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contrechamp / ACTUALITÉS

Éducation et violence


Le passage le plus déchirant dans la vidéo de l’agression d’une éducatrice par les élèves de son école est celui où l’on entend un gamin expliquer à l’automobiliste filmant la scène : “Hagrouha parce que âakla.”
“Ils l’agressent parce qu’elle est gentille” ! De fait, on voit dans ses réactions, puis plus tard dans son visage, au moment de recevoir les excuses des parents, l’expression d’une réelle innocence. Penser que c’est pour cela que des enfants dont elle surveille le bon comportement s’appliquent à l’humilier a quelque chose d’effarant. Il est peut-être dépassé de s’interroger sur la responsabilité de l’École dans la formation de cette incivilité infantile et dans l’inclination des jeunes à la profanation des statuts à vocation respectable : enseignants, aînés, voire parents… Comme vient de le rappeler un expert du secteur, la réforme scolaire, même quand elle est osée, n’est qu’une réforme de programmes, non une réforme de l’enseignant.
Le civisme ne constitue point un aspect primordial de… l’éducation nationale.
De fait, et après avoir substantiellement aidé à la formation de chair à canon islamiste, l’École continue à former des adolescents convaincus de la légitimité de la violence quand elle est au service de l’ordre religieux  idéal. Gageons qu’à Ouled Yaïch, si cette jeune femme était un jeune homme, ou même une jeune femme en khimar, elle n’aurait pas suscité ce débordement collectif de haine chez ses propres écoliers.
L’enseignant algérien, dans son profil commun, est d’abord attaché à ce que son élève respecte le jeûne et fasse la prière et, le cas échéant, harcèle son père pour arrêter de boire. Et ce n’est point la préoccupation du seul professeur d’éducation religieuse ; tous les collègues contribuent à cette mission sacrée. L’École doit livrer à la société un jeune formaté au “salam âalikoum”, forme uniformisée de salut attestant de sa normalisation communautaire, un jeune maîtrisant d’autres “pieuseries” verbales complémentaires de la formation du citoyen-fidèle, plus fidèle que citoyen. Cet investissement devrait en faire un éphèbe accompli, imprégné, par exemple, de la menace que la femme fait peser sur la foi si elle n’est pas contrainte de se limiter à ses fonctions utilitaires et à la discrétion physique que la religion lui impose.
Le parent, s’il n’a pas eu la prévoyance d’entamer la normalisation de ses enfants, trouvera salutaire que l’école s’en occupe. Il se fera un bonheur de lui financer son premier tapis de prière individuel qu’il exhibera le vendredi après la prière, en s’attardant dans le quartier, histoire de faire avaliser son intégration confessionnelle.
Déjà que, culturellement, l’Algérien apprend à son fils, pas à sa fille, que se battre est une valeur et qu’il a forcément besoin d’être élevé à la dure. L’éducation religieuse et la pression d’un environnement valorisant la violence à finalité religieuse ne viennent qu’appuyer un atavisme socioculturel. 
Dans les circonstances actuelles, cette réalité nationale nous oblige à considérer la précarité de la “silmiya” qui caractérise le soulèvement populaire, à en prévenir les risques et à l’entourer de la plus grande attention. Mais il y a en même temps des raisons de se réjouir du miracle de ce choix pacifique collectif. En lui-même, il procède d’une véritable révolution culturelle.
 

M. H.
musthammouche@yahoo.fr


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