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contrechamp / ACTUALITÉS

L’information, au temps de la censure


Le journal Echaâb a organisé un forum sur “la fausse information et les moyens de la juguler”. À cette occasion, le porte-parole du gouvernement s’est inquiété, par anticipation, de la qualité de la prise en charge médiatique de l’élection presidentielle du 12 décembre. 
Il a donc adressé ce message à la presse : “à l’approche de la campagne électorale pour la présidentielle, la mission des professionnels de l’information et des médias s’avère difficile, car ils seront non seulement appelés à produire des informations précises, fiables et ‘sourcées’, mais également à ne pas tomber dans le piège des fake news, qui sont malheureusement relayées, voire amplifiées, par certains.”
Mais le ministre ne s’arrête pas à ces recommandations généralistes ; il ajoute que l’Algérie, c’est-à-dire le pouvoir, “qui défend les valeurs d’ouverture et de liberté, y compris la liberté de la presse, à l’instar des autres pays aux traditions démocratiques séculaires, ne tolérera pas la propagation des ‘fake news’, vu les graves dérapages qui en découlent, dont l’entrave aux libertés et aux acquis démocratiques”. 
On passe sur l’exorbitance politique et historique qui classe l’Algérie parmi “les pays aux traditions démocratiques… séculaires”. On n’est plus dans les fake news, mais dans la fable. Mais on retient le désir de Rabehi de prévenir les entraves “aux libertés et aux acquis démocratiques”, entraves qui seraient le fait des médias eux-mêmes en tant que producteurs de fake news !
Ce propos, le ministre le tient au moment où son régime inflige au pays le black-out informationnel le plus sévère depuis l’ouverture légale du champ médiatique ! Ce n’est, en effet, pas de fake news que souffre l’information, mais de censure généralisée. Les médias, publics et privés, n’ont jamais connu le niveau de bâillonnement qu’ils subissent aujourd’hui. Certes, les chaînes de télévision privées et certains journaux tout aussi privés ont visiblement de bonnes raisons de s’en tenir à l’information de complaisance, si bien que c’est aux médias publics que revient parfois le privilège de protester contre la censure politique ! Un retournement de situation jamais observé jusqu’ici ! C’est parler de corde dans la maison d’un pendu que de mettre ainsi en garde contre l’abus de fausses nouvelles des médias contraints de taire une révolution qui gronde sous leurs fenêtres. Le ministre, ne s’arrêtant pas en si bon chemin, demande aux “professionnels” de produire et de fournir aux réseaux sociaux du “contenu médiatique ou informatif, des facteurs de diffusion plus efficaces et actualisés, à même de permettre, de par la qualité et le volume, d’assurer une présence plus importante de ces médias sur le réseau”.
C’est curieux comme le pouvoir n’arrive pas à intégrer la révolution culturelle que le 22 février a générée dans la société. Et à se rendre compte que les citoyens ont inventé leurs propres instruments de production et de tri de l’information, individuellement et en… réseau, justement. Par la politique publique de censure et d’étouffement, le pouvoir a fait que la contribution des médias traditionnels, globalement réduits au silence et décrédibilisés, est devenue accessoire. La censure gêne mais n’oriente pas ; c’est irréversible, le citoyen décide désormais de son média.
 

M. H.
musthammouche@yahoo.fr


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