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Lettre ouverte à monsieur le ministre de la communication, porte-parole du gouvernement

Il n’y a que la vérité qui compte

Ammar Belhimer, ministre de la Communication.© APS / Abdelmadjid Benkaci, journaliste. © D.R

Nous étions plusieurs professionnels de l’audiovisuel de la télévision publique, sous forme de collectif formé par plus de 320 salariés, à avoir mené un combat pour la liberté d’expression et pour un service public de télévision et personne n’a voulu nous écouter. Au contraire, certains parmi nous ont été sanctionnés pour avoir dit des vérités sur ce que devait être une télévision publique.

C'est après mûre réflexion que je m'adresse à vous, d'abord en votre qualité de journaliste de très longue date et d'homme des médias, et ensuite homme de dialogue et d'ouverture, même si votre participation à l'autorité de dialogue a été largement rejetée et contestée par la majorité du peuple algérien, notamment les hirakistes, dont moi-même je fais partie, enfin en votre qualité de ministre fraîchement installé, qui certainement a accepté, c'est mon souhait et celui de beaucoup d'hommes et de femmes de la famille des médias, ce poste de ministre du secteur de la Communication pour apporter des changements réels et attendus par les professionnels et par plusieurs autres acteurs de la société.

Une lueur d'espoir est née et repose sur le fait que dans votre première sortie médiatique vous avez tendu la main aux professionnels des médias, en déclarant clairement que vous êtes disposé à travailler en vue de donner un nouveau souffle au secteur et de trouver des solutions aux problèmes les plus préoccupants.

“Je rassure mes collègues dans la profession que je tendrai la main à tous et qu’on travaillera ensemble pour donner un nouveau souffle au secteur et trouver des solutions adéquates à ses problèmes matériels, professionnels et organisationnels, pour qu’il puisse se consacrer à sa noble mission qui est de fournir une information objective et crédible au service du pays, une information adaptée aux exigences de notre époque et de la période que traverse le pays. J’espère qu’on mènera à terme les réformes systémiques attendues de nous par les autorités de ce pays”, avez-vous déclaré.

Et, j'en conviens, le secteur est réellement agonisant et le métier de journaliste est en train de se désintégrer. Les journalistes sont en train d’étouffer au vu et au su de tous et personne ne s’en soucie. Dans votre déclaration lors de votre prise de fonction, vous avez clairement indiqué que vous tendiez la main à tout le monde et que vous alliez travailler pour le développement des médias objectifs et impartiaux.

C'est bien beau. Je pourrais dire que ce sont là de très bonnes intentions, d'autant plus que vous allez certainement concrétiser dans les faits certains des articles de la Constitution, que beaucoup de ministres avant vous ont nettement ignorés et bafoués. Au-delà de tous les textes régissant l’information et la presse, je reviens ici à la dernière Constitution algérienne qui, dans les textes, consacre la liberté d'expression et de la presse :
“Art. 48. - Les libertés d'expression, d'association et de réunion sont garanties au citoyen.
Art. 49. - La liberté de manifestation pacifique est garantie au citoyen dans le cadre de la loi qui fixe les modalités de son exercice.
Art. 50. - La liberté de la presse écrite, audiovisuelle et sur les réseaux d'information est garantie. Elle n'est restreinte par aucune forme de censure préalable.

Cette liberté ne peut être utilisée pour attenter à la dignité, aux libertés et aux droits d'autrui. La diffusion des informations, des idées, des images et des opinions en toute liberté est garantie dans le cadre de la loi et du respect des constantes et des valeurs religieuses, morales et culturelles de la nation.
Le délit de presse ne peut être sanctionné par une peine privative de liberté.
Art. 51. - L'obtention des informations, documents, statistiques et leur circulation sont garanties au citoyen. L'exercice de ce droit ne peut porter atteinte à la vie privée, aux droits d'autrui, aux intérêts légitimes des entreprises et aux exigences de la sécurité nationale.

La loi détermine les modalités d'exercice de ce droit.” Donc autant de lois qui font que notre pays dispose de textes constitutionnels très précis dans ce domaine des libertés individuelles et collectives, il ne restera qu’à les appliquer. L’état de droit auquel aspire le peuple algérien, depuis le 22 février et bien avant, doit impérativement reposer d’abord sur la liberté d’expression et de la presse. Il faudrait que le pouvoir, incarné par l’état, lève définitivement la main sur le contrôle de l'information. L'ouverture du champ médiatique est une nécessité aujourd'hui.

Le monde des médias et de la presse, il faut le reconnaître, ne se porte guère bien aujourd'hui, c'est un secteur qui a besoin de protection. Le respect de l'éthique et de la déontologie reste un des objectifs à atteindre et vous allez certainement vous atteler à le réaliser. Les journalistes font aujourd'hui l'objet de plusieurs pressions qui viennent de partout; ils sont la cible de prédilection de leur employeur, des services de sécurité et, aujourd'hui, du peuple. Interpellés, malmenés, emprisonnés et interdits de sortie du territoire national, autant de répressions souvent injustifiées.

