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Il a notamment été chef de la Fédération de France du FLN

Omar Boudaoud, un révolutionnaire à part

© D.R.

Il est  des  hommes  dont  le  parcours  se  confond  avec  le  destin de  leur   pays.  Omar  Boudaoud,  décédé  le  11 mai  dernier  à  l’âge  de   94  ans, fait  partie  de  cette  trempe  des  militants  qui  ont  changé  le  cours  de  l’Histoire. Et quelle Histoire ! à l’image de ses camarades, le  natif  d’Azroubar  (Tigzirt)  avait  à  peine  20  ans  quand   il  s’engage dans  le  mouvement  national  au  début  des  année  40.  De  son  petit  hameau d’adoption Taourga  (Dellys),  il  ira  jusqu’à  devenir  l’une  des  figures influentes  de  la  Guerre  de  libération  nationale. Il  fut  celui qui  porta le combat  libérateur  en  territoire “ennemi”.  L’historien  Ali  Guenoun retrace le parcours d’un nationaliste au parcours atypique.

Rien ne prédestinait Omar Boudaoud à jouer un rôle national. Par ses exploits en tant que militant nationaliste de première heure de chef de l’Organisation spéciale (OS) en Basse-Kabylie et de dirigeant de la Fédération de France du FLN, la 7e Wilaya, il a marqué d’une façon indélébile toute une génération de militants et l’histoire de l’Algérie contemporaine. Il est toujours difficile de cerner, dans un article de presse, le parcours d’un militant nationaliste qui a traversé des périodes aussi tumultueuses et riches en événements que celles qu’a connues l’Algérie depuis les années 1920. Il est d’autant plus difficile lorsque l’on sait que les sources dont nous disposons sont loin d’avoir livré tous les secrets.

Rares sont les acteurs qui ont publié leurs mémoires, qui n’ont pas pratiqué l’autocensure en faisant l’impasse sur plusieurs questions jugées clivantes et “incommunicables”. Les moments de crise sont à peine évoqués, quand ils ne sont pas gommés, dans plusieurs récits, de peur de porter atteinte à l’image idyllique qu’on a voulu donner de la guerre d’indépendance et de ses acteurs. Ces mémoires nous suggèrent une écriture lisse du passé et nous privent d’informations pourtant indispensables à la compréhension du passé. Quant aux centres des archives algériens, ils gardent jalousement leurs documents et rendent difficile leur consultation par les historiens.

Nous n’évoquerons dans cet espace que deux moments du parcours de Boudaoud sans pour autant prétendre à procéder à une analyse fine : son émergence dans le nationalisme indépendance en tant que responsable politique et paramilitaire en Basse-Kabylie et sa confirmation comme chef de l’organisation du FLN en France dans des moments cruciaux pour l’avenir de la lutte libératrice de l’Algérie. Mohamed Boudaoud, dit Omar, est né le 9 mai 1924 à Azroubar, un des plus anciens villages de Kabylie, chez les At Ouaguenoun (commune mixte de Mizrana) en Kabylie maritime.

Des grottes préhistoriques abritent des peintures rupestres, traces lointaines du génie humain dans cette région. Il grandit à Taourga (Horace-Vernet), près de Baghlia (Rébeval), où ses parents ont acheté des terres agricoles dont était privé Azroubar situé à la lisière de la forêt de Mizrana. Ancien fief des At M’hiddine (Amrawa bwadda) durant l’époque turque-ottomane, l’histoire de Taourga est marquée par des épisodes douloureux.

Il a été l’un des lieux de résistance lors de la révolte du Cheikh Aheddad et Mokrani de 1871 durant laquelle, il a failli être rasé par les troupes coloniales. Devenu village de colonisation, Taourga regroupait des algériens kabylophones et arabophones, et des colons européens de condition modeste. Autant de facteurs qui ont aidé le petit Omar à prendre conscience de sa condition de colonisé, mais aussi son appartenance à une société diverse et plurielle où trois langues et deux religions coexistaient.  

