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contrechamp / ACTUALITÉS

La chute

L’arrestation, l’audition et l’incarcération simultanées de Saïd Bouteflika et des généraux Toufik et Tartag figurent l’effondrement solidaire des deux principaux centres d’asservissement de la nation : le pouvoir politique autocratique et le pouvoir militaire qui, selon les circonstances, l’assujettit ou lui est assujetti.

Venu au pouvoir par la volonté de la hiérarchie militaire, il en est parti en emportant, dans sa chute, ceux qui l’ont aidé à soumettre le peuple et les institutions à son insatiable soif de pouvoir et à son instinct de tyrannie. Pour embarquer toutes les institutions et tous leurs responsables, y compris ceux qui lui ont préexisté, dans sa maladive obsession de présidence dictatoriale à vie, il a recouru à deux armes : la corruption et la terreur. La corruption et le détournement ont été érigés en instruments de régulation politique. Véritables prérogatives consenties à des affidés du régime en contrepartie de leur alliance ou obédience, ils peuvent prendre des formes légales, comme le pouvoir de nomination, l’exploitation du système d’agrément, la compétence d’octroi de foncier, de marchés publics de gré à gré ou l’allocation autoritaire de ressources ; ils peuvent aussi prendre des formes illicites, comme le passe-droit, le détournement ou le pot-de-vin. La prébende de chaque proconsul dépend de la fonction qu’il occupe (ministre, wali, responsable d’instance d’autorité…) et du niveau de proximité directe ou indirecte avec le centre d’autorité.
La terreur est complémentaire de la corruption. Contre les sujets résistant à la corruption, le régime y recourt. Elle se fonde sur une organisation de l’État qui fait que son fonctionnement rend toute existence sociale, économique ou politique dépendante de la seule volonté du chef de camarilla. Et ses affidés, selon l’institution et le niveau hiérarchique considérés. L’illustration de cette règle est la généralisation de la nomination, par décret, aux fonctions publiques, mais pas qu’aux plus hautes. De ce point de vue, il y a de véritables domaines réservés, comme les représentations économiques et diplomatiques à l’étranger. Les entreprises publiques et, aussi, privées sont aussi soumises au contrôle politique des commis extraconstitutionnels du régime. 
Celui-ci s’est, par ailleurs, doté de mécanismes centripètes qui lui permettent d’éliminer, par marginalisation, par intimidation et par répression, les catégories et éléments inadaptés à son système de terreur et de corruption. Mal lui en prit, puisque la principale catégorie marginalisée, c’est la jeunesse, aujourd’hui engagée dans l’œuvre historique de sa destruction.
Dans le processus classique, la mafia, phénomène socioéconomique, s’attaque aux institutions (justice, police, finances…) pour phagocyter l’État. Dans le cas algérien, c’est le pouvoir d’État qui a mué en organisation mafieuse, généralisant la pratique mafieuse aux institutions et projetant ses tentacules corrupteurs dans la société, la pourrissant à son tour !
La fin d’un tel régime est caractéristique des dictatures pathologiques : ayant enfermé tout le pays dans sa logique et n’ayant prévu aucune voie de retraite, sa chute est globale et brutale. Et globale. Le “yetnahaw ga3” n’est pas né d’un caprice d’adolescent ; il découle de cette fuite en avant oncogène et imprévoyante qui mène droit dans l’impasse. 
Il doit alors nécessairement tomber avec tous ses hommes, ses pratiques et ses symboles.


M. H.

musthammouche@yahoo.fr


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