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contrechamp / ACTUALITÉS

Temps et révolution


Le mouvement populaire vient de boucler son cinquième mois. Né en réaction au projet de cinquième mandat, il a fini par susciter et entretenir une mobilisation soutenue pour le changement total de système. Dans toutes les grandes villes du pays, des manifestations d’inégale intensité ont marqué les vingt-deux vendredis passés ; d’autres rassemblements se tiennent aussi en cours de semaine, dont ceux, réguliers, des étudiants, les mardis. Premiers fruits de ce soulèvement, les Algériens ont engrangé d’importants acquis culturels et politiques, dont la réappropriation de leur statut de citoyen n’est pas des moindres. Désormais, ils semblent avoir mentalement intégré ce fait que tous — et chacun — ont leur mot à dire dans la formation de la perspective nationale. Une autre avancée réside dans l’implication citoyenne avérée et légitimée de la femme dans l’animation de la vie politique nationale. Au demeurant, on ne le notera pas assez, le rôle des femmes dans la conduite et la durabilité du mouvement a été capital. Souvenez-vous : on les attendait pour le 8 mars ; elles étaient plus nombreuses le 15 mars ! De fait, tout en déclinant ses revendications politiques, la société a d’emblée cherché à corriger ses propres déficiences civiques. À commencer par le plus grave de ses travers : la violence. Et elle a su sublimer les manifestations de ce fléau national rien qu’en lui opposant le mot d’ordre rapidement globalisé de silmiya (pacifique). D’autres efforts de comportement ont aidé à créer une ambiance communautaire dans les manifestations. Autre nouveauté : un souci répandu pour l’hygiène. Mais on ne va pas pavoiser trop vite, la société n’ayant certainement pas encore réalisé une révolution culturelle accomplie. Cette posture de solidarité, de tolérance et de respect de la divergence, pour l’heure adoptée en temps et lieu de “hirak”, ne s’est pas encore généralisée à l’ensemble de la vie sociale. Toujours est-il que cette soudaine maturation politique et civique a contribué à l’ancrage de la révolution en cours. Elle est devenue comme accueillante. Elle a aussi désarmé un pouvoir qui ne sait pas appréhender un rapport politique pacifique au citoyen. Il n’a jamais manipulé que les trois armes de la dictature : la répression, la manipulation et la corruption. On l’observe dans la pratique : dans son opposition au mouvement, le régime progresse par cumul d’interdictions, par manœuvres de diversion et par tentatives de fractionnement. On l’entend aussi dans son discours, alternativement paternaliste, accusateur et menaçant. Sans trop de succès, pour l’heure. Car le miracle de ce mouvement est dans sa durée, dans sa persistance. Ce n’est pas évident, pour une action d’ampleur nationale, de survivre si longtemps en gardant une relative homogénéité, dans un contexte de censure médiatique et d’interdiction de réunion, et malgré les vicissitudes sociales, matérielles, climatiques… Et en subissant toutes les autres stratégies par lesquelles le régime tente de le décourager. Dont celle consistant à jouer la montre. Après cinq mois de soulèvement pacifique, on ne peut que s’en émouvoir : le mouvement est en train de gagner l’épreuve du temps.

 

M. H.
musthammouche@yahoo.fr 


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