Boudaoud ne fait pas de longues études. Il intègre en 1938 l’École d’arboriculture de Mechtras après avoir obtenu un Certificat d’études primaires (CEP). De retour au village, en 1942, il découvre, grâce à un document qui lui a été transmis par Salah Arbouz, élève à Tizi Ouzou, l’existence d’une organisation nationaliste qui “appelait à l’indépendance de l’Algérie pour revenir à notre passé de pays libre(1)”. Ce fils d’instituteur lui servira de lien précieux, comme le sera un autre fils d’instituteur de Baghlia, avec l’organisation du PPA clandestin qui se réorganisait depuis son interdiction en 1939.

Il est important de souligner le rôle non négligeable des instituteurs et de leurs enfants dans la diffusion de l’idée nationale en Kabylie et ailleurs. C’est à l’âge de 18 ans que Boudaoud rencontre le chef du parti pour la région de Dellys, Mohamed Zerouali, qui s’est rendu très célèbre par son courage et ses coups d’éclat contre les collaborateurs de l’administration coloniale. Celui-ci lui présente un cadre plus important dans le grade et l’ancienneté, Rezki Djemâa, membre de la direction clandestine du PPA et agent de liaison avec la “Grande-Kabylie”.

Autant de bouleversements rapides dans la vie militante d’une jeune recrue qui découvre des hommes qui luttent pour un idéal loin des préoccupations mercantiles ou de survie. C’est au contact de ces militants clandestins, auréolés de leur long passé nationaliste, que Boudaoud devient chef de cellule à Baghlia. L’année 1942 est un tournant pour plusieurs jeunes Algériens. La défaite militaire de la France face à l’Allemagne et le débarquement des Alliés en Afrique du Nord ont montré la vulnérabilité de la France mais aussi l’existence de nouvelles puissances sensibles au sort des colonisés.

“Durant ces années-là, dira Boudaoud dans ses Mémoires, le vent de la liberté soufflait en Basse-Kabylie.” C’est durant cette période que de nouvelles recrues intègrent le parti messaliste. Les événements de mai 1945 constituent un facteur important dans l’ascension dans la hiérarchie du parti clandestin d’Omar Boudaoud, comme c’est d’ailleurs le cas de plusieurs cadres de Grande-Kabylie comme Ouali Bennaï.  Il répond favorablement à l’appel du parti qui cherchait des volontaires pour participer au déclenchement en Grande-Kabylie d’une lutte armée projetée pour la nuit du 22 au 23 mai.

Ce soulèvement leur a été présenté comme une action tendant à soulager les populations de l’Est algérien qui souffraient de la répression coloniale qui a abouti aux massacres de plusieurs centaines de personnes. Il participe activement, aux côtés de Zerouali, à l’organisation de groupes armés dans la région de Baghlia-Dellys. Il s’agit du premier maquis du parti en Kabylie.  Ce soulèvement armé n’a pas eu lieu. La direction du PPA, s’étant rendu compte de l’impréparation de son organisation, a lancé un contrordre.

L’administration coloniale, ayant eu vent de ce projet insurrectionnel, lance une vague d’arrestations qui a touché plusieurs militants à l’instar d’Ali Halit, chef de l’organisation en Kabylie. Boudaoud n’y échappera pas. Il est arrêté et conduit à la prison de Tizi Ouzou où il a subi des sévices qui l’ont marqué à vie.  Amnistié en 1946, il intègre la direction du parti en Kabylie sous le commandement d’Ouali Bennaï. Il remplace Mohamed Zerouali, arrêté en octobre 1945, suite à l’attentat perpétré, avec des maquisards de la région de Makouda dont Mohand Saïd Mazouzi, contre le bachagha Aït Ali près de Tigzirt.

