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contrechamp / ACTUALITÉS

Langues et (in)culture politique

Le ministre de l’Enseignement supérieur vient de réformer les… entêtes de documents produits dans son secteur de tutelle. Cette ineptie fera que, désormais, ces entêtes seront exclusivement rédigés en arabe et en anglais. Le reste, c’est-à-dire le contenu, l’essentiel, “sans changement” donc, pour reprendre la formule consacrée par les rédacteurs juridiques. Une avancée pour l’Université algérienne ! Ou pour la langue arabe ? Pour la langue anglaise ? Ou peut-être une victoire contre la langue française ? Voire contre la France ? Ce genre de nigauderies illustre la régression intellectuelle qui frappe les activistes politiciens du système. Ils compensent l’incompétence par la ruse qui, souvent, leur conseille de s’investir dans le plus facile des fonds de commerce politiques : le populisme idéologique. Tayeb Bouzid est ministre d’un gouvernement  intérimaire, voué aux seules affaires courantes,  impopulaire et contraint à fonctionner en Exécutif de reclus, puis, avec le temps, devenu illégal et politiquement précaire. Mais cette illégitimité ne l’empêche pas de manipuler une question stratégique de politique linguistique, juste pour se faire remarquer auprès des forces idéologiques qui le sponsorisent. Il fait ainsi du secteur de l’enseignement supérieur une république autonome en y codifiant un domaine relevant de la souveraineté nationale et de choix prospectifs. Comme il n’y a pas de chaîne d’autorité politique, chacun sévit en seigneur dans son fief. Jusqu’au jour où chute le réseau qui le soutient. Et lui avec. Les suivants arriveront pour découvrir les dégâts qui se sont pourtant produits sous leurs yeux. C’est d’actualité : dans le système de pouvoir algérien, les décideurs éparpillés dans les institutions et territoires sont dispensés de contrôle tant que leur clan est aux commandes. Pendant tout ce temps, chacun d’eux use de l’institution qu’il squatte comme d’un accessoire lui servant à favoriser son camp affairiste, politique ou idéologique. Le massacre a commencé dès l’indépendance avec ce diktat identitaire proclamé par Ben Bella : “Nous sommes des Arabes, des Arabes, dix millions d’Arabes.”  Ni Ben Bella, ni Boumediene, ni Taleb, à qui revint la paternité de l’œuvre de désagrégation arabisée de l’École algérienne, ne croyaient à la pertinence pédagogique, culturelle et économique de leur aveuglement sectaire. Mais, pensaient-ils, c’est le prix à payer pour marginaliser l’intelligentsia nationale postindépendance, majoritairement francisée, et favoriser l’encadrement formé aux frontières et au Moyen-Orient dans l’intention du coup d’État de 1962. Le paroxysme de ce long travail de sape, c’est la loi du 16 janvier 1991, promulguée par le tandem Chadli-Hamrouche, révisée par la loi du 21 décembre 1996, sous l’impulsion d’Ouyahia et avec le soutien de Zeroual. D’après cette loi, “tous les documents officiels” devaient être rédigés en arabe (art. 5) et “l’enseignement, l’éducation et la formation dans tous les secteurs, dans tous les cycles et dans… toutes les spécialités sont dispensés en langue arabe…” (art. 15). L’échec de l’arabisation a été total et réplétif. L’échec de l’enseignement aussi. Mais cela n’empêche pas que se répète la manipulation hasardeuse de la question de la langue. Dans la République souveraine à venir, il y a des domaines sérieux qu’il faut protéger des agissements irresponsables des aventuriers de la politique.
 

M. H.
musthammouche@yahoo.fr 


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