affront pour l’Algérien-étalon, pour “nous” tous donc, que cette fille menue, à la peau brune et aux cheveux frisés, “venue” d’Adrar, une de ces dépendances australes utiles à nos envies d’exotisme et bonnes à couver nos réserves de pétrole, soit choisie pour servir de modèle achevé de l’Algérienne, et donc de l’Algérien, qu’il se voit en arabe sanguin et altier ou en Berbère laiteux et orgueilleux ?
Car notre peuple qui, depuis longtemps, se dispute ses identités, se les veut pures et inaltérées, lui qui pourtant a toujours habité un espace d’incessants transits ethniques. Même si, aujourd’hui, il s’émeut chaque jour, par le truchement de ses officiels, de l’“envahissement” subsaharien.
Il ne faut pas croire que c’est l’islamisme qui est à l’origine de ce trait de société “moderne” en nous : l’allergie à la couleur et à la religion de l’autre. Notre racisme, c’est aussi un avatar d’une époque esclavagiste qui a marqué l’Afrique du Nord et l’Arabie. Sur ce point, on s’est épousé avec les mêmes dispositions négrières.
Peu importe comment, au cours des derniers siècles, les Algériens en sont arrivés à l’universalité de la citoyenneté avant même de disposer d’un État indépendant. Mais au lieu que cette indépendance serve à consolider le socle citoyen de notre unité, ce sont nos différences que le pouvoir s’est évertué à souligner pour que notre “désunion” serve sa “stabilité”. Le bon Algérien est insidieusement, par l’effet d’un discours conçu à cet effet, chargé de surveiller “l’autre”, le “différent”, celui qui est trop blanc ou trop brun, ou pas assez musulman pour être Algérien…
En organisant le déficit culturel à force de discours ostracisant et l’éradication de l’éducation humaniste, le pays a apprêté, à l’intention de l’intégrisme, des générations de jeunes Algériens élevés à la haine du “différent”.
Cette pédagogie de la certitude de la race préférée détentrice de la vérité divine ultime continue à former un peuple de “disciples” qui se sent en position de ne pas s’abaisser au niveau humain. Au niveau universel, égalitaire, fraternel. C’est à l’univers de “s’élever” à leur niveau d’élus. Là où ils jouissent du confort déresponsabilisant de l’obscurantisme religieux et culturel.


M. H.


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