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contrechamp / ACTUALITÉS

L’indépendance du peuple


“Le peuple est sorti fêter l’anniversaire de l’indépendance.” C’est ainsi que les médias de propagande, publics et privés, ont expliqué le raz-de-marée de manifestants qui, ce vendredi, a déferlé sur les principales villes du pays.
Pourtant, pour tous ceux qui ont partagé, ou observé, les successives manifestations de révolte citoyenne, il ne fait pas de doute que ce rassemblement du 5 juillet avait, aux yeux de chaque participant, un sens particulier.
On ne pouvait ne pas voir, en effet, sur la plupart des visages, cette émotion qui submergeait  la colère. De fait, les citoyens partageaient massivement, et comme une blessure, ce sentiment de n’avoir finalement pas été indépendants ces cinquante-sept dernières années, non plus ! Que cette indépendance a été confisquée par des groupes qui, après le départ de la puissance coloniale, ont continué à se partager et à se disputer, à huis clos parfois, le destin et les richesses d’un pays qui, dans le leur logique, n’est que leur légitime butin de guerre.
La situation actuelle, faite d’un soulèvement massif, synchronisé, pacifique et mené dans une perspective de libération politique collective, procède du miracle historique. Le peuple qui manifeste est un peuple “reconstitué”, tant ses dirigeants l’avaient atomisé à grands renforts de manipulations, des dirigeants ravis de le voir réduit à une expression en miettes, par quartier, par village, par tribu, par région ou par secte, avant qu’il ne découvre, soudain et en masse, la réalité de son unité de destin et la vertu de son unité d’action.
Le groupe qui a pris le pouvoir au lendemain de l’indépendance politique a pu perpétuer son emprise jusqu’à aujourd’hui en se reproduisant sans se renouveler. Le système ainsi perpétué a basé sa stabilité sur un trépied qui n’a pas évolué, lui non plus : la répression, la corruption et le fractionnement du peuple sur des bases linguistique, régionaliste, identitaire et idéologique. L’accaparement de la rente étant au centre des enjeux politiques qui font mouvoir toutes sortes de factions. C’est d’ailleurs cela qui fait que l’Algérie n’a jamais bénéficié d’une projection, ou d’une délibération nationale, autour de son avenir. La dernière en date ayant eu lieu…en début de guerre de Libération, en 1956. Et ses principaux initiateurs et animateurs ont été décimés avant l’indépendance. L’enjeu n’a pas changé : maintenir cette capacité du système installé en 1962 à se substituer à la volonté collective. À la place de légitimité révolutionnaire obsolète, il a institué sa légitimité “démocratique”, un mécanisme qui emprunte la forme à la pratique démocratique mais qui assure au régime le contrôle du processus d’élection-désignation.
Le mouvement révolutionnaire ne s’est pas trompé d’enjeu en réclamant l’indépendance…du peuple. Mais au lieu de l’entendre, le régime recourt à ses classiques instruments d’étouffement de la société : la manipulation (de la sensibilité identitaire, en priorité), la plan de fragmentation du mouvement par l’injection d’initiatives parasitaires diverses, ainsi que l’escalade répressive qui, chaque vendredi et malgré le pacificisme des manifestants, franchit un nouveau pas… Peut-on continuer à priver les Algériens de leur indépendance, maintenant qu’ils ont recommencé à agir en peuple ?

 

M. H.
musthammouche@yahoo.fr 


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