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contrechamp / ACTUALITÉS

Politique : de l’ingérence militaire à la démission civile

Hier matin, à Libreville, un petit groupe d’officiers a tenté un coup d’État. Mais l’opération, qui péchait par amateurisme et improvisation, a échoué. Ces soldats, visiblement mus par le désir de faire évoluer une situation institutionnelle du Gabon qui les révoltait, ont voulu jouer les brise-glace pour initier un mouvement de “restauration” plus élargi.
L’UA, en gardienne de la santé des dictatures établies, même affaiblies, a promptement réagi à la tentative de renversement du régime Bongo. “Je réaffirme le rejet total par l’UA de tout changement inconstitutionnel de pouvoir”, a déclaré le président de la Commission de l’Union, Moussa Faki.
Le problème, c’est qu’en Afrique en général, il ne peut y avoir de changements qu’inconstitutionnels. Et les pouvoirs africains changent souvent les Constitutions pour ne pas changer, eux. Mais c’est cela la vocation de l’organisation continentale : elle est faite à l’image des régimes qui la composent, une instance de défense solidaire des dictatures du
continent.
N’est-ce pas ironique de parler de “coup d’État” contre une autocratie dynastique qui, de père en fils, cumule plus d’un demi-siècle de pouvoir, de parler de “coup d’État” contre un fils-président que sa mauvaise santé tient à l’écart des institutions et du pays depuis plus de deux mois ?! N’est-ce pas, d’ailleurs, la culture politique de l’Afrique “moderne” : un putsch dépose le régime en place, puis installe un autre autocrate ou clan, lequel mijote les élections qui le légitiment et organise ensuite sa pérennisation par tous les moyens ? Ainsi s’entretient le “coup d’État permanent” pour n’avoir à souffrir ni l’alternance démocratique ni la rupture par putsch. Et pour se faciliter la tâche, les despotes africains syndiqués ont inventé l’UA qui appuie leurs “démocraties” maisons, au nom du principe sacré de souveraineté nationale, et décourage les “putschistes” derniers arrivés, pour assurer la stabilité de ses régimes membres.
En Afrique, ce sont les armées qui assurent l’immuabilité des pouvoirs et qui fomentent, le moment venu, leur destitution. L’expérience des indépendances a institué cette règle : en choisissant d’emblée de s’appuyer sur la force plutôt que sur la volonté populaire pour asseoir leur empire, les gouvernants autochtones qui ont succédé aux gouverneurs coloniaux ont fait prévaloir le diktat du militaire sur le vœu du citoyen, puis fait primer la volonté, voire l’ambition, de quelques hauts gradés sur les aspirations de la masse du peuple.
Telle est, à quelques exceptions près, la norme du continent. Et les peuples — et les élites civiles — s’y sont globalement acclimatés. Même quand le besoin de changement se fait irrépressible, ils attendent que l’armée vienne les délivrer de leur oppresseur. Lorsque les militaires trouvent intérêt à “répondre au vœu du peuple”, ils ne le font généralement pas gratuitement et profitent de l’occasion pour placer le despote qui, à ce moment-là, leur convient.
Même les sociétés civiles et politiques ont trouvé goût à cette “démocratie par procuration”. Il s’ensuit une quête du bon militaire qui les préserverait du mauvais. Dans ce monde à l’envers, si l’armée refuse de rentrer à la caserne, c’est aussi parce que la politique va la chercher.


M. H.

 


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