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contrechamp / ACTUALITÉS

Une corruption ; deux justices

En condamnant les intermédiaires dans l’affaire  Saipem-Sonatrach, le tribunal de Milan vient de délivrer la confirmation judiciaire de graves faits de corruption préjudiciables aux finances publiques. Le verdict signifie, en effet, que des dirigeants en position de pouvoir octroyer des marchés publics dans le secteur de l’énergie se sont enrichis en affectant des projets, pour un montant de dix milliards de dollars, à une société qui leur a rétrocédé d’importantes commissions.
Quand, en 2013, la justice italienne et les médias internationaux firent éclater le scandale Sonatrach 2, la justice algérienne s’est montrée, à son tour, résolue à passer. Le début de l’instruction et le lancement de mandats d’arrêt contre Chekib Khelil et son entourage furent annoncés en conférence de presse avant que la procédure ne fût soudain annulée et le procureur en charge du dossier relevé de ses fonctions. Le dossier s’évapora jusqu’à ce que, le 10 novembre 2017, Ahmed Ouyahia nous révèle que, dans l’affaire, l’ancien ministre de l’Énergie et P-DG de Sonatrach avait plutôt “subi des injustices” et qu’un non-lieu avait été prononcé… on ne sait ni où ni quand. “La justice de la nuit” avait peut-être repris du service pour la circonstance.
D’ailleurs, Chakib Khelil, un temps exilé, s’était, entre-temps, aménagé un retour triomphal et avait commencé sa tournée des zaouïas et sa série de leçons de bonne gouvernance économique sur les réseaux sociaux.
Avec le tribunal Milan, le pouvoir et la justice sont à nouveau en appel, pour ainsi dire. Jusqu’ici, les scandales les plus sordides ne sont pas venus à bout du privilège d’impunité. Et il n’y a pas d’illusion à se faire : si dans le cas Saipem-Sonatrach, l’Algérie a préféré émettre un non-lieu, dans une discrétion gênée, pendant que la justice italienne continuait à avancer dans le même dossier, ce n’est pas pour le reprendre par la suite.
C’est que, dans l’état politique actuel du pays, la lutte contre la corruption est une impossibilité structurelle. Elle constitue le ciment moral qui lie les acteurs du système. En l’absence de perspective commune, de projet politique partagé, et c’est le cas entre les clans et coteries du pouvoir, la corruption constitue leur ultime garantie de solidarité. Les sénateurs qui ont manifesté, parce qu’un des leurs a été arrêté pour corruption, ne se sont pas trompés de système : l’impunité de ses acolytes est une règle qui fonde et assure sa cohésion. La prévarication est une donnée politique essentielle de sa “stabilité”. L’argent de la prédation reste le nerf de la guerre. Et au premier accident de trésorerie, on l’a vu avec l’épisode Tebboune, l’homogénéité du groupe peut être ébranlée.
Ce n’est pas la vocation du pouvoir politique de lutter contre la corruption. Sa vocation est d’en donner les moyens à la justice. Des moyens dont le premier est son indépendance.
Dans une même affaire, une justice est allée au bout de sa finalité, malgré les entraves objectives et, dans une autre, la procédure a été stoppée net et dans la totale opacité. Ici réside la différence entre une justice souveraine et une justice assujettie à l’arbitraire d’un système de prévarication.

M. H.


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