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contrechamp / ACTUALITÉS

La continuité, malgré le changement

C’est la quadrature du cercle : comment survivre sans Bouteflika ? C’est cette impossibilité que les forces de soutien au Président veulent lever.
On l’aura remarqué : ce ne sont plus les traditionnels apôtres de l’alternance qui s’activent autour de la question du changement. Depuis 2004, la revendication se manifeste à chaque veille d’élection présidentielle et provoque invariablement son rejet répressif, méprisant et arrogant de la part des partisans de la continuité salutaire. Le tout dans une campagne à chaque fois soutenue par une débauche de dépenses et d’exhortations à la gloire d’un “Grand Timonier” croulant sous les superlatifs de ses très nombreux thuriféraires. C’est tellement confortable de soutenir un candidat dont la victoire est assurée par la préfabrication autoritaire du scrutin ! Et c’est tellement gratifiant aussi quand le régime défendu cultive la générosité clientéliste. Pour faire durer la pratique, on inventa “le programme du Président”, un carnet de dépenses qui doivent, directement ou indirectement, éclabousser chaque catégorie de courtisans en fonction de leurs apports politiques respectifs. Encouragées par une providentielle et durable abondance rentière, les forces de l’accaparement tenaient et tiennent toujours au “respect des institutions” — que le pouvoir est seul à violer — et à la “stabilité du pays” confondue avec la stabilité du régime. Cela, au prix d’une répression politique continue, d’une fraude électorale institutionnalisée et d’une corruption socialisée.
Ce qui change, en cette veille d’échéance, c’est que la succession politique semble difficile à repousser trop loin.
Or, les forces qui portent le régime et en profitent savent qu’il n’est pas renouvelable dans sa configuration et sa composition actuelles. Elles constatent aussi l’amenuisement du trésor de guerre. Le jour du changement, leur solidarité, une solidarité qui, transie par la rente et qui passe par une communauté d’obédience, ne peut pas être reconductible avec les mêmes acteurs. En un mot, il n’y aura pas de continuité sans Bouteflika. Et sans embellie financière. Le clientélisme n’est pas un liant politique durable. Le régime s’est politiquement structuré sur la base de multiples marchés bilatéraux ; il ne repose sur aucune projection ni même sur une entente multilatérale.
Le Président aussi ne s’est pas fait à l’idée de changement. Il l’a clairement exprimé dans son message aux walis, regrettant même que “certains réduisent les enjeux du présent et de l’avenir au changement et à la succession des responsables et des personnes”. Visiblement, cette volonté de perdurer ne suffit pas à rassurer dans son camp. Le changement, enfin perçu comme une fatalité, inquiète. Et mobilise. Pour une fois, dans le désordre.
Avec la surprenante démarche visant à associer l’opposition à une “continuité avec ou sans Bouteflika”. Celle que Makri, dernier enrôlé de la continuité, formule pudiquement comme “une transition, même avec Bouteflika”.
En dehors d’un jeu démocratique en fonctionnement, nul ne sait de quoi demain sera fait. Mais ce serait un comble pour une opposition, qui a si longtemps réclamé l’alternance, d’être convertie à la continuité, le jour où celle-là se présente par elle-même.


M. H.

 


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