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Abane Ramdane : un militant visionnaire, profondément nationaliste

© D. R.

Ce  qui  le  caractérise, c’est  son  esprit  de  révolte. Très  jeune, il s’affirme contre toutes les tutelles qui pèsent sur lui, y compris celle de son père. Il voulait acquérir très tôt son indépendance d’esprit et d’action.

Né le 10 juin 1920 à Izouzene en Kabylie, dès son jeune âge, on découvre déjà  un  élève sérieux, intelligent,  bien  classé  particulièrement  dans  les matières scientifiques. Plus  intéressantes  encore, les  observations qu’émettent  ses maîtres, qui  le qualifient  d’élève  exceptionnel  de  sa génération. En voici quelques-unes à la fin de sa scolarité en 1933. Maître Dricks affirme : “Élève intelligent et caractère entier. Bonne volonté.

J’ai toujours été satisfait  de son  travail et de sa conduite.” Maître Mracquin : “Petit élève appliqué et sage. Les résultats sont très satisfaisants en calcul.”  Il quitte son village natal pour Blida; il rentre au lycée Duveyrier en octobre 1933 pour y accomplir toute sa scolarité secondaire jusqu’en 1942. Ses maîtres sont unanimes à dire qu’il est “un bon élève”, surtout en mathématiques. Il décroche son baccalauréat  en juin 1942.

“Abane Ramdane, qui se trouve au premier carrefour marquant de sa vie, fixe son caractère à la lumière d’un parcours scolaire sans faute, que ce soit au contact des mathématiques, forgé d’un esprit rigoureux et méthodique, proche d’un certain absolutisme”, écrit Khalfa Mameri dans son ouvrage intitulé Abane Ramdane, héros de la guerre d’Algérie.  Ce qui le caractérise est son esprit de révolte.

Très jeune, il s’affirme contre toutes les tutelles qui pèsent sur lui, y compris celle de son  père. Il voulait  acquérir  très tôt son indépendance d’esprit et d’action. Au collège, il se livre à des activités extrascolaires, à l’insu de son père, car, au sein du collège, une section PPA semble avoir fonctionné auprès des élèves animés au départ par Lamine Debaghine.  

Il fait  son  instruction militaire  à  Fort national. Quelques mois après, il sera envoyé aux tirailleurs algériens à Blida où il passa toute sa période militaire comme employé de bureau. Il sera démobilisé vers avril-mai 1946. En juin, il reprend contact avec le PPA, après avoir été contacté par Omar Oussedik à la demande de Fernane Hanafi. 

Sur  intervention  des  élus Tamzali et Idir Aït Chaâlal, il  trouva  un emploi en qualité  de  secrétaire  de  la  commune  mixte  de  Chelghoum  El-Aïd, vers septembre-octobre 1946. Il va renouer avec le milieu nationaliste, il prend contact avec deux activistes, Belmili L’hocine et Taalbi Allal, qui venaient juste de créer, vers octobre 1946, une cellule du PPA avec Sakhri Lamri. Abane intégra l’équipe autour de novembre.  

Il était  derrière  le  succès  du  MTLD, pendant  les  élections  municipales d’octobre 1947, et suite à cela, il sera convoqué par l’administrateur pour le mettre devant ses responsabilités. La réponse d’Abane à l’administrateur était : “Entre vous et moi, il n’y a que ce stylo qui nous est commun.” Il laisse tomber son stylo, et une semaine après, il abandonne ses fonctions.  Dès l’automne 1947, il plonge dans la clandestinité.

Devenu  permanent  de  son  parti, il  consacre  son  temps  à   ses  activités nationalistes. Il sera élu en 1948 chef de daïra de Sétif. Il  a  été  en même temps responsable  local  de  l’Organisation  spéciale  (OS). Début  1949, il devient chef de wilaya de Sétif, puis de Bône et même responsable en cette qualité en Oranie, jusqu'à son arrestation en 1950. Abane Ramdane plaçait la lutte pour l’indépendance au-dessus de tout. 