Le journaliste est entre l'enclume et le marteau, tout cela parce qu'il ne peut plus faire son métier selon l'éthique et la déontologie, il ne peut plus rapporter les vérités, il est bâillonné, bridé, censuré, il a perdu toute crédibilité.
Le journaliste est décrié, insulté et pourchassé dans la rue, tout cela à cause du mauvais traitement réservé aujourd’hui à l’information à travers tous les organes de presse, à de rares exceptions. Tous les espaces pour une libre expression sont fermés pour plusieurs sensibilités de la société algérienne.

Nous sommes dans l’opacité totale et dans la partialité. Plus aucune voix contraire à la démarche du pouvoir actuel n’est acceptée, ni tolérée sur les plateaux des chaînes de télévision, aussi bien publiques que privées, ni même sur la majorité des journaux, sous peine de sanctions ou de fermeture ou de disparition. C’est le black-out total. Le journalisme est-il devenu un crime ? C’est réellement la question que l’on se pose.

Vous avez derrière vous plusieurs années de journalisme et vous connaissez mieux que quiconque les problèmes de la profession, notamment ceux liés à l’exercice libre du métier, vous connaissez mieux que quiconque ce que représentent pour un journaliste digne de ce nom, les injonctions d’un rédacteur en chef, ou d’un directeur de publication dans nos écrits ou articles de presse, en un mot, vous savez ce que c’est que la censure.

Aujourd’hui, avec l’avènement de la presse électronique et des réseaux sociaux, rien ne peut être censuré, nous sommes à l’ère de l’information instantanée. Les médias audiovisuels publics autant que les médias privés ne peuvent plus rien cacher, ils sont d’ailleurs discrédités. Souvent, ces mêmes médias font appel dans leurs différents programmes à des vidéos postées sur la toile.

Les médias publics que vous connaissez trop bien, et dont je fais partie, souffrent du manque de crédibilité et d’audience, sans parler de problèmes de tous genres. La partialité, le manque d’objectivité et parfois même l’invective et l’insulte sont devenus le menu quotidien de plusieurs chaînes de télévision, sans que l’instance de régulation intervienne.

Les chaînes de télévision et la radio, pour ne parler que de médias lourds, sont devenus de véritables espaces de propagande, de désinformation et de mensonge au service d’un pouvoir décrié par le peuple depuis des décennies, et cela continue encore. Le peuple parle de presse de la honte chaque vendredi qui passe. Des vérités dures à avaler, l'honneur du journaliste est touché.

Les injonctions extérieures dans le traitement de l’information sont devenues monnaie courante, nous ne voulons pas avoir à faire à un rédacteur en chef de l’extérieur, comme le disait le président déchu, en parlant de l’APS : “Je suis son rédacteur en chef.” Ces pratiques doivent disparaître pour toujours. 
Le citoyen algérien est devenu le véritable dindon de cette farce médiatique, l’Algérien ne se reconnaît plus dans sa télévision, qui est censée être son véritable miroir. Le citoyen n’est pas le centre d’intérêt des faiseurs de l’information, le culte de la personnalité a pris le dessus sur l’information qui intéresse le citoyen.

Durant 17 semaines, nous étions plusieurs professionnels de l’audiovisuel de la télévision publique, sous forme de collectif formé par plus de 320 salariés, à avoir mené un combat pour la liberté d’expression et pour un service public de télévision et personne n’a voulu nous écouter. Au contraire, certains parmi nous ont été sanctionnés pour avoir dit des vérités sur ce que devait être une télévision publique.

Nous avons lutté pour l’instauration d’un véritable service public de télévision en proposant une plateforme et une charte d’éthique liées au métier de journaliste, loin de toute revendication socioprofessionnelle, avec comme seul objectif de donner de la crédibilité à la télévision publique et redorer son blason, loin de toute injonction extérieure. Nous avions voulu défendre l’intérêt général et ouvrir cet espace médiatique à tous les Algériens et à toutes les sensibilités qui respectent les lois de la République, parce que nous avions jugé qu’il était temps de rendre la télévision publique aux Algériens, au peuple algérien.

Nous ne sommes pas les seuls journalistes ou professionnels de l’audiovisuel à avoir lutté pour l’exercice libre de notre métier; plusieurs autres voix de la corporation se sont élevées pour les mêmes motifs et pour les mêmes raisons. La radio nationale a également mené le même combat. Nombre de ses journalistes ont revendiqué les mêmes droits. Il y a aussi des journaux et des télévisions privés, l’APS, en plus du ras le bol exprimé individuellement par plusieurs confrères qui ont démissionné de leurs postes.

Un ras le bol généralisé est constaté au sein de la corporation mais il ne s’exprime pas toujours, certains continuant à souffrir en silence. On ne peut pas jouer éternellement avec la dignité des personnes. Le journalisme n’est pas un crime, notre seul souci aujourd’hui est d’exercer pleinement et en toute honnêteté, dans la transparence et la dignité, notre métier de journaliste.

Nous ne voulons être à la solde de personne, ni d’aucune institution. Nous voulons dire toute la vérité et rien que la vérité. Le devoir de dire la vérité et d’informer est notre seul credo. Il n’y a que la vérité qui compte. Alger, le 5 janvier 2020.

 

 

 

 

 

Par : Abdelmadjid Benkaci Journaliste à Canal Algérie, EPTV
(*) Texte publié sur la page facebook de l’intéressé



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