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Culture / Culture

6e Salon Visa For Music de Rabat

Au rendez-vous des musiques sans frontières

Djam a fait un tabac lors de la clôture du VFM. © D. R.

Durant quatre jours, des professionnels et artistes de plusieurs continents se sont donné rendez-vous pour vivre intensément cet évènement musical incontournable de la scène rabatie qui promeut l’Afrique et le Moyen-Orient. Djam a permis à son public de faire un voyage “d’Oujda à Oran sans frontières !”.

Rabat, connue pour être une ville culturelle par excellence, était au centre de toutes les attentions du 20 au 23 novembre par des artistes et professionnels du secteur musical. En effet, depuis six ans maintenant, elle est devenue la “Mecque” des musiciens d’Afrique et du Moyen-Orient grâce au Salon “Visa For Music”, qui réunit chaque année des chanteurs et formations des quatre coins du globe. Pour cette édition, les “chasseurs de têtes” entre managers, producteurs, bookers, tourneurs, directeurs de festivals… étaient présents pour trouver la perle rare. 

Dans une ambiance festive où la danse et les vibes étaient au cœur de l’évènement, la jeunesse marocaine s’est déplacée de diverses villes pour célébrer ce VFM dans les nombreuses salles où étaient proposés les showcases, à savoir la salle et le club Renaissance, le Palais Tazi et le théâtre Mohammed-V.

Curieux de découvrir les pépites de leur région comme le groupe Bab L’Bluz ou encore Soukaina Fahsi, il y en avait pour tous les goûts : musiques du monde, rap, diwane… d’artistes issus du Bénin, du Ghana, du Canada, du Mexique, de Russie, de Corée de Sud ou encore de Tunisie. L’Algérie était également de la partie à travers Samira Brahmia, qui s’est produite avec les musiciens Youcef Boukella et Karim Ziad. Ce jour-là, la salle Renaissance était pleine et a vibré pour la dynamique chanteuse, tant appréciée par le public rabati. 

Les couleurs de l’emblème national ont été aussi portées au théâtre Mohammed-V lors de la clôture durant laquelle Djam a allumé le feu par son talent, sa spontanéité et son énergie. Sur scène, très communicatif, sous les acclamations des spectateurs en furie, l’ancien leader des Djmawi Africa n’a cessé de prôner la paix, tout en soutenant : “Les détenus d’opinion. Nous faisons de la musique et non de la politique, mais nous sommes algériens et nous ne pouvons faire autrement !” Et de lancer entre deux titres : “D’Oujda à Oran sans frontières…” Deux excellentes soirées qui, souhaitons-le, auront marqué les professionnels.

Car, pour rappel, le VFM est avant tout une plateforme qui permet aux artistes du continent et du Moyen-Orient de se “vendre” pendant le showcase afin de taper dans l’œil des pros et pourquoi pas décrocher un contrat. À ce propos, selon de nombreuses formations, le Visa for music leur a permis de réaliser des tournées à l’étranger et de signer avec de grands labels. D’ailleurs, outre les concerts, le festival est ponctué d’une expostand (parmi les exposants l’Aarc et le Vivarium), des speed meetings et des conférences, notamment la “rencontre autour des marchés et des festivals”, qui a permis à des responsables de festivals de se présenter, et ce, dans le but d’appâter les artistes pour les prochaines éditions. 

Algérie-Maroc : la culture, ce parent pauvre 
Le partage et l’échange d’expériences font aussi partie de l’esprit du VFM, et ce, à travers le volet consacré aux conférences. Ces dernières, qui se tenaient la matinée à l’Institut Cervantès et à la villa des Arts, étaient animées par des universitaires, des artistes ou de jeunes acteurs culturels. Une fois sur place, nous nous attendions à retrouver des thématiques ayant seulement trait au Maroc, mais cela ne fut nullement le cas, à l’exemple des rencontres “Le rôle des universités et institutions de formation dans le domaine culturel” et “Le rôle des jeunes dans le processus de développement culturel territorial”. 

En effet, en écoutant les intervenants ayant évoqué les multiples problèmes qui touchent ce secteur, l’Algérie est totalement concernée, car “dans le système éducatif, la culture et les arts restent les parents pauvres”. Selon l’universitaire Hassan Benhalima, “la culture représente un levier de développement, car elle catalyse le développement d’un pays, d’une nation et d’un territoire dans tous les domaines : économique, social, environnemental, éducatif…”. À ce sujet, il a cité pour exemple les petites villes marocaines, à l’instar d’Essaouira, de Chaouen ou Tiznit, qui ne possèdent pas d’“activités génératrices de grandes ressources”, mais le secteur culturel est très actif et cela a “dynamisé la société et le territoire”. 

