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contrechamp / ACTUALITÉS

Traitement judiciaire d'une crise politique : la bonne voie ?

“Je ne reconnais pas la justice qui émane d’un pouvoir illégitime. Je ne reconnais pas la justice qui obéit aux injonctions du téléphone. Je ne suis pas censé être devant vous aujourd’hui, car je n’ai fait qu’exprimer mon point de vue.” C’est par ces mots que le commandant Bouregâa a exprimé, hier, son refus de répondre aux questions du juge chargé de l’auditionner.
Par ce choix pour une défense de rupture, le vieux moudjahid confirme sa courageuse position par laquelle il renvoie la question de son emprisonnement et des poursuites engagées contre lui à ce qu’ils sont : un acte politique. Son attitude constitue un acte de disqualification d’une justice instrumentalisée dans une action de répression d’un mouvement politique.
Bien avant d’être à nouveau confronté au magistrat instructeur, Lakhdar Bouregâa avait fait part du refus d’être libéré avant les autres détenus politiques et d’opinion. Ce double message de communauté de cause et de rupture a un effet structurant : il rappelle qu’une cause commune subit une répression collective et que, par conséquent, l’objectif ne peut être que celui du changement du système et que les moyens doivent être autres que ceux que propose ce système.
Comme pour répondre au message de l’Ancien, les manifestants jugés pour port de l’emblème amazigh répliquent à une accusation politique par un argument politique : l’un estime qu’il n’a pas à justifier une opinion, l’autre s’exprime en kabyle, illustrant l’absurde de la situation où une personne est sommée de s’expliquer sur le fait de brandir le symbole de son identité… En tout état de cause, le public a bien été conforté dans son sentiment d’assister à des procès politiques. 
Entre la nature des faits reprochés et leur qualification juridique, il y a une telle différence de nature que le débat ne peut en devenir que byzantin. Comment peut-on soupçonner de menacer l’unité nationale ou territoriale le geste de brandir à Alger un emblème qui, par ailleurs, est toléré en d’autres régions ? Comment peut-on justifier d’interdire à des citoyens la revendication de leur amazighité alors que la Constitution a consacré cette dimension de la personnalité algérienne ?
Dans cette ambiance politique, Bouregâa a posé, à travers son acte de rupture, une balise massive sur la voie de la révolution populaire. Elle restera visible de loin, marquant le bouclage du huitième mois de hirak. Et comme pour cultiver la symbolique, l’épisode survient un 22 octobre, comme un clin d’œil au 22 du mois de février, date de départ du soulèvement pacifique du peuple algérien. En même temps, une figure s’est détachée hier et s’est imposée comme repère moral du mouvement populaire qu’on veut contrarier. 
Ce n’est qu’un début. 
Le pouvoir semble n’avoir pas choisi la bonne voie de sortie de crise. Avec les auditions d’instruction et les audiences de prisonniers d’opinion qui commencent à se tenir, le traitement judiciaire du hirak risque de tourner au procès du régime.
 

M. H.
musthammouche@yahoo.fr


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