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Culture / Culture

Mustapha Zarouri, lauréat du prix Assia-Djebar 2017 en langue Amazighe

“La société ne tolère pas les rêves des enfants pauvres”

© D.R

Liberté : Votre roman D wagi id asirem iw a eu le prix Assia Djebar en 2017. Comment avez-vous vécu cette consécration pour un premier roman ? 

Mustapha Zarouri : Cela m’a permis de découvrir cette magie de la lettre qui a libéré ce qui était caché dans mon subconscient. J’ai toujours voulu écrire. Je me suis toujours dit que je finirai ma vie écrivain. Mais je ne savais pas comment ni sur quoi écrire. C’est un projet que je n’ai pas cessé de reléguer durant de longues années. Je sais que j’avais de l’énergie pour écrire, mais j’ignorais comment la faire sortir. Le déclic est un peu inédit. Il y a quelques années, j’ai eu un accident à la maison. Je suis resté inconscient pendant une quarantaine de minutes après une chute. À mon réveil, je ne cessais de me poser des questions sur la vie et la mort.

Je m’étais rendu compte à quel point c’était facile de disparaître. Après une nuit blanche de réflexion, j’ai décidé de me lancer dans l’écriture. J’ai pris mon courage à deux mains. C’était une révélation pour moi. Il fallait que je commence. Pour ce prix, je suis très honoré de l’avoir gagné. Sa valeur symbolique dépasse largement sa valeur matérielle du fait qu’il porte le nom d'une icône de la littérature algérienne, qui est Assia Djebar. Ce qui m'a encouragé pour un premier roman. J'espère aller plus loin, sur le chemin tracé par cette femme qui a marqué la littérature algérienne par sa plume magique.

Racontez-nous comment est née l’idée de ce roman...

Au début, j’ai eu deux personnages. J’avoue que je ne savais pas quoi en faire. J’écrivais et déchirais mes feuilles. Au bout d’une semaine, le roman commençait à prendre forme. Pour l’histoire du roman, j’ai puisé dans ma mémoire. Il y a quelques années, on m’a raconté qu’un instituteur dans une école de village a humilié un élève devant ses camarades. 

Afin de punir l’enfant pour ses mauvais résultats scolaires, l’instituteur a fait monter sur