Dans son intervention, il a entre autres, expliqué que la plupart des sociétés sont passées par trois phases : premièrement, la dichotomie entre le culturel et l’économique (dans les pays sous-développés), “on investit d’abord dans l’économie alors que la culture est considérée comme un enjeu politique crucial aussi bien par l’État que par les élites”. Deuxièmement, traiter la culture séparément avec l’économie, concentré les deux dans un système intégré, “un système en vogue dans la plupart des pays développés, et très encouragé par l’Unesco, car il englobe les quatre dimensions : culture, économie, environnement, société, ce qui donne le développement durable”. 

En somme, pour l’universitaire lorsque “la culture est marginalisée, cela génère un certain nombre de problèmes, notamment de l’ignorance, de l’intolérance, de l’extrémisme et par conséquent cela donne lieu à des situations très négatives dans un monde mondialisé”. Et de renchérir : “Aujourd’hui, il est plus que nécessaire d’éduquer à la culture et de promouvoir l’éducation numérique, car la culture n’est plus un besoin mais un droit comme l’air et l’eau.

Aujourd’hui, on peut parler de l’urgence culturelle comme de l’urgence climatique pour lutter contre les servitudes meurtrières et contre les vulnérabilités”.  Et la meilleure manière d’y arriver, est incontestablement “d’associer la culture à l’éducation depuis la crèche”, tout en martelant : “Les gens ont besoin de s’initier à toutes formes d’art, de cinéma, d’écriture…toutes formes d’expression qu’elle soit littéraire ou artistique, c’est une source d’enrichissement et les jeunes ont plus de chance de réussir !”.  

“Une frontière fermée génère une jeunesse frustrée”
Dans le même sillage que Hassan Benhalima, sur l’urgence culturelle, un groupe de jeunes issus pour la majorité d’Oujda, ont évoqué leurs expériences et leur combat pour la création d’associations culturelles dont l’objectif premier est de sortir leur ville de la léthargie. Réuni dans le cadre de la table ronde “Le rôle des jeunes dans le processus de développement culturel territorial”, ces acteurs engagés ont partagé le temps d’une rencontre leur histoire et expérience pour le développement culturel alors que “c’est difficile d’en parler à cause de la conjoncture actuelle dans ces régions”.

Ils sont issus du collectif ou association “Tzuri”, “Passager” et “This is Oujda”, où il devenait nécessaire de créer,  “contrairement à Rabat et Casablanca, c’est une ville frontière (avec l’Algérie, ndlr) qui connaît beaucoup de problèmes économiques et politiques. Et la culture était la solution pour nous soulager”.  Au lieu de travailler chacun de son côté, les responsables de ces associations, qui ont galéré avant de pouvoir exercer librement (pour des raisons juridiques et administratives), se sont réunis pour collaborer avec une entité “Agence Oriental”, tout en gardant leur propre identité.

Depuis, ils organisent dans leur région des festivals et diverses activités. “Après les évènements de 2011 au Maroc,  la jeunesse avait envie de changer la réalité de son territoire. On a commencé par la création d’associations pour une présence juridique et une crédibilité vis-à-vis des autorités”.  La concrétisation de ce projet n’était pas évidente, il fallait gagner la “confiance” des jeunes et des autorités, alors en créant une vraie structure ils se sont “impliqués” avec les autorités locales. 

Quant à Mme Saïda, de l’Agence Orientale (institution étatique), elle a précisé après l’intervention des différents jeunes, que “nous avons accompagné un mouvement dynamique d’associations territoriales, pas seulement à Oujda mais dans d’autres provinces”.  Et d’ajouter : “Il y a cette volonté d’accompagnement de ce mouvement de jeunes (…) il y a un travail qui se fait, nous avons constaté qu’il y a un potentiel jeunesse qui fait la richesse du pays. À un moment donné, nous avons pensé à la politique sur cette région, qui est frontalière”. Tout en poursuivant : “Ce regard sur une frontière fermée génère une jeunesse frustrée”. 

 

De notre envoyée spéciale : Hana menasria



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