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contrechamp / ACTUALITÉS

Révolution et contradictions

À l’annonce de la mort d’Abassi Madani, les témoignages de peine et les messages de sympathie à l’adresse de sa famille, et de “ses compagnons” parfois, ont voyagé à travers les réseaux sociaux.

Parmi ceux qui ont manifesté leur peine de voir disparaître le fondateur du FIS, beaucoup ne souffriraient pas qu’on leur conteste leur identité démocratique. Ils en ont même fait l’argument de leur geste : cette conviction les contraindrait à respecter la différence. Parce que l’idéologie du crime par rapport à l’humanisme démocratique, ce n’est qu’une différence ! Une différence de nature, humanité et inhumanité réduite à une nuance programmatique ! Pourtant, c’est clair : il suffit de se rappeler que sans le FIS, il n’y aurait pas eu de GIA et encore moins d’AIS.
Après, on peut faire intervenir les manipulations du pouvoir, “le qui-tue-qui”… L’objection peut être accordée, mais qui, en Algérie, n’a pas connu, dans son quartier ou son village, un terroriste militant du FIS ? 
Car chacun savait qu’affronter le FIS, c’était affronter le GIA ! Sinon, le “conciliationnisme” n’aurait pas eu ce succès qui a permis à l’armée de nous jeter dans les bras de Bouteflika  et de sa mafia. D’ailleurs, les islamistes, dans leur version bazardjie, sont nombreux à y avoir trouvé leur compte !
Pour certains, c’est leur foi qui, disent-ils, leur dicte une espèce de devoir de componction indifférenciée devant toute mort. Indépendamment de son bilan. Ainsi, ils s’inclinent devant sa dépouille et abandonnent à Dieu la tâche de le juger.
Abassi Madani est mort en ces jours où des foules courent les tribunaux, les commissariats et les brigades, veillant parfois jusqu’à des heures tardives de la nuit, pour faire “la haie de déshonneur” à des hommes d’affaires et d’anciens responsables présumés corrompus et oppresseurs. Mais lui a eu droit à une arrivée et à un départ sans chahut. Pas seulement parce que lui est mort et eux sont vivants. Mais parce que ses crimes, même s’ils sont plus abjects que les crimes de fait du prince et de détournement, ont encore leurs défenseurs parmi nous. 
L’unanimité contre l’arbitraire et l’accaparement ne s’étend pas au crime à caractère religieux. Un peu parce que la peur des islamistes ne nous a pas vraiment quittés et un peu parce que nous croyons, dans une large portion de la société, que, lorsqu’il faut imposer la suprématie de l’avis religieux sur l’avis profane, la contrainte physique est légitime. Celui qui professe cette contrainte pouvant aller jusqu’à l’exécution n’est pas considéré comme criminel. 
Sinon, “la réconciliation nationale”, cette prime au génocide, n’aurait jamais eu lieu. 
On se réfugie dans la foi quand on ne veut pas assumer ou affronter l’idéologie. Où s’arrête cette confusion ? Nulle part, parce qu’elle ne peut pas s’arrêter avant la laïcité. C’est l’arme des indécis. Et des islamistes.
Alors, ils s’en trouveraient, parmi nos “démocrates”, qui étaient à l’enterrement de Djaout et à celui de Madani.
Mais dans la foule de manifestants, vendredi, on ne distingue pas l’ami de Madani de l’ami de Djaout et encore moins l’ami des deux.  
Le mouvement, c’est la rupture avec le système. Voilà ce qu’il ne sera pas. Reste à se battre pour ce qu’il sera.
 

M. H.
musthammouche@yahoo.fr


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