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Culture / Culture

Ibtissem Chachou, initiatrice de la campagne “J’achète un livre algérien”

“Il faut que la lecture devienne un besoin, car il y va de notre survie”

L’enseignante-chercheure Ibtissem Chachou. ©D. R.

Du 29 novembre au 2 décembre, la campagne “J’achète un livre algérien” sur les réseaux sociaux a connu une vive participation de la part des internautes qui ont publié les photos de leurs achats “livresques”, cent pour cent algériens. L’initiatrice de cet événement, Ibtissem Chachou, enseignante-chercheure à l’université de Mostaganem, revient,
dans cet entretien, sur la naissance de cette campagne, partie d’une constatation : “Les maisons d’édition algériennes, malgré la qualité de leurs productions, sont quelque peu délaissées par le lectorat.”

Liberté : Votre campagne “J’achète un livre algérien, édité en Algérie” a pris fin le 2 décembre sur les réseaux sociaux. Quel impact a-t-elle eu ?
Ibtissem Chachou :
Pour cette fois-ci, et comme c’est une première, l’événement était privé. J’ai invité mes contacts et eux les leurs, pour nous donner rendez-vous le 2 décembre afin de publier la première et la quatrième de couverture sur la page de l’événement. L’engouement fut immédiat, la moisson fut belle et a dépassé nos espérances, plus de 95 romans ont été achetés en l’espace d’une semaine par des collègues universitaires, journalistes et autres qui ont même demandé à ce qu’on prolonge les délais. Le partage sur internet et la dynamique des échanges semble avoir renforcé la motivation des participants qui ont tenu à honorer leur engagement en bravant le froid et la pluie glaciale du week-end pour sortir se procurer un ou plusieurs livres. Pour certains c'était surtout un geste symbolique qu'il importait de faire. Même si beaucoup de participants avaient des livres non encore lus, ils ont tenu tout de même à y participer. Certains ont joint l'utile à l'agréable en achetant des romans et des livres de spécialité.

De quel constat êtes-vous partie lors du lancement de cette initiative ?
L’idée m’est venue à la lecture d’un article sur une initiative lancée au Canada en 2014, elle était intitulée “J’achète un livre canadien”. Cette initiative a montré l’impact immédiat que pouvait avoir en termes de vente une pareille action sur le marché du livre au Québec.
Je venais de rentrer de Béjaïa où j’avais fait le plein de livres très intéressants, des rééditions pour la plupart, des classiques de Taos Amrouche, Mouloud Mammeri, de Pierre Bourdieu, etc.
J’ai constaté avec beaucoup de bonheur que tous ces ouvrages sont édités en Algérie par des maisons d’édition sises à Béjaïa, Tizi Ouzou, Alger, etc. J’ai alors pensé que ces maisons font un travail formidable et peut-être engagé en permettant aux lecteurs algériens d’accéder à des livres qui, sur le plan de la qualité, n’ont rien à envier aux livres édités à l’étranger.

Au-delà de mettre en avant la production littéraire algérienne, votre initiative tient donc du militantisme…
Je crois que ces maisons d’édition méritent d’être encouragées. J’ai pensé que le meilleur moyen de le faire est de les aider à continuer d’exister sur le marché en consommant leurs productions. Cela relève pour nous de l’engagement citoyen. Un livre n’existe pas sans des lecteurs pour le lire, une maison d’édition non plus ne peut pas soutenir longtemps les coûts de la production si les lecteurs n’accomplissent pas l’acte d’acheter.

Comptez-vous organiser d’autres événements de ce genre dans le futur ?
Nous pensons, mes collègues et moi, à organiser d’autres événements autour du livre. Avec Miliani Hadj, professeur de littérature comparée à l’université de Mostaganem, et Mme Motea Benzaza, le chef de département de français, nous pensons déjà à organiser une journée “Libre-échange de livres”. L’idée est que les étudiants échangent des livres entre eux ou les vendent à des prix symboliques. Les enseignants, eux, feront don de certains de leurs livres, romans ou livres de spécialité, en faveur des étudiants pour qui des livres à 100 DA sont un luxe que tous ne peuvent pas s’offrir. D’autres événements publics seront lancés dans les prochains jours sur internet pour sensibiliser davantage les intellectuels à la nécessité de consommer culturellement algérien afin de soutenir le secteur de l’édition du livre en Algérie.

En tant que professeure à l’université, croyez-vous que l’étudiant algérien manifeste un désintérêt pour la lecture ?
Les étudiants ne lisent plus sauf si on les oblige à lire. Même quand c'est le cas, certains trouvent le moyen de lire en diagonale, se contentant de lire des résumés détaillés du livre en question. Certains universitaires non plus d'ailleurs, par manque de temps ou de motivation parfois.

À quoi cela est-il dû ?
Leur argument-prétexte est qu'ils n'ont pas le temps, qu'ils n'ont pas assez de patience pour terminer un livre et que cela les ennuie, ils n'hésitent pas à nous le dire.
Celles et ceux qui lisent se comptent sur les doigts des deux mains mais ils se font de plus en plus rares. Facebook et d'autres réseaux sociaux prennent beaucoup de leur temps. Il me semble qu'on ne leur a pas inculqué le goût de la lecture dès leur jeune âge, et une fois adultes, il faut trouver des structures et des stratégies efficientes pour leur donner ce goût et le transformer en besoin. Il me semble qu'il faut programmer des séances de lecture à tous les niveaux pour espérer rattraper notre énorme retard en la matière et faire en sorte que le livre devienne plus qu'une nécessité, un besoin, car il y va de notre survie et je n'ai pas l'impression d'exagérer de le dire en parlant ainsi. Lire c'est survivre, c'est un travail sur ce que nous voulons être en revisitant ce que nous avons été.

Entretien réalisé par : Yasmine Azzouz



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