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contrechamp / ACTUALITÉS

L’aventurisme contre-révolutionnaire


Semaine après semaine, le mouvement populaire doit décliner la preuve renouvelée de sa vitalité. En vingt et un rendez-vous hebdomadaires et pas mal de démonstrations intermédiaires, la preuve est normalement faite de son inaltérable vigueur. Mais de semaine en semaine, le pouvoir s’ingénie à inventer les moyens de l’affaiblir dans sa consistance, de le contrarier dans son action et de le détourner de son objectif. Méthodiquement. D’abord en retenant, à force de barrages routiers, l’afflux de manifestants vers les centres urbains les plus animés, Alger en particulier. Ensuite en libérant et en renforçant ses propres capacités répressives. Puis en manipulant l’élément identitaire, procédé de désunion nationale, auquel le pouvoir a toujours recouru pour empêcher l’avènement d’une perspective nationale débattue entre Algériens. En s’inventant l’“ennemi intérieur”, le régime militaire se crée la mission de défendre le peuple contre une partie de lui-même et donc contre lui-même. Au lieu d’être une chance et une aspiration, la démocratie en devient une source de danger parce qu’elle donnerait la parole à la composante populaire… “ennemie”. Emprisonner des manifestants pour avoir porté l’emblème amazigh n’a aucun fondement légal. Cela n’a pas de justification politique, non plus, puisque la revendication que cet emblème exprime ne constitue en rien une contestation de l’intégrité nationale. Cela paraît paradoxal, mais c’est le régime qui a besoin de raviver un clivage identitaire que le mouvement actuel venait justement d’abolir, provisoirement bien sûr, mais salutairement tout de même. Cela dit, le régime a visiblement surestimé l’efficacité contre-révolutionnaire de ses procédés éculés de répression et de manipulation de la société. Et il s’en irrite, comme on la menace de représailles brandie contre les manifestants prônant un slogan qui n’exprime pourtant pas plus qu’un minimum républicain : la primauté du civil sur le militaire. Un slogan qui, même s’il n’a pas été honoré au sortir de la guerre de Libération, reste consigné dans le premier document consensuel fondateur de l’État algérien, la plateforme de la Soummam. Un slogan que la mémoire collective retient comme une recommandation des plus éminents esprits de la Révolution, tels que Ben M’hidi et Abane ! Tout en “accompagnant” un soulèvement populaire qu’il pensait peut-être limité dans sa durée et dans ses objectifs, le pouvoir de fait s’est donné son propre projet, celui de sauvegarder le régime en le nettoyant de ses représentants les plus symboliques de sa nature mafieuse. Mais à mesure qu’il vérifie la résolution, la radicalité du mouvement et son imperméabilité à l’encadrement politique, il a entrepris d’initier un contre-mouvement doté de sa propre référence doctrinale faite d’un mix de nationalisme militariste et d’islamisme identitaire. Cette doctrine est synthétisée dans la formule “novembria-badissia”. De nombreux commissaires politiques  investissent les réseaux sociaux et les marches pour porter la bonne parole de ce projet. Mais au niveau de l’engagement quantitatif et  qualitatif où le peuple est parvenu, est-il réaliste et même prudent de vouloir renverser le sens de cette révolution ? 

M. H.

musthammouche@yahoo.fr 


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