Il côtoie alors de nouveaux cadres qui se sont imposés après à leur participation aux préparatifs du soulèvement avorté de mai 1945. Cadres intellectuels, ces jeunes militants (Hocine Aït Ahmed, Saïd Aïch, Ali Laïmèche, Amar Ould Hamouda, Omar Oussedik, Saïd Oubouzar, entre autres) se regroupent autour de leur chef Ouali Bennaï. Se rendant compte vite des insuffisances de leur organisation nationale ils réfléchissent en groupe et décident ensemble, comme dans une tajmaat, de la stratégie à adopter face à la direction du parti et à la meilleure façon de remédier à ses insuffisances.

Ils ne comprennent pas, par exemple, l’ordre insurrectionnel à un moment où le parti manquait de moyens humains et matériels. Ils s’opposent à la nouvelle décision de leur direction de faire participer le parti, sous l’étiquette du MTLD, aux élections alors que cette même direction trouvait que voter est un blasphème. Ils insistent auprès du chef du parti, Messali Hadj, pour s’expliquer dans un congrès national.  L’année 1947 est un tournant majeur dans la vie militante d’Omar Boudaoud.

Il est désigné, selon Hocine Aït Ahmed, pour représenter, avec Amar Ould Hamouda, Hocine Aït Ahmed, Ouali Bennaï, Omar Oussedik… la Kabylie au congrès qui se tient en février 1947 à Alger. Il était alors le chef du parti dans la région de Naciria-Baghlia-Sidi Daoud-Dellys-Tigzirt. Il est chargé, en avril de la même année, d’organiser le voyage de Messali en Kabylie maritime. C’était une occasion pour lui d’approcher le chef du parti, le zaïm, adulé par ses militants.  Il s’opposera à lui avec violence pendant la guerre d’indépendance en France.

Le parti l’a désigné aussi aux élections municipales et devient conseillé municipale à Baghlia. Le congrès du PPA/MTLD décide, comme le demandait la délégation de la Kabylie, la création de l’Organisation spéciale (OS). Le commandement de cette organisation paramilitaire est scindé en deux. Omar Boudaoud commande la Basse-Kabylie à Boudaoud alors qu’Amar Ould Hamouda s’occupe de la Haute-Kabylie. C’est sous cette double casquette, militant politique et membre de l’OS, que Boudaoud va désormais évoluer.Il faut dire que la naissance de l’OS n’a pas été soutenue par tous les cadres de la direction du parti. 

Certains n’étaient pas favorables au passage à la lutte armée dans les conditions de 1947. Deux ailes vont s’affronter au sommet. D’un côté, les partisans de la lutte armée dans l’immédiat, dont faisaient partie les cadres de la Kabylie.  De l’autre, les opposants à cette ligne qui demandaient la réunion de plusieurs facteurs avant de lancer les hostilités. Les cadres de la Kabylie posaient plusieurs questions à leur direction : doter l’OS de moyens plus importants, définir une stratégie claire du combat libérateur, plus de démocratie dans la prise de décisions et la désignation des cadres. Ces questions ne recevaient pas de réponses. 

C’est dans ces conditions qu’éclate la crise dite “berbériste” de 1949. Une crise politique qualifiée d’ethnique par le discours des partisans de la direction du parti. Plusieurs militants, pour la plupart kabyles, ont été exclus du Parti pour travail fractionnel et pour “berbérisme”. Un climat de suspicion lourd de conséquences s’installe. Des arrestations en cascade ont touché les cadres de la Kabylie. Ouali Bennaï et Omar Oussedik sont arrêtés en septembre et octobre 1948 à Alger.

Omar Boudaoud et Amar Ould Hamouda en avril et mai 1949. Ces arrestations étaient très suspectes pour plusieurs cadres de l’aile radicale. Elles ont été vécues comme une sorte de punition envers les cadres kabyles et les partisans de la lutte armée qui poussaient le parti à une préparation plus rapide et plus conséquente pour le déclenchement armé. Boudaoud dira dans ses mémoires : “Ces arrestations n’étaient pas dues au hasard. Des dénonciations avaient mis la police sur nos traces, ce qui avait semé la suspicion et jeté le trouble dans nos esprits.” 

