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contrechamp / ACTUALITÉS

Football et révolution


Le football professionnel constitue une lucrative  activité pour toutes sortes de métiers et d’instances. Pour les États, le football est simplement une arme politique. Ils en usent pour s’acheter un prestige diplomatique ou populaire. Et à bon marché, pour ceux qui, comme le pouvoir algérien, préfèrent payer l’entretien d’une équipe nationale performante plutôt que de s’efforcer à élaborer, financer et conduire une politique complexe de développement sportif. Les dirigeants qui se sont succédé à la tête du pays n’ont pas lésiné sur les moyens pour préparer et motiver ce qui, à leurs yeux, constitue un appréciable outil de promotion. À l’extérieur, les joueurs exilés et ceux de la diaspora ont régulièrement fourni l’effectif suffisant en nombre et en qualité pour que notre “onze” tienne un rang honorable dans l’arène africaine. À l’intérieur, la popularité d’un championnat traditionnellement et culturellement racoleur est toujours restée intacte malgré sa médiocrité sportive et la gestion à scandale des dirigeants de club. Le régime actuel s’est longtemps délecté de cette propriété anesthésiante du football. Une fois par semaine, des troupes de jeunes mâles impétueux convergent vers les arènes pour y exulter autour d’un enjeu chauvin. C’est l’ordre public qu’on entretient à travers cette débauche d’énergie nerveuse déversée par des foules d’adolescents excités sur les gradins. Et, à l’occasion, toute cette jeunesse s’ébaubit, plus en furie qu’en liesse, de l’exploit d’une sélection laborieusement composée ; elle prolonge toujours jusque le plus tard possible dans la nuit ses débordements de joie et d’impétuosité, dans une drôle de manifestation qui tient de la kermesse et de l’émeute.

À l’évidence, la révolte était dans la fête. Combien de rendez-vous sportivo-protocolaires ont tourné au clavaire pour des officiels conspués par les spectateurs ? La jeune génération est la catégorie oubliée du système de corruption rentière institué par Bouteflika, sanctionnée par une économie en panne de développement et de création d’emplois. Et puisqu’elle n’avait que les gradins pour s’exprimer, elle en fit sa… tribune ! On retiendra que La Casa del Mouradia, œuvre de supporters, a pris un statut de chanson révolutionnaire du mouvement populaire. Et en initiant le slogan “Rana s’hina, bassitou bina” (nous avons dessoûlé ; vous allez en baver avec nous), les jeunes pensaient plus au football opium qu’à la “zetla”. Le soulèvement pour le changement a coïncidé avec cette “délocalisation” du ras-le-bol juvénile du stade vers la rue. L’image filmée du groupe de supporters de Belouizdad sortis le 22 février, grossissant à mesure qu’il avançait vers le centre-ville au son de “La Casa…” symbolise cette confluence stade-rue.
La CAN 2019 a été l’occasion d’une jonction du peuple footeux et du peuple tout court, ce qui, en Algérie, ne fait plus une grande différence. De Zidane qui “a envie de voir l’Algérie bien jouer pour le peuple, descendu dignement dans la rue” aux éléments de l’EN qui, souvent, dédient leur exploit au peuple, tout se passe comme si celui-ci s’était réapproprié l’utilité politique du foot. Le foot, c’est politique. Mais l’Algérie le sait depuis sa guerre de Libération ; le foot, c’est parfois révolutionnaire. 


M. H.

musthammouche@yahoo.fr 


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