Très tôt, il donne la mesure d’une vision nationale pour rassembler toutes les forces capables de s’intégrer pour hâter l’indépendance de l’Algérie. Après la découverte de l’OS par les autorités  coloniales  au  mois  d’avril  1950, ces dernières vont enclencher  une vaste  opération  d’arrestations de plusieurs membres de l’organisation. Quant à Abane, son arrestation aura lieu dans l’Oranie.

Après un interrogatoire de 27 jours et trois séances de torture par jour, il sera jugé au mois de février 1951 par le tribunal correctionnel de Bougie où il sera condamné à  cinq ans de prison, dix ans  d’interdiction  de séjour, dix  ans de privation des droits civiques et 500 000 francs d’amende. Au début de l’année 1952, il finit par être embarqué pour la France, après un passage de quelques mois à  la  prison Barberousse.  Il  sera  seul  dans  une  prison  rigide  à Ensisheiem, en Alsace.  

Tenu dans un isolement total, il entame une grève de la faim. De la prison, il envoie une lettre à son avocat A. Kiouane. Voici la phrase qui termine la lettre : “Vous n’avez pas à rougir de nous. Nous n’avons jamais failli à notre devoir. Notre seul but, c’est de sortir et de reprendre la lutte de la manière la plus implacable.” Il sera renvoyé à nouveau en Algérie vers l’automne 1954, il va purger deux mois environ à la prison centrale de Maison-Carrée. Il sortira en janvier 1955, il sera assigné à résidence à Fort national. 

À moins d’une semaine après sa libération, il rencontre Abdelhamid Mehri et Mohamed Boudiaf, chez Daham Lahcène. Après une semaine, il recevra Amar Ouamrane — cette rencontre était sous l’ordre de Krim Belkacem — “pour le convaincre d’entrer dans la révolution et d’accepter des hautes responsabilités dans l’Algérois”, rapporte Yves Courrière. Installé à Alger fin février-début mars 1955, elle lui offre une occasion unique de jouer pour la première fois un rôle capital. Il va d’abord procéder au diagnostic de la situation, et sa conviction, la plus profonde, semble être que la Révolution algérienne doit être l’affaire du peuple. 

Tout entier, aucune exclusive ne doit être jetée sur aucune de ses fractions ou de ses couches sociales.  Pour lui, il y a d’un côté la France avec son énorme puissance et, de l’autre, l’Algérie avec son peuple, lourdement handicapé et affaibli. Sa stratégie, oublier les divisions, les querelles, les oppositions et les exclusions pour ne chercher qu’à rassembler, unifier, renforcer et mobiliser. Khalfa Mameri  rapporte  ce  témoignage de Ferhat Abbas, sur l’importance qu’accorde  Abane à faire participer  le  peuple  tout  entier  à la guerre de Libération nationale : “… Le FLN n’appartient à personne, mais au peuple qui se bat… Si  la  Révolution  n’est  pas l’œuvre de  tous, elle  avortera inévitablement… Il y a place pour tous dans cette guerre de libération.”  

Il déclenche une dynamique d’union nationale qui  se solde  entre l’automne 1955 et le printemps 1956 par l’adhésion au FLN des membres du comité central du PPA-MTLD et de leurs partisans, de l’Association des Oulama de Bachir El-Brahimi, de l’UDMA de Ferhat Abbas.  Le FLN voit sa base s’élargir, ses rangs s’étoffer, son champ d’intervention s’étendre. “Ne permettre à personne de s’identifier avec la Révolution ou de la personnaliser. Celle-ci doit rester l’œuvre exclusive du peuple souverain.

Sinon ce peuple passerait d’une colonisation à une autre colonisation, d’une servitude à une autre servitude.”  Cette  participation donne au combat nationaliste sa dimension populaire. “Il sait mettre ses interlocuteurs en confiance, ne reprochant rien à personne, ne demandant même pas qu’on renie ses convictions mais seulement que l’on prenne part au combat patriotique pour la libération du pays.” 

