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Leçons de pandémie

DÉGHETTOÏSER L’UNIVERSITÉ

© D.R.

L’université  devient  inapte  à répondre aux objectifs nouveaux qu’on veut lui assigner. Particulièrement, tant  que  se  maintient  la relation sournoise et  viciée entre  le  fonctionnement  de  l’université  et  le champ  politique  uniformisant, ses  potentialités intellectuelles s’en trouvent stérilisées.” 

Nous vivons cette période de confinement tel un moment de recueillement, de méditation sur notre métier d’enseignant universitaire et de chercheur et sur notre espace de travail et de communion scientifique : l’université, parce que nous sommes contrariés dans nos actes, nos habitudes, nos rapports humains et relations au travail. C’est le moment où s’exprime l’impulsion d’attachement, ce ressenti d’avoir perdu quelque chose de nous-mêmes et de vivre une forme de solitude intellectuelle. Instinctivement, les collègues se sont remis à lire, à consommer du livre, des articles de presse, des opinions, à écrire pour certains, ou tout simplement à échanger via les réseaux pour entretenir gestes, sentiments habituels et la cohésion de l’acte d’être avec les autres dans un même espace. 

Mais ces actes à distance ne suffisent pas. Ils ne remplacent en rien la proximité humaine, la présence des autres et le partage au quotidien. Et sans nul doute, parce que nous avons été brusquement extraits de notre habitus, de ce commun et cet être social spécifique et partagé que des solutions de fortune, qui du reste n’ont jamais été envisagées sérieusement et mises à l’œuvre à titre expérimental, comme on éduque au Japon à la catastrophe et à la culture du risque, comme on simule en exercice des situations extrêmes, n’ont pas intégré le couffin de nos habitudes et connu le succès attendu par les responsables du secteur. 

Il en est ainsi de cette campagne de télé-enseignement appelée à suppléer la soudaine rupture pédagogique engendrée par la pandémie mais dont l’hameçon n’a pas pris chez les acteurs de la communauté universitaire aussi bien les enseignants que les étudiants, malgré toute l’assurance des susurrements des appeaux ! Tout simplement, téléenseignement et visioconférence n’ont été testés auparavant qu’à titre symbolique et à échelle réduite, et ils nécessitent tant de moyens appropriés et de ressources humaines formées dont la corporation universitaire ne dispose pas en totalité !

Il y a une différence de taille entre engager une opération d’envergure à destination de 2 millions d’étudiants encadrés par plus 100 000 enseignants de tous grades et statuts confondus, répartis sur une multitude d’universités, facultés, départements, sections, filières et spécialités et réaliser une soutenance de thèse par visioconférence.  Comme ce n’est pas du même acabit de partager un cours avec deux ou trois dizaines d’étudiants que de travailler en ligne avec des cohortes de 100 à 1 000 étudiants confinés chez eux avec des moyens sommaires et inégaux.

Faut-il que l’université dispose aussi d’équipements informatiques puissants, de fort débit et d’une logistique extérieure conséquente pour garantir ces MOOC’s (Massive Open Online Courses), voilà encore un terme à la mode des dernières créations de ce jargon adulé et récurrent, mais dont on jauge mal les contours matériels et humains qui s’y rapportent.

Peut être que c’est trop demander à une université meurtrie par les effets conjugués de la massification de l’enseignement supérieur et de la bureaucratie corrosive qui ne cesse d’étendre ses tentacules à la verticale à coups de notes, circulaires, arrêtés, formulaires à remplir et autres formes d’expressions directives. Sans omettre la disproportion entre les ambitions démesurées et les résultats attendus de l’université et ses capacités techniques, la modestie de son encadrement, les multiples objectifs qu’on lui fixe en sus des missions traditionnelles (contribution à l’employabilité des diplômes, ouverture au marché du travail par l’entrepreneuriat et l’innovation, formation d’un capital humain porteur de changements économique, social et culturel, etc.).

Pour le moins anachronique, la situation atypique qu’on subit inspire de l’inquiétude et donne à réfléchir sur l’amère réalité de notre espace universitaire, quotidien de ceux qui œuvrent sur le terrain, et l’image virtuelle de cette même réalité exaltée par les gouvernants faite souvent de diagrammes et agrégats de statistiques globales inexpressives ! Tout simplement, les métriques à l’œuvre dans l’espace réel et dans l’espace virtuel ne sont pas identiques malgré l’univocité de l’objet ! Entre celui qui impose et celui qui dispose, le différentiel des résultats des mesures est prégnant. 

Esprit critique et production des idées
Le second fonctionne dans un monde complexe fait de soudures, de rustines et de recours aux dépannages fréquents, pendant que le premier ne perçoit que l’information accordée à la résolution de son prisme d’analyse et sa projection positivant sur l’opinion publique. Le second est à l’expérience, comprend et conçoit que le fonctionnement ne tient qu’au fil des bonnes volontés et de l’insuffisance des moyens, quand le premier cherche à impressionner par les performances du meilleur des mondes : leurs courbes d’appréciation sont si dissemblables qu’elles ruinent le principe d’objectivité. 

C’est pour cela qu’il est important de revenir aux fondamentaux de l’université et de décrypter la nature des rapports à l’œuvre en son sein et des interactions avec l’environnement sociétal et le champ politique en particulier, parce qu’il est dit que ce type de rapports peut sévèrement dénaturer la qualité du management de l’institution, de ses missions, ainsi que celle de ses produits et performances ! Telle qu’elle est envisagée aujourd’hui, l’université forme et incube la fabrique de l’invention et de l’innovation par la recherche ; à ce titre, elle apporte de la valeur ajoutée mesurable à ses performances, du moins dans le concept actuel de l’université occidentale.

Par l’entretien et le développement de l’esprit critique, la production des idées en rapport avec l’humanité et la citoyenneté, elle cultive et participe à la consécration et à la transmission des valeurs humaines. C’est en cela que consiste sa mission la plus noble vis-à-vis de la société et de l’humanité en général, avant de s’inscrire dans la logique du profit.  Mais cette lourde charge intellectuelle et morale ne peut se réaliser que si l’université est un espace de liberté et de concurrence saine sans enjolivure politique, ni insertion dans un carcan idéologique suranné nourri à l’uniformisme, l’immobilisme et la servilité. 

Car un tel arrimage entrave et fige l’esprit critique et atrophie terriblement les capacités contributives du champ universitaire et ses acteurs qui deviennent allergiques à toute idée de changement ou de réforme, il constitue plutôt un facteur limitant et contraignant. L’université devient inapte à répondre aux objectifs nouveaux qu’on veut lui assigner. Particulièrement, tant que se maintient la relation sournoise et viciée entre le fonctionnement de l’université et le champ politique uniformisant, ses potentialités intellectuelles s’en trouvent stérilisées.

L’enseignant est confronté au choix entre deux possibilités : opter pour la voie libre mais difficile dans un contexte de déficit de cohésion dans sa corporation, ou pour la soumission en se fondant dans l’ambiance de la banalité, pendant que d’autres profitent de l’état de confusion pour muter dans le métier de la servilité et de la fusion dans le champ politique. Cela dit, un homme de sciences peut avoir un penchant pour la politique ou même y être engagé, mais tout en respectant l'honnêteté et la noblesse de l’esprit critique et en se gardant de se noyer dans la mare de la servitude et de la soumission au service d'un système politique irrespectueux des libertés, des valeurs humaines et de toute forme d’éthique.

À titre d’exemple, ce dilemme fut vécu par A. Einstein pratiquement tout au long de sa carrière, confronté dans des moments durs et périlleux à se positionner pour des causes pas toujours conséquentes avec l’esprit d’homme de sciences, même si de nos jours, il ne se pose pas de la même manière et que les contextes sont différents. Chez nous, le champ politique absorbe depuis longtemps, tel un delta qui encaisse indifféremment le tout-venant charrié par son fleuve, experts, scientifiques et ce qui subsiste et s’apparente à la classe intellectuelle pour ne pas dire l'élite du pays, laissant la science et la production d’idées en jachère et exposée à une mort lente qui ne dit pas son nom. 

Les esprits sont confinés, encadrés et administrés dans ce qui subsiste de l’espace universitaire pour certains et des réduits discursifs assimilés aux lieux d’expertise pour d’autres ! Mais voilà que la coriacité d’une pandémie imprévisible a sans nul doute éveillé des sentiments et engendré des réactions à des degrés divers, donnant libre cours à une rétro-réflexion sur le rôle des scientifiques, de l'université et de la recherche de manière générale, sans pour autant arriver à formaliser une approche fondée sur une réelle autocritique. 

Un déclin qui n’entrevoit pas de renaissance
Cette démarche qui consiste à s’observer dans un miroir d’abord pour bien voir son image, à avoir ce regard objectif et rigoureux sur sa mission de médiation entre le champ politique, le champ scientifique et le champ sociétal, peu de réflexions en abordent la question, malgré l’abondance d’articles et la prolixité des auteurs dans la presse nationale notamment où il est devenu difficile d’insérer une contribution libre par ces temps incertains. C'est là que la réponse d'Einstein à la question d’opérer un choix en pleine apogée de sa carrière 

entre s’investir dans une mission politique, engagement difficile surtout dans une période où il fut pris en tenaille entre des voies périlleuses, ou rester dans le champ scientifique et les équations, prend tout son sens. Évidemment, après mûre réflexion et sans hésitation, Einstein a opté pour ses équations qu'il considère comme un bien qu'il léguera à l’humanité pour l'éternité, tandis que la politique, dit-il, représente le présent. Il n’y a donc aucune commune mesure entre servir la science et l’humanité à tout jamais et servir la politique et s’en servir qui dure le temps d’une tranche de vie, pour être vite oublié.

C'est là que la noblesse de la science et l’humilité du scientifique prennent tout leur sens, c'est là aussi que les valeurs humaines et éthiques trouvent l’expression profonde et la signature du mode d'agir des hommes de science.  Partant de là et en toute logique, nous nous sommes mis à nous interroger sur notre univers à nous, l’univers scientifique et universitaire, à nous questionner sur son utilité et la valeur ajoutée que l’on peut en attendre dans ce contexte bouleversant  et  si  étrange !  On se renvoie au miroir de son existence propre en tant que tel et de nous interroger si nous pouvions être une force de frappe, des contributeurs, même si c’est par des actions minimes, timides et dans des proportions modestes. 

Vient alors une autre question cruciale, celle-là est d’ordre philosophique : qu'avons nous hérité et capitalisé de cet habitus des hommes de science comme A. Einstein dont nous enseignons les théories et les équations, du moins les physiciens, mais dont nous n’interrogeons pas trop souvent les aspects philosophiques de leur science et les qualités de leurs personnalités remarquables qui leur ont permis de percer, encore moins, nous ne les dispensons pas dans nos cours, ou même si on s’aventurait à le faire à l’occasion, on se retrouverait dans une position inconfortable sinon ridicule ? Parce que, depuis longtemps, notre université a abandonné le champ de la philosophie et de l’histoire des sciences qui ne subsiste qu’à l’état de regrets dans les discours et les fréquents constats de son déclin. Un déclin qui n’entrevoit pas de renaissance ! Et de renaissance, on en parle beaucoup. Et de renaissance, il y en a beaucoup.

Mais quelle est la valeur ajoutée qu’elles apportent à l’université, à sa communauté et à la société ? On se le demande, quand bien même il y aurait des mesurables des impacts de ces renaissances. Encore une fois, c’est dans le Verbe des maîtres et dessages qu’on cherchera l’essence et l’importance de l’esprit scientifique en tant qu’ontologie, en cette sentence de Chikh Mohand qui résume et colle bien à l’état de déclin de notre champ universitaire et de la science dans ses fondamentaux majeurs, en la sagesse, l’esprit scientifique et leur transmission. Il dit en substance : Ayen nesselmed, wa yettu-t, wa yettazu-t, (De nos enseignements, il en est qui les ont remisés à l’oubli, il en est qui les écorchent). 

Nous pouvons continuer la cascade de questions et nous interroger encore sur ce que notre action à faire triompher l’humilité d'être un homme de sciences et les valeurs universitaires ? Il est gênant et triste de répondre, par pratiquement rien ! Englués que nous sommes dans la monotonie absorbante de la transmission de connaissances ordinaires, d’un faire-semblant de porter la besace universitaire et la djellaba d’enseignant-chercheur pour user d’un qualifiant qui sied à tout et à tous, et qui voile tout, et d'épouser la science des constats et de la critique vexatoire, peu ou pratiquement prou d'entre nous se soucient réellement de ce capital qui régule pourtant les pratiques universitaires et de recherche.

