Scroll To Top
FLASH
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com

Culture / Culture

Karima Lazali, auteure du “Trauma colonial”, à “Liberté”

“Il nous reste un énorme travail de libération intérieure”

© D. R.

Ce livre, sorti en 2018 à Alger chez Koukou, pose une question fondamentale : “Qu’a fait la colonisation française à la société algérienne” ? Pour y répondre, Karima Lazali mène une enquête en s’appuyant sur sa spécialité, la psychanalyse.  Le trauma colonial a suscité de l’intérêt lors de manifestations littéraires, auprès du public et des institutions spécialisées : universités, instituts culturels, car il aborde un sujet qui ne laisse pas indifférent. 

Liberté : Travailler sur un sujet aussi sensible que le traumatisme colonial exige des connaissances particulières, quels sont vos instruments ?
Karima Lazali : Je suis psychologue clinicienne et psychanalyste, exerçant à temps plein à Paris et à un rythme plus réduit à Alger. Je m’appuie certes essentiellement sur la psychanalyse, mais aussi sur l’histoire, et la littérature algérienne à travers les œuvres de Kateb Yacine, Mammeri, Dib...

D’où est née l’idée du livre ?
Il est parti de questions, d’embarras et d’inquiétudes. Il y a absence totale de travaux en France et en Algérie sur les effets psychiques de la colonisation, ni dans le domaine de la psychiatrie, ni dans celui de la psychologie clinique, ni de la psychanalyse qui est mon domaine. Depuis Frantz Fanon, il n’y a pas eu de travaux dans les deux sociétés et plus largement dans le monde francophone. On a plus de travaux dans le monde anglo-saxon. 

La problématique : comment se transmet la destruction coloniale au fil des générations, quelles sont les incidences de la colonisation sur le plan psychique, comment cela se traduit ? Alors qu’on a des travaux sur les incidences de la shoa, du génocide arménien, des guerres, Il n’y a rien sur la colonisation. Le livre décrypte les impacts de la colonisation sur la société algérienne contemporaine et sur les individus en Algérie. J’essaie de décrire l’histoire de la destruction depuis le début de la colonisation jusqu’à maintenant, c'est-à-dire comment à notre tour on n’a pas pu sortir de cette destruction-là. 

Comment se manifeste cette destruction dans la vie d’aujourd’hui ?
Il y a eu des destructions graves, mais, à l’indépendance, on n’a pas construit un travail de soin pour les arrêter. Quelque chose de ces destructions a été reconduite dans l’entre-soi : sentiment de hogra, d’humiliation, d’immobilisme, d’accablement, de difficulté à se sentir maître de sa vie, à être citoyen…Ce sont des éléments de malaise que l’on retrouve dans la société contemporaine et qui ont une très longue histoire. J’essaie de montrer comment tout cela est relié à l’histoire coloniale et que, hélas, si l’indépendance a été quelque chose de très important, il nous reste un énorme travail de libération intérieure. 

Vous considérez l’oppression coloniale comme une offense faite au peuple algérien
L’offense est l’un des impacts majeurs de la colonisation française en Algérie. C’est pour cela d’ailleurs que la dignité occupe une place centrale chez les Algériens qui ne cessent de la revendiquer.  C’est une réponse à l’immense sentiment d’offense sur plusieurs générations. L’offense, le mépris et l’humiliation trouvent leur expression dans le mot “hogra”. Le contexte historique est lié aux guerres de conquête coloniale, à la guerre d’indépendance et à la guerre intérieure (décennie noire).  

Mais, alors que l’on parle beaucoup des traumatismes de la Guerre de libération, on ne le fait pas autant pour les guerres de conquête, alors qu’elles ont occasionné la disparition d’un tiers de la population algérienne. De là, on comprend l’étendue du traumatisme colonial sur le psychisme de l’Algérien, toutes générations confondues, jusqu’à aujourd’hui. On comprend aussi l’ampleur de la tâche pour y remédier.

  

 



Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER