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Culture / Culture

Halfdan W. Freihow à propos de “Cher Gabriel”, à “Liberté”

“Ce récit m’a permis de comprendre l’autisme de mon fils”

© D.R.

Le récit émouvant Cher Gabriel, publié dans 26 pays, récemment réédité en Algérie par les éditions Barzakh, “met en lumière une relation complexe et un amour inconditionnel” entre un père et son fils atteint d’autisme. Rencontré au 24e Sila lors d’une vente-dédicace, Halfdan W. Freihow évoque dans cet entretien les raisons l’ayant poussé à l’écriture de cette “lettre intime” ainsi que son ressenti sur la marche du 1er novembre.


Liberté : Votre récit Cher Gabriel est une lettre poignante d’un père à son fils atteint d’autisme. Pourquoi avoir décidé de dévoiler cette intimité dans un livre ?
Halfdan W. Freihow :
Quand mon fils a fêté ses 3 ans, nous avons compris qu’il n’allait pas bien. Une fois chez le médecin, on lui a diagnostiqué un autisme. Je ne connaissais rien de l’autisme, cela m’a effrayé et j’ai voulu comprendre, et ce, en lisant énormément, mais il n’y avait aucune réponse. J’ai alors compris que chaque autiste est différent. En fait, aujourd’hui, nous ne parlons pas d’autisme, mais de son spectre. Tous les autistes sont différents, je me suis dit : “Il faut que je comprenne mon fils.” Étant éditeur, auteur et traducteur, l’écriture était ma façon pour le comprendre. 
Je ne savais pas comment faire, jusqu’à ce que je me décide à lui écrire une lettre. Cette démarche était comme une manière de lui parler, une lettre c’est comme une conversation, mais là il n’y a que moi qui communique, en le citant un peu. Quand un père écrit une lettre à son fils, il doit être honnête, il ne peut pas trop dévoiler de choses. Avant la publication du livre en Norvège en 2005, sa mère, ses frères et sœurs l’ont lu, car je ne voulais pas dévoiler des choses trop intimes. Mais, d’un autre côté, il fallait une certaine intimité pour que ce soit vrai, il ne fallait pas cacher les choses mais les dire tout simplement. En somme, j’ai essayé de trouver un certain équilibre. 

L’écriture était-elle thérapeutique pour vous ?
Oui, absolument, cela m’a forcé à accepter des parties de moi-même, de comprendre des réactions et l’incompréhension de l’autisme de mon fils, notamment sa rage. Ce n’est pas facile pour un père d’être toujours patient, tolérant. Ses réactions me mettent aussi en colère, par exemple quand il détruit des choses à la maison. À cet effet, j’ai dû confronter et accepter ces parties de moi, et c’était important. Un autiste est très concret, il déteste les métaphores, les blagues et les sous-entendus, il faut que les paroles soient concrètes et précises. Dans mon écriture, cela m’a poussé à utiliser une précision linguistique beaucoup plus grande que celle à laquelle j’étais habitué. Je pense que cela a fait de moi un meilleur écrivain. 

Pouvez-vous nous expliquer que signifient ces précisions linguistiques ?
Avec une personne autiste, il faut être précis dans toute communication. 
Cela a influé sur mon écriture en augmentant le niveau de précision. Gabriel était un enfant, et est devenu un jeune homme très esthétique, je ne pouvais pas écrire mal mon récit, je devais réaliser quelque chose qui avait une beauté philosophique, esthétique, concrète et abstraite.

Ce récit est plus qu’un témoignage d’un père sur la maladie de son enfant…
Oui, il y a beaucoup de réflexion et de discussions avec moi-même, et sur ce qu’il peut penser. D’ailleurs, le mot autisme je ne l’ai pas utilisé dans mon livre, je ne voulais pas écrire un livre sur l’autisme mais d’écrire un livre sur Gabriel, car il est autre chose qu’autiste. Ce n’est pas un livre sur l’autisme, je voulais écrire un texte poétique honnête, qui m’aiderait à le comprendre et à me comprendre.

Vous êtes arrivé à cet objectif ?
À un certain degré, car nous n’arriverons jamais à comprendre une personne à 100% même si on s’en approche, on n’y arrivera pas totalement, mais pour moi, écrire était une façon de le faire. 

Après la publication du livre, Gabriel l’a-t-il lu ? Quelle a été sa réaction ?
Il l’a écouté en version audio, je lui ai demandé s’il a aimé et ce qu’il en pensait, il m’a répondu : “C’est bien.” Pourquoi dire plus ? 

C’est un livre qu’il a aimé, mais nous autres, nous allons dire c’est merveilleux avec du superflu, alors que Gabriel c’est du concret. 

C’est votre première visite en Algérie, vous êtes arrivé dans un contexte très particulier que vit le pays en ce moment. Quelles sont vos impressions sur la “Révolution du sourire” ?
Je ne vais pas dire grand-chose car je ne suis pas un expert. Je suis ici depuis quelques jours, mais je suis sorti voir les manifestations du 1er novembre (37e vendredi, ndlr), et ce qui m’a énormément impressionné, outre le grand nombre de personnes, c’est l’atmosphère si pacifique, si douce, c’était une journée familiale, il n’y avait rien de violent et cela m’a beaucoup impressionné.
 

Entretien réalisé par : Hana Menasria 
Cher Gabriel, récit de Halfdan W. Freihow, 
éditions Barzakh, 2019, 176 pages, 700 DA.


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