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contrechamp / ACTUALITÉS

Destin par procuration

Il n’y a pas encore de compte rendu sur le succès ou pas du livre de l’ancien ambassadeur Bernard Bajolet mais, en Algérie, il fait déjà abondamment parler de lui. Pourtant, notre pays n’occupe qu’un chapitre d’un ouvrage apparemment rétrospectif d’un diplomate parvenu à la retraite. L’auteur n’ayant passé que deux ans comme ambassadeur dans un pays politiquement difficile à lire, il ne devait pas avoir emporté beaucoup de certitudes à son départ. Cependant, sa fonction de chef de la DGSE pourrait l’avoir amené à “revisiter” ses premières impressions sur notre pays.
Il est remarquable, pourtant, comme le livre a vite suscité le plus grand intérêt auprès de la presse algérienne. Grâce à l’angle choisi par l’interview du Figaro, certainement. Il en a même ému une bonne partie qui a lu dans l’usage de la formule d’un président “maintenu artificiellement en vie” un affront à l’institution. Bien sûr, nous sommes nombreux à être convaincus de l’incapacité physique de Bouteflika à tenir son rôle, mais, bien sûr, l’expression ne correspond médicalement pas à la réalité.
Peut-être que l’auteur l’a trouvée politiquement significative bien que médicalement inappropriée. Mais, évacuée cette inconvenance sémantique, qu’y a-t-il d’outrageux, concernant l’Algérie, dans ce qu’on sait du contenu du
livre ? Pour l’essentiel, il rapporte les échanges qu’il a eus avec notre Président, dont on connaît la prolixité à l’époque, et délivre quelques réflexions sur notre système de gouvernance.
Il y a quelque chose singulier dans cet empressement médiatique à réagir en vigile de la souveraineté, comme s’il manquait d’institutions en charge de la défendre ou comme si ces institutions n’étaient pas assez futées pour remplir leur fonction. Et “le refroidissement des relations entre les deux pays” est vite proclamé. Faute de mieux, on le lit dans la diminution du nombre de policiers devant l’entrée de l’ambassade de France, un signe — le signe, puisqu’il n’y en a pas d’autres — de cette soudaine grippe diplomatique. Mais alors qu’on attendait l’escalade, plus propice à la surenchère médiatique, on assiste à l’installation du groupe parlementaire d’amitié Algérie-France ! Au demeurant pas trop médiatisée si elle n’avait justement constitué l’occasion pour interroger l’ambassadeur en poste sur les motivations politiques de l’initiative littéraire de son prédécesseur et sur les intentions françaises en matière de visas.
Il semble que le “refroidissement”, espéré ou redouté, n’aura pas lieu. Mais rien n’est encore joué : en ces temps d’incertitudes, d’un côté ou de l’autre, ou des deux, on peut se complaire dans cette pause transitoire.
De notre côté, nous, la presse, nous sommes à l’image de notre société : nous voyons en tout le monde, mais en certains plus qu’en d’autres, sauf en nous-mêmes, les dessinateurs de notre destin. En ces temps d’incertitudes, ce sentiment de dépendance politique s’atrophie et les spectres se multiplient : l’armée, les clans, les puissances étrangères… La corruption de masse a succédé à la terreur de masse, les deux faisant de nous des spectateurs effrayés et payés de notre dérive.
Nous sommes dans une culture de la procuration, mais nous sommes exigeants !

M. H.


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