Peu s’embarrassent de ce levier qui fait de vous un être distingué dans votre environnement particulier et dans la société en général. On s'est façonné des terriers tels des organismes fouisseurs dans les boues des méandres du fleuve du regard politique, au détriment des équations et des théories porteuses d'avenir et l’on disserte goulûment sur la Silicon Valley et autres inventions et innovations jargonnesques de l’Occident, sur le classement Shanghai des universités, nous, dont les référents et références s’arrêtent à l’Afrique, au Monde arabe et au monde musulman ! 

Le référentiel dans lequel on a été répertoriés par nos regardants amis européens et anglo-saxons c’est le Mena, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, une outre fourre-tout dans laquelle on s’insère pour la mesure de nos capacités productives et performances. Une courte échelle où on est bien logé, parce que le prix Nobel, on s’en est moqué résolument. C’est notre plateforme à nous où l’on s’exerce à décoller malgré tout. Mais c’est une plateforme limitante et un référentiel qui nous tasse, parce que toujours satisfaits de nous-mêmes. Entre nous, nous sommes aux premières loges et toujours les meilleurs dans le pays des miracles et des mégaprojets. 

Ghetto stérilisant
Et vlan, un beau jour, on se rappelle de notre raison d’exister et que nous devons être là, et on tente de s'introduire dans la fosse de l'invention, de la création et de l'innovation en quelques jours parce que la pandémie est là et un virus nous bouscule comme tous ces pays hyperdéveloppés frappés de plein fouet qui ont oublié de fabriquer des masques et même oublié comment ça se fabrique. Ces hyperpuissances qui ne veulent plus fabriquer les médicaments pour les maladies des pauvres. Non que nous ayons voulu ce réveil brusque d’une torpeur habituelle, comparable cette fois-ci à la léthargie de ces pays développés… mais parce que nous sommes face à un état de fait, comme il y en beaucoup chez nous, un cas de force majeure, dirions-nous. 

Le virus traque les humains... Et l'on se soumet à l'ordre... politique bien sûr, pas à l'ordre des équations. On singe et on se met au diapason des flashs et des lumières des plateaux télévisuels pour signifier que l'invention et le génie sont passés par là, tels des avions furtifs investis d'une mission. Il est difficile de refaire le choix pour les équations, pour le durable et la durabilité, pour être à la page avec les autres et contribuer pour l'éternité. Quel dur labeur et quel choix obligé et obligatoire.

Dur de s’insérer dans le réticulum systémique et la science de pouvoir. Mais il y en a qui le font bien et qui y sont arrivés sauf qu’ils ont peut-être omis de se rappeler que l'évolution se nourrit aux idées et à l’esprit critique, et non aux limites imposées à la liberté et à toutes les libertés, en tout cas, elle ne s’accommode pas de la répression des esprits libres quelles que fussent ses formes. Ce n’est là qu’une petite histoire à nous, celle d’une université et d’une science confinées depuis longtemps dans un ghetto stérilisant, non en raison d’une menace virale, mais du risque d’un effet inflationniste de l’intelligence.

Pour sortir de ce ghetto stérilisant, il est vital de réaligner les engrenages de la fabrique universitaire sur l’axe scientifique et réajuster son horloge en poussant le curseur vers la rigueur et les tests de la vérité scientifique tout en arrêtant de la confiner dans un statut d’un organe de prestations sociales. Ce n'est pas en l'accablant de médiocrité, en s’adonnant à la prestidigitation de mauvais augure sur son avenir et celui du pays, ou en distillant un florilège d’idées catastrophistes et en feignant de chercher le salut dans les écoles supérieures et autres entités de recherche adulées ailleurs qu'on décrète ici dédiées à l'excellence, qu’on pallierait la dérive instrumentale. 

De quelle excellence parle-t-on ? Et pour quelles cohortes d'étudiants ? Surtout lorsqu’on sait que la pâte est à l’origine la même partout. Et de conclure qu’un boulanger, quels que soient sa compétence et son savoir-faire, ne peut façonner de pain exceptionnel à base d’une piètre pâte à levure frelatée ! Alors, il est grand temps de compter sur nos propres forces et de revisiter ce qui subsiste de positif et d’édifiant dans la structure génomique de notre système d'enseignement supérieur et de recherche, parce que continuer à caresser le rêve de bâtir une stratégie émancipatrice de ce système multi-strates à la confluence de tous les systèmes du monde, en s'appuyant sur les “expatriés” ou la “poche amniotique des cerveaux en fuite” relève de la pure illusion. 