Abane, avec ses compétences multiples, est un élément déterminant pour l’avenir de la Révolution, c’est ce que nous montre ce témoignage de Saâd Dahleb rapporté par Belaïd Abane dans son ouvrage Vérités sans tabous : “Abane était le plus rapide parmi nous, il rédigeait rapidement ses notes st ses directives.

Il décidait encore plus rapidement. Il ne connaissait pas d’hésitation. Il ne s’embarrassait d’aucune conséquence, il nous mettait souvent devant le fait accompli. Il avait ainsi pratiquement le pas sur nous.” Dahleb reconnaîtra également qu’“Abane était l’homme de la décision, qu’il n’avait pas d’hésitation, que son mérite était de prendre ses responsabilités et qu’il avait pour te dire certaine vocation à être chef”.  

Contacté par Benkhedda à propos de l’hymne national, Abane donne des instructions claires et précises : “L’hymne national ne doit contenir aucun nom de  personnalité.  Pour  lui  l’Algérie  marche  irrésistiblement  vers  son indépendance. Il faut par conséquent glorifier cette Algérie, son combat et ses combattants. Surtout un hymne pour l’Algérie doit être surtout la double traduction de l’arrachement de tout un peuple à ses souffrances et son départ à la conquête de lancement pour conquérir l’indépendance et le progrès”, selon Kh. Mameri.

Deux ans presque se sont écoulés après le déclenchement de la Révolution, sans contacts entre zones, sans coordination, sans concours extérieur, les maquisards eurent à endurer un véritable calvaire, les arrestations, ajoutées à l’élimination au combat de nombreux chefs importants.

La population  vivait dans l’angoisse et le découragement.  C’est dans ses conditions que s’est développée l’initiative d’organiser un congrès national pour maintenir coûte que coûte la flamme révolutionnaire. Il semble que Larbi Ben M’hidi aurait eu de longs tête-à-tête avec Abane Ramdane à propos de la conduite de la Révolution dans son ensemble et la préparation de la plateforme et du Congrès de la Soummam.   

Le congrès se réunit dans la région de la Soummam le 20 août 1956, et des décisions importantes seront prises : délimitations territoriales des six wilayate et création de la zone autonome d’Alger, hiérarchisation des responsabilités.  Deux principes fondamentaux furent votés : primauté du politique sur le militaire et primauté de l’intérieur sur l’extérieur. 

“Le congrès va le consacrer solennellement pour signifier que le but fondamental de la lutte est spécifiquement politique, et qu’il exprime avec force l’aspiration à l’indépendance nationale”, explique Benkhedda dans son livre Abane-Ben M’hidi. La plate-forme de la Soummam analyse la situation politique, fixe les objectifs à atteindre et les moyens d’y parvenir.  

Quant à la nature de l’État algérien, elle se prononce pour une “république démocratique et sociale” garantissant une véritable égalité entre tous les citoyens.  Le FLN se dotera d’une organisation structurée avec un pouvoir exécutif collégial (CCE) et un Parlement (CNRA), préfigurant des institutions étatiques. Elle a fait reconnaître au monde le visage d’une Algérie luttant pour une cause juste. 

Pour  Abane, la  Révolution  algérienne  devait  apporter  au  peuple  non seulement la liberté, mais une démocratie économique. Il  voulait que le peuple fasse irruption dans la vie moderne. Victime des luttes internes entres les colonels, il connaîtra une fin tragique un 27 décembre 1957 au Maroc.   C'est ainsi que l'histoire attestera pour les générations futures de la grandeur de l'homme qui, avec son génie, a défié les difficultés et unifié les forces nationales autour de la Révolution.
 

Par : MEZHOURA SALHI (*)

 

 





(*) Maître de conférences et chercheur en histoire (Université Mouloud Mammeri, Tizi Ouzou)

 


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