Scroll To Top
FLASH
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com

contrechamp / ACTUALITÉS

L’impasse

Après le processus enlisé des “dynamiques de la société civile”, en juin, et la “Conférence du dialogue” embourbée du 6 juillet, le “panel” de Karim Younès est la troisième cartouche que le pouvoir sacrifie sur l’autel d’un “dialogue” prioritairement destiné à aménager les conditions d’une élection présidentielle. Pour lui, il s’agit encore de rattraper l’option électorale constitutionnelle qui devait clôturer l’intérim de Bensalah et qui a été empêchée par le mouvement populaire. Pour l’heure, les forces et personnalités politiques et sociales favorables à l’option constitutionnelle n’ont pas été d’un grand secours pour le régime cherchant à jeter des passerelles vers la société insurgée. Ces “initiatives” sont la traduction de l’appel de Gaïd Salah aux “personnalités et aux élites nationales” pour un dialogue “sincère et objectif” pour résoudre la crise à travers des “concessions réciproques”. Mais des concessions qui ne remettraient pas en cause l’option d’une élection présidentielle. Avant que l’élection du 4 juillet ne fût compromise, le pouvoir avait misé sur l’essoufflement “naturel” du mouvement populaire. Surtout que, comme revendiqué, le cinquième mandat a été annulé.
Or, l’exigence de rupture avec le système qui a permis à un régime tel que celui de Bouteflika de se constituer et de prospérer s’était vite imposée comme une évidente finalité du mouvement. Entre quinze et vingt millions d’Algériens, se retrouvant à manifester ensemble, ne pouvaient plus se limiter à priver d’un cinquième mandat un président qui en avait fait quatre ! La crise actuelle vient de cette divergence de fond entre le pouvoir de fait et le hirak : le premier estime que le président dénoncé étant déposé et son entourage neutralisé, il ne reste qu’à les remplacer ; le second semble exprimer sa volonté de changer les règles d’accession au pouvoir et de conduite de ce pouvoir. De cette divergence de vision découle une autre, stratégique, au sujet d’une commission de supervision et d’organisation d’élections qui permettraient l’avènement démocratique d’un président légitime qui organisera la mutation démocratique du pays. Le mouvement ne croit globalement pas à l’indépendance d’une autorité électorale agissant sous le règne du régime résiduel et estime que le peuple constitue une autorité disposant de la légitimité suffisante pour réformer le système politique national. Il juge ce processus constituant plus fiable qu’une élection opérée avant le changement de régime. Tant que cette conviction prédomine dans la “pensée populaire”, les manœuvres autour de l’objectif d’une élection présidentielle ne serviront qu’à disqualifier les personnalités cédant à la tentation de jouer un rôle historique ou politique. D’ailleurs, le pouvoir fait du dialogue une simple stratégie d’appoint. Il continue à cultiver l’option de harcèlement répressif du mouvement : barrages autour de la capitale, occupation policière et étouffement des espaces de manifestation, black-out des télévisions, arrestations et emprisonnements pour délit d’opinion… Ainsi, le hirak se poursuit et le pouvoir cherche le moment de le contrer. C’est cela la vraie forme de dialogue qui se déroule entre le mouvement et l’autorité, le pays s’enfonçant chaque jour un peu plus dans l’impasse.
 

M. H.
musthammouche@yahoo.fr 


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER