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Révolutions “arabes” : entre culture et politique

Le 9 octobre, l’armée turque a pénétré dans le Nord-Syrie pour bouter les Kurdes hors d’une “zone de sécurité”. Le 12, la Ligue arabe s’est réunie pour… rien. Peu de jours après, le Liban est secoué par un soulèvement populaire inédit par son pacifisme, son niveau de diffusion territoriale et sa “trans-confessionnalité”. 
Il n’y a pas de rapport de cause à effet entre les deux événements. Mais, comme d’autres faits précédents, ils sont significatifs d’un contexte “arabe” renouvelé. La  Syrie, suspendue de la Ligue arabe depuis 2011, ne pouvait rien en attendre. Depuis la guerre d’Irak, les peuples des pays dits arabes regardent de moins en moins la Péninsule comme un point d’ancrage identitaire et  tendent à recentrer leurs problématiques nationales. Les révolutions politiques qui se succèdent depuis 2011 sont aussi des remises en cause géoculturelles. La dénomination de “printemps arabe”, dont les médias et les classes politiques dominants ont autoritairement affublé les soulèvements tunisien, libyen et égyptien, a dû être assumée par le discours local à son corps défendant. Car les mouvements politiques et sociaux qui traversent les sociétés “arabes” en l’actuelle décennie procèdent tous d’une volonté de régénération nationale. En prenant leur élan résurrectionnel, aucun de ces peuples n’investit dans une perspective “arabe” ; il y voit plutôt — et logiquement — l’opportunité de se départir de l’entrave que constitue la référence à une source identitaire et doctrinale prônant la régression politique et culturelle. Le ferment d’une révolution identitaire est partout présent dans les sociétés dites “arabes” hors Péninsule. Parti sur une révolte sociale, le dernier en date, le soulèvement des Libanais a d’emblée viré à la révolution “systémique”, mettant en cause jusqu’à l’accord de Taef. Les Libanais en révolte ne veulent probablement plus se représenter sur la base de ce qui les oppose, ce qui les rattache à des entités externes, leurs différences confessionnelles, et non sur la base de ce qui les lie, leur citoyenneté partagée ! 
Les soubresauts révolutionnaires en question surviennent au moment où les peuples “arabes” perdent l’illusion de communauté de destin que leur serinaient leurs despotes syndiqués dans la Ligue. Irak, Syrie, Libye, Yémen… autant d’occasions qui n’ont pu être exploitées pour démontrer l’existence d’une virtualité arabe ! Mais c’est surtout le mystificateur statut “cause arabe” dont la Palestine a été parée, et qui est à l’origine de sa perte, qui commence à manquer à l’argumentaire de cette “unité arabe” fossoyeuse des profondeurs historiques, de la diversité culturelle et d’aspiration propre à chaque société. Fossoyeuse de leur liberté, de leurs rêves démocratiques, donc. Confronté à ces réveils, distincts dans leur chronologie et variés dans leurs expressions,  l’arabo-islamisme, qui a longtemps enfermé nos sociétés dans sa nasse idéologique paralysante, résiste. Dans le cas algérien, cette résistance idéologique s’exprime à travers la répression prioritaire des signes identitaires. La traque de l’emblème amazigh n’est rien d’autre que cela : pour les dictatures à fondement sectaire, le conservatisme culturel prime sur le conservatisme institutionnel. Si le second est de nature politique, le premier est de portée historique.
 

M. H.
musthammouche@yahoo.fr

 


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