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contrechamp / ACTUALITÉS

Révolution et censure

Si la révolution est en marche, l’autoritarisme gagne du terrain. Face à un mouvement populaire insistant, le régime, au lieu de l’écouter, tend à se raidir. 
Refusant de considérer les revendications dans leur intégralité, il trouve peut-être que le mouvement a trop duré. Ni l’empêchement du cinquième mandat et la démission de Bouteflika ni  l’arrestation de nombreux dignitaires du régime impliqués dans le pillage des ressources nationales et les poursuites dont ils font l’objet n’ont  suffi à le contenir. Le temps et les vicissitudes qu’il charrie ne sont pas, non plus, arrivés à l’affaiblir. Les embûches, de plus en plus nombreuses, que le pouvoir place, chaque vendredi, sur le chemin des manifestants ne parviennent pas à les décourager. Pas plus que les arrestations de militants et les menaces de châtiments “exemplaires” qui pèsent sur eux.
Pour accroître “l’efficacité” répressive, il fallait que le régime recadrât l’appareil judiciaire dont une partie commençait à embrasser le mouvement pour la citoyenneté et à revendiquer l’autonomie de la décision de justice. 
Parallèlement, il a entrepris de normaliser un personnel de presse publique, radio et télévision, séduit par l’effervescence émancipatrice ambiante. De leur côté, les chaînes de télévision publiques semblent avoir été collectivement sommées de cesser de couvrir et de commenter le mouvement de revendication national. Et elles obtempérèrent en chœur. Le mot de censure, unanimement suivi par la presse audiovisuelle publique et privée, fait que les informations sur les manifestations, leur déroulement et leur contenu n’ont plus que les réseaux sociaux, quelques sites électroniques et journaux papier et les… médias étrangers pour circuler. La répression aussi d’ailleurs.
Dans la phase actuelle, c’est au tour de titres de la presse électronique de subir, en cascade, une censure d’autant plus aisée qu’elle prend souvent la forme de “problème technique”.
On ne s’en rend pas vraiment compte, mais la censure a atteint un niveau jamais égalé depuis la fin du monopole de la presse publique. L’information n’est pas filtrée dans son détail parce que les réseaux sociaux ont mis l’acte d’informer à la portée de tout citoyen, mais les mass media sont muselés, de sorte qu’ils regardent l’Histoire se dérouler devant leurs portes sans qu’ils puissent en témoigner !
Cela dit, ces médias ne sont pas que victimes de la censure : c’est parce qu’ils privilégient la prospérité de leurs affaires sur le respect de leur mission que cette situation est possible. La censure est une violence sur les hommes de presse respectueux de leur mission et sur le citoyen spolié de son droit de savoir ; ce n’est pas une violence sur les hommes d’affaires.
L’antidote de cette censure est que le peuple a appris à informer et s’informer par les voies démocratiques des réseaux sociaux. C’est à cette institution qu’il doit le niveau de communication nécessaire à son mouvement. En ce sens, la censure, passée et présente, a contraint le citoyen à se moderniser et à se démocratiser, à inventer la communication participative.
En harcelant la presse classique, le régime mène un vain combat d’arrière-garde.
 

M. H.
musthammouche@yahoo.fr


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