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contrechamp / ACTUALITÉS

Révolution et économie


Les conservateurs du régime et les adversaires de la rupture systémique ne tarissent pas d’arguments pour démontrer l’urgence économique de mettre fin au mouvement populaire.

“Le danger qui pèse sur les institutions” a remplacé, aujourd’hui, le risque qui, hier, menaçait “la stabilité” du pays si l’on mettait fin au règne de Bouteflika. À ce vague péril mi-politique, mi-sécuritaire, s’ajoute l’épouvantail de la panne économique, suggérant d’inquiétantes conséquences sociales.
Une récente alerte de la succursale libanaise de Carnegie Fondation nous prédisant des difficultés prochaines est venue conforter l’appréhension, plus feinte que réelle, des effets économiques et sociaux de l’emprisonnement d’entrepreneurs corrupteurs. Et un opportun rapport des douanes sur le déficit de la balance commerciale au premier semestre de l’année a ensuite aggravé le cas de ce ruineux hirak !
Ainsi que se retournent les choses, si l’on n’y prend pas garde. Et on oublie alors de ramener à sa juste mesure la contribution productive, plus qu’infime, des quelques unités fermées à la suite de l’arrestation de leurs propriétaires à l’économie nationale. Les emplois menacés ou supprimés sont dans les mêmes proportions. Et on oublie aussi de prendre en compte l’arrêt ou la réduction de l’hémorragie financière — crédits bancaires d’ampleur inconsidérée, transferts illicites, marchés publics surestimés et servis au gré à gré, effet retardant du monopole sur la compétitivité…— obtenus du fait de ces mesures judiciaires.
Quant au traitement du mouvement populaire comme événement affectant l’économie dans son fonctionnement, il est encore plus malvenu. En quoi des citoyens qui prennent sur leur repos hebdomadaire pour sortir manifester et qui poursuivent normalement leurs activités professionnelles durant la semaine pourraient-ils porter préjudice à la production et à la productivité nationales ? Le seul effet de levier sur les dépenses publiques qu’on peut imputer au hirak concerne les frais de répression. Mais cela découle d’un choix répressif du régime ; le peuple, lui, a fait le choix de la voie sans dégâts : silmiya. 
Pour le reste, c’est une aberration scientifique que de parler d’économie s’agissant d’un système rentier comme le nôtre. Celui-ci est structurellement antiéconomique puisque la société vit de la dilapidation de la ressource naturelle au lieu de vivre de la productivité du travail.  L’économie est alors en crise permanente, structurelle, car le sous-sol concurrence le travail. Les crises qui nous affectent ne sont pas des crises économiques, mais des crises boursières dont les déterminants sont étrangers à notre “économie”.
Pour revenir à cette histoire de déficit du commerce extérieur, celui-ci n’a pas de signification économique, mais seulement financière : la preuve en est que, malgré la réduction des importations, le déficit commercial a augmenté en valeur. Cela parce que le prix du pétrole a baissé en cette période.
L’intérêt du mouvement est qu’il initie une révolution globale. Si celle-ci réussit, elle implique, à terme, une révolution morale qui devrait remettre la transparence et la productivité au centre de la vie économique jusqu’ici handicapée par la politique et la culture de la rente. Ainsi se créeraient les conditions culturelles et politiques d’un développement économique.


M. H.

musthammouche@yahoo.fr


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