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Culture / Culture

Poète et grand penseur algérien

Cheikh Mohand Oulhocine, le guérisseur des âmes

© D.R

La poésie de cheikh Mohand Oulhocine est souvent empreinte de philosophie, moyen par lequel il cherchait à rendre supportables les terribles conditions d’existence de ses compatriotes sous la colonisation. Il était en quelque sorte le “médecin du trauma”.

Cheikh Mohand Oulhocine est né six ans environ après la prise d’Alger par les Français. Il sera le témoin de l’avancée de la colonisation française, entendra parler de la reddition de l’émir Abdelkader et de la défaite de Fadhma n Soumer qui ouvrirent la voie à la conquête de l’Algérie. Il reçut  une formation religieuse et devint un des adjoints du chef de la confrérie Rahmania, cheikh Aheddad de Seddouk Oufella. Avec l’âge, il se retire dans son village natal, celui d’Aït Ahmed. 

De condition modeste, il reste très près des préoccupations de ses compatriotes, confrontés à une vie très dure. Il aura l’idée de fonder ce que Mouloud Mammeri appellera “La Cité idéale”. Il crée un petit hameau avec des salles d’habitation, d’autres pour les pèlerins (Ezzeyar-Imzouren) qu’il recevait quotidiennement par centaines. Des constructions étaient réservées aux visiteurs qui y passaient la nuit. Une école coranique et quelques ateliers complétaient l’infrastructure du village. “Toutes les couches sociales défilaient chez lui, si bien que le village d’Aït Ahmed était branché sur la société kabyle de l’époque.

En même temps, c’était une sorte de cité idéale dont le ciment était le charisme du Cheikh”, affirme Mouloud Mammeri. Homme de religion ? Ascète ? Poète ? Cheikh Mohand Oulhocine était tout cela à la fois, imprégnant de sa personnalité propre tout le travail qu’il accomplissait. Intelligent, pragmatique, il prônait une religion où les valeurs ancestrales et les coutumes avaient une place prépondérante. Une religion souple, dont la pratique devait s’adapter aux conditions de vie des gens, sans fioritures ni excès, à l’opposé d’une religiosité rigide susceptible d’entraver une population déjà écrasée par une existence particulièrement difficile. 

Il composait des poèmes pour exprimer la vie quotidienne des gens et les rites de la Rahmania. C’est son attachement à la société réelle qui lui attira le respect de la population. Sa poésie est souvent empreinte de philosophie, moyen par lequel il cherchait à rendre supportables les terribles conditions d’existence de ses compatriotes sous la colonisation. Il était en quelque sorte le “médecin du trauma”. “Il est arrivé au bon moment. Au moment où devaient finir l’archaïsme, d’une part, et la soumission devant l’ordre colonial nouveau, d’autre part”, écrit Abdenour Abdeslam. 

Mouloud Mammeri rapporte ce poème : “Maîtres qui hantez les précipices, Vous dont les visions effrayent, Vous alignez vos rangs debout, Vous comptez le monde pour rien, Car avec Dieu point de crainte, La foi naïve triomphe du calcul rusé.” Un moment fort est son fameux échange avec le poète Si Mohand u Mhand. L’ascète conseille l’amateur d’absinthe : “Asebsi d’acu ik yerna, yerra k di el mehna, s’avrid d el waqt ughaled.” (Que t’apporte le calumet, que des malheurs, c’est le moment de revenir au droit chemin). Si Mohand raconte un rêve à cheikh Mohand Oulhocine, qui lui demande de le répéter. Le poète errant refuse, car il ne répète jamais ses propos et poèmes.

Cheikh Mohand s’en offusque, de là est née l’animosité entre ceux qui se vouaient jadis un grand respect mutuel. Cheikh Mohand Oulhocine aurait asséné à l’aède : “Tu mourras en exil.” Ce qui entraîne la réplique : “Toi, tu mourras sans descendance.” Au-delà de la poésie sur la condition humaine de leur époque, les deux poètes, chacun à sa façon, dénonçaient la colonisation dont ils prédisaient la fin inéluctable. Sur ce plan, l’on relèvera la position de cheikh Mohand Oulhocine concernant l’insurrection de 1871. 
Consulté par cheikh Aheddad, il se montre sceptique et conseille à l’imam de Seddouk Oufella de s’abstenir d’entraîner le pays dans une guerre contre un ennemi trop puissant.

L’issue de l’insurrection a-t-elle donné raison au sage du Djurdjura ? Certains auteurs pensent que si la réserve de cheikh Mohand Oulhocine n’était pas dénuée de logique, la décision de cheikh Aheddad d’appeler au soulèvement contre l’occupation coloniale — à la demande de Mokrani, déjà aux prises avec les Français — était salutaire pour le développement futur du mouvement national qui allait conduire au déclenchement de la guerre de Libération nationale. Cheikh Mohand Oulhocine, le sage, l’érudit, l’homme de religion, le philosophe, l’homme dont les paroles guérissaient les âmes, s’éteint en 1901, laissant des poèmes et propos qui inspirent à ce jour de nombreux auteurs et artistes.

 

 


ALI BEDRICI


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