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contrechamp / ACTUALITÉS

Febrayeria (2)

Après le maintien d’un président intérimaire au-delà de la période légale d’interrègne, le pouvoir vient de remplacer un ministre du gouvernement, actant à nouveau l’inconstitutionnalité de l’Exécutif en place. Cette fois-ci, il ne peut même pas se prévaloir d’une exégèse favorable du Conseil constitutionnel. Ce n’est pas en s’autorisant ce genre d’accommodements avec la loi fondamentale qu’il pourra persuader les Algériens de s’engager dans une élection présidentielle… transparente  et régulière ! L’autre signe révélateur des velléités contre-révolutionnaires du régime vient du fait qu’un pouvoir supposé “d’accompagnement du peuple” dans son projet de changement se donne sa propre identité politico-idéologique : “Novembria-badissia”. Un slogan qu’il a tôt fait d’adopter et d’en truffer les marches. Depuis le quatrième vendredi, le 15 mars, en effet, des banderoles soigneusement élaborées et imprimées ont commencé à se glisser dans les cortèges. L’audience de cette étrange devise n’a cependant jamais dépassé les groupes d’agents mobilisés pour sa propagande. Etrange devise qui essaie de forcer la conciliation de deux références politico-historiques inconciliables. Une véritable imposture historique que ce couple “novembria-badissia” anachronique, l’un étant venu effacer la compromission de l’autre. Le réformisme musulman n’était, par nature et de fait, pas révolutionnaire. Novembre fut justement une initiative de dépassement de l’hypothèque réformiste, une initiative contre le réformisme “badissiste”. D’où vient alors l’intérêt politique que le pouvoir porte à cet oxymore ? Il découle d’abord de ce que le terme “novembriste” atténue l’illégitimité du pouvoir militaire en rétablissant le lien héréditaire entre l’ANP et l’ALN. Cette continuité a une vertu “légitimante” pour une hiérarchie de l’armée ayant l’intention d’influer sur “la solution de sortie de crise”. Il découle ensuite de ce que les islamistes réformistes, “modérés”, dirait-on, comme le MSP ou les Oulémas, pourraient être sensibles à l’idée d’une alliance qui les affranchirait de leur identité historique contre-révolutionnaire. Enfin, et surtout, Novembre, qui domine la hiérarchie des repères mémoriaux, peut servir à dénuer toute autre entreprise populaire qui lui est ultérieure de son statut de révolution. Or, l’ambition du 22 février est d’être un acte de parachèvement de la Libération, jusqu’ici amputée de sa finalité démocratique. L’ambition d’être soit une révolution démocratique à part entière, soit l’acte II d’une révolution globale où la souveraineté d’Etat arrachée à l’occupant sera couronnée d’une souveraineté citoyenne à arracher à la dictature. L’enjeu de cette astuce discursive “novembria-badissia” est d’opposer la Révolution à toute autre révolution, surtout à celle du 22 février.Si, en même temps, le régime peut, par la répression et la manipulation, éloigner une bonne partie de forces progressistes du hirak, en s’attaquant à la matrice identitaire du combat démocratique, il aura tactiquement réussi son rassemblement contrerévolutionnaire islamo-conservateur. D’accord, Bouteflika devait partir et la bande jugée, mais circulez, il n’y a rien à changer. Ni dans la Constitution. Ni dans le personnel du régime résiduel. “Novembria-badissia”, ce n’est que cela : le déni de “febrayeria”.                                     
 

M. H.
musthammouche@yahoo.fr 


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