La tentation par ce rêve a déjà constitué le refrain de nombreuses tentatives précédentes et le menu préféré de discours lénifiants qui ont montré leurs limites. L’option est toujours restée à l’état d’œuvre onirique et d’expérience dévoreuse de temps et d’argent, tandis que l’amorce de la dynamique attendue ne s’est jamais opérée. Et l’on sait éminemment que ces expatriés, comme on les désigne maintenant, ont choisi leur voie et l’envie de vivre ailleurs pour un motif ou un autre.  Ces choix sont quasiment irréversibles et l’engagement pour le pays natal incarne davantage un regard de sympathie et de respect des sources, sans plus. 

Refonte systémique et programmatique
Engageons-nous d’abord avec les capabilités locales pour l’élaboration d’un projet d’université à la mesure des moyens et des compétences disponibles. Cette solution consiste à recourir aux compétences enfouies actuellement dans l'université, ou ce que l’on peut qualifier de “cerveaux locaux”, celles mises au ban et marginalisées par la contexture actuelle du système de l’enseignement supérieur.

Ce noyau aura à réfléchir sur une issue réaliste à mettre en œuvre pour redonner corps et âme à l'université et la décomplexer en la débarrassant des faux problèmes et oripeaux qui la dénaturent tout en remettant de l'ordre dans son organisation et sa structuration avec une segmentation des structures et effectifs entre trois modules distincts avec d’éventuelles passerelles pédagogiques et scientifiques.

Le premier module sera strictement académique, ou l'université proprement dite, encadré par l’essentiel du rang magistral, des ingénieurs et autres corps techniques en quantité suffisante pour les laboratoires pédagogiques et la recherche. Ce premier module sera en quelque sorte le moteur et la force de frappe du système de l’enseignement supérieur ; il accueillera seulement le tiers des effectifs des bacheliers sur la base d’une critériologie à redéfinir entièrement. C’est en somme l’espace qualitatif de la formation supérieure. 

Le second module sera professionnalisant et s’appuiera sur une panoplie d'écoles, grandes écoles et instituts spécialisés, pour la formation d’ingénieurs, masters et autres diplômes spécialisés de haut niveau destinés aux différents secteurs de la vie publique. Bien outillé en équipement et en personnels techniques, ce second module accueillera aussi un tiers des bacheliers. Enfin, un troisième module sera consacré aux formations de courte durée, à l’instar de tous ces métiers dédiés au numérique et bien d’autres formations techniques diplômantes pour booster les développements et les avancées du secteur économique.

Ce  dernier  module  devra  accueillir  le  tiers  restant  des  bacheliers. À l’évidence, les deux derniers modules auront besoin d'un encadrement de moindre  rang,  mais  techniquement  doué  pour  doter  les  étudiants de connaissances  pratiques, avec  des  possibilités  de  passerelles  avec l'université et le champ de la recherche.

Il va de soi que cette réforme structurelle sera accompagnée par la mise en place d’un mode de management approprié et d’un processus électif des présidents des entités universitaires sur la base de programmes prédéfinis à implémenter à des échéances préétablies, seule alternative pouvant assurer une forme de liberté et d’autonomie dans la gestion des affaires de l’université.

Dans ce processus de segmentation et de différenciation du champ de la formation supérieure, le noyau positif et édifiant de la structure génomique de l'université sera le moteur d’entraînement de l’engrenage du système de l'enseignement supérieur et de la recherche réaligné sur l'axe de la science dure et appliquée.

Bien sûr, les enseignements seront aussi très ouverts et au réel sur les langues et les humanités pour insuffler une meilleure substance aux esprits que formera l’université et un sentiment d’attachement à leur établissement, sans lesquels l’esprit d’élite et d’excellence que l’on ne cesse d’appeler ne sera qu’un vain mot.

Évidemment, cette perspective suppose une refonte systémique et programmatique du système de l'éducation nationale, axée sur des enseignements scientifiques essentiels et une réforme de fond de la fabrique de l’École fondamentale dont le concept atrophiant remonte aux années 1970 et que l’État peine à remodeler.
 

Par : Iddir AHMED ZAïD 
UNIVERSITÉ MOULOUD-MAMMERI.


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