C’est aussi l’avis d’Ahmed Mahsas, cadre de l’OS, qui nous a confié : “L’ostracisme contre un certain courant au sein du parti existait. C’était une manière de se débarrasser des éléments qui s’activaient dans un certain sens. (...) Cela ne pouvait pas se passer d’une manière officielle.

Mais le fait de laisser quelqu’un en plein champ peut nous laisser penser qu’il a été donné.” Ce sentiment d’avoir été “donné” par des membres de la direction du parti est partagé par l’ensemble des cadres de la Kabylie. En l’absence de documents, nous ne pouvons pas confirmer cette accusation de complot. Le rôle de Boudaoud dans cette crise n’est pas clair. Il en parle très peu dans ses Mémoires. Mais il est suspecté, par sa direction, comme les autres cadres de Kabylie, de “berbérisme” et donc de division de l’unité du parti et de la nation.

“Je me rappelle, écrit-il, d’une rencontre qui s’est déroulée à cette période, pendant le mois de Ramadhan. Je passais rue Jules-Ferry à Alger (actuellement rue Abderrahmane-Aïboud, parallèle à la rue Bab Azzoun), devant le café de Bourahla, où les principaux responsables du MTLD se retrouvaient d’habitude autour d’un thé. J’y rencontrai Hadj Cherchali, Lahouel Hocine, le capitaine Saïdi et une quatrième personne dont j’ai oublié le nom.

À leur invitation, je m’attablai et Saïdi me demanda si j’étais ‘berbériste’, car je demeurais une énigme pour la direction. Je lui expliquai alors mon point de vue : ‘Je ne cherche pas à savoir si l’Algérie est berbère, ou arabe, ou française. Ce qui m’intéresse surtout, c’est d’aimer l’Algérie, de défendre l’Algérie et de mourir pour l’Algérie s’il le faut, d’être Algérien, bref… Est-ce que ça te suffit ?’ ‘Je ne suis pas convaincu’, me répondit-il.” Torturé des  jours durant, Boudaoud, comme d’ailleurs Amar Ould Hamouda, Omar Oussedik et Ouali Bennaï, ne révèlera pas à ses tortionnaires l’existence de l’OS. La police démantèlera cette organisation en mars 1950.

Désorienté à sa sortie de prison, comme la majorité d’anciens militants de l’OS, il se voyait trahi. Il décide de quitter le pays pour Le Caire. Il est envoyé en France par le Parti, comme d’anciens cadres de l’OS, à l’instar de Mohamed Boudiaf et de Mourad Didouche, où il s’installe et entreprend des activités commerciales. Pris de court par la crise du MTLD en 1954, il n’a pas vu venir la naissance du FLN, auquel il adhère très tôt en cotisant à l’organisation de son village. Voulant rentrer en Algérie, il passe par le Maroc où était installé son frère Mansour, dirigeant du FLN.

 Il intègre l’organisation du FLN du Maroc et milite avec Hocine Bouzaher, Ali Haroun et Mahieddine Moussaoui. Il y reste jusqu’en 1957, date à laquelle Ramdane Abane le charge de prendre en main les affaires de la Fédération de France du FLN après l’arrestation par la police de ses chefs (Mohamed Lebjaoui et Salah Louanchi).

Il lui est demandé de renforcer la coordination des instances de la fédération et d’assurer la liaison avec le CCE (Comité de coordination et d’exécution). Mais l’histoire de cette fédération est marquée par des crises de luttes de chefs pour son contrôle. Il faut dire que jusqu’à l’été 1956 nous ne pouvons parler ni de centralisation ni de cohésion au sein du FLN. À cause du découpage en régions, il en a résulté une fragmentation du pouvoir. Les aléas de la lutte armée qui n’ont pas facilité la concertation des chefs entre eux n’expliquent pas tout. La tendance de chaque groupe à ériger sa vision de la lutte en norme pour tous rendait plus difficile la construction d’un appareil centralisé. 

Chaque chef de zone utilisait, pour se renforcer, ses affinités humaines sur le territoire national et sur l’émigration en France. Chacun d’eux réactivait ses liens avec des groupes et des personnes de sa région afin de s’assurer de ressources financières et de la logistique, nerf de guerre, mais aussi pour la formation d’une direction.  Les nécessités de la lutte, la variété des tactiques dans la conduite de la guerre sur lesquelles se greffent parfois les intérêts personnels et les appétits de pouvoir rendent le jeu politique plus complexe.

On a longtemps cru que dans l’émigration en France ce qui prévalait c’était l’antagonisme entre messalistes et partisans du FLN. Or, du fait de la division en régions, nous allons assister dans le contexte de la formation d’une direction à l’échelle nationale à une compétition entre les fondateurs du FLN : Ahmed Mahsas et Ahmed Ben Bella, Mohamed Boudiaf, Belkacem Krim et Ramdane Abane. Chacun cherchait à placer ses hommes. C’est Abane qui a réussi à imposer sa vision grâce, entre autres, à l’importance de l’émigration kabyle en France.

D’ailleurs, cette fédération a connu plusieurs crises pour son contrôle comme celle de 1956 qui a vu s’affronter des militants proches de Belkacem Krim (Saïd Mouzarine, Ahmed Zemirli, Belkacem Teklal) et de Mohamed Boudiaf (Ahmed Doum…). Cette crise n’a été résolue qu’à l’arrivée d’Omar Boudaoud à la tête de la fédération. L’arrivée de Boudaoud en France inaugure une nouvelle période. Epaulé par une équipe de quatre cadres (Kaddour Ladlani, Saïd Bouaziz, Ali Haroun, Abdelkrim Souici), il réorganise la fédération en respectant le principe de la collégialité (2).

Même si ses opposants lui reprochent son autoritarisme dans sa gestion des affaires de la fédération tous lui reconnaissent ses capacités d’organisateur et son bon niveau politique. On lui reproche souvent l’utilisation de la violence contre les militants du MNA (Mouvement national algérien) de Messali et d’avoir accentué cette “guerre fratricide” entre Algériens durant laquelle plusieurs centaines d’Algériens du MNA et du FLN ont été assassinés (3).

On le critique aussi d’avoir mené des actions armées contre des objectifs militaires et économiques et contre les agents de la répression sur le sol français, ce qui a accentué la répression contre les militants du FLN et a fait éloigner de la cause algérienne certains soutiens européens. Boudaoud explique ces actions par l’impératif de “freiner l’acheminement d’un nombre important de militaires français vers l’Algérie et donc d’alléger le fardeau supporté depuis 1954 par l’ALN”.

Mais, il faut souligner, à sa décharge, qu’on ne peut comprendre ces opérations si on ignore que Boudaoud et ses camarades ne faisaient qu’obéir aux directives du CCE. “Nous avons, écrit-il, reçu l’ordre du CCE, seul le choix du moment et des moyens était laissé à l’appréciation du Comité fédéral.” En effet, dans une guerre d’influence et de contrôle des Algériens installés en France, le CCE demandait aux dirigeants de la fédération du FLN, depuis août 1956, d’abattre tous les Messalistes. Les ordres du CCE étaient loin d’être discutables.

Mais face à la répression toujours grandissante le Comité fédéral décide, avec l’aval du CCE, au printemps 1958, de s’installer en Allemagne. “La leçon à tirer des multiples arrestations, écrit Boudaoud, était claire : il était impératif pour la survie de la fédération et la continuité de son action de placer sa direction hors d’atteinte des services français de répression. […] Il fallait donc abandonner — au moins par intermittence — le territoire français et s’installer ailleurs.” D’Allemagne, plusieurs opérations ont été planifiées et exécutées sur le sol français.

Nous pouvons citer, en exemple, les actions du 25 août 1958 et les manifestations du 17 octobre 1961 qui ont montré l’adhésion importante des Algériens au FLN. Mais la tâche la plus importante reste celle des finances et de leur acheminement vers les wilayas du pays dans le but de soutenir les maquis, l’achat des armes et le soutien des civils. Membre du CNRA (Conseil national de la Révolution algérienne) depuis 1959, Omar Boudaoud réussit à imposer, en janvier 1960, l’érection de la Fédération de France en wilaya à part entière, la 7e Wilaya.

Ses relations avec l’EMG (État-Major général) et le colonel Houari Boumediène ont été bonnes. Mais la détérioration des relations de ce dernier avec le GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne) et son rapprochement avec Ben Bella font éloigner Omar Boudaoud du chef de l’EMG. Comme Belkacem Krim, Mohand Oulhadj, Boudiaf et les chefs des Wilayas II, III et IV, Boudaoud reste fidèle au GPRA. Il le soutient, parce que légitime et légal, lors de la crise de l’été 1962 contre la prise du pouvoir de l’EMG et de Ben Bella. 

Il rejoint Mohamed Boudiaf dans son opposition à Ben Bella et fait partie du premier noyau du PRS (Parti de la révolution socialiste) comme Moussa Kebaïli, Moussa Boudiaf, Abdelkrim Souici, le colonel Sawt el-Arab, Ali Haroun, Ahmed Doum, Hocine Bouzaher, Omar Harraigue, Aboubakr Belkaïd, le capitaine Yahia Magherbi, Allal Thaâlbi, Malek Benayad, Tahar Guerraf, issus pour la plupart de la Fédération de France (4). Nous ignorons si ses relations étroites avec Mohand Oulhadj, un des dirigeants du FFS (Front des forces socialistes) d’Aït Ahmed, ont contribué à lui faire jouer un quelconque rôle dans la révolte armée de ce parti de 1963 à 1965. 

Il devient membre du Comité central du FLN à l’issue de son congrès d’avril 1964. Il est ensuite élu député à l’Assemblée nationale en septembre 1964 en compagnie d’anciens cadres de Kabylie comme le colonel Mohand Oulhadj, le colonel Saïd Mohammedi, Ahcène Mahiouz, Mohamed Yazourène Vrirouche ou Abdennour Ali Yahia. Il quitte la politique après le coup d’État du colonel Boumediène et se consacre au commerce. Il est l’un des dirigeants de l’ONM dans les années 1990. 

Le parcours de Omar Boudaoud, qui a adhéré au parti indépendantiste depuis son jeune âge, a connu très tôt une ascension très importante dans le nationalisme. Alors que rien ne le prédestinait à une carrière politique riche sous le système colonial, il a réussi à occuper des postes très importants qui ont révélé son grand sens de l’organisation et son attachement à la libération de son pays. Il a marqué plusieurs générations de militants et a gagné leur estime.
 

Par : Ali Guenoun
(*) Historien

 

 

 

 

 

1- Boudaoud Omar. Du PPA au FLN, mémoires d’un combattant. Casbah Éditions, Alger, 2007.
2 - Sur l’histoire de la Fédération de France du FLN cf. Amiri Linda. La Fédération de France du FLN. Des origines à l’indépendance
(1926-1962). Thèse de doctorat d’histoire, Sciences-Po. Paris, 2013. Djerbal Daho. L’organisation spéciale de la Fédération de France du FLN. Alger, Chihab, 2012. 
3- Mohammed Harbi. Une vie debout. Mémoires politiques. Paris, La Découverte, 2001.
4- Cf. Mohand Amer, Amar. La crise du Front de libération nationale de l’été 1962. Indépendance et enjeux de pouvoirs. Thèse de doctorat d’histoire, Université Paris 7 - Denis Diderot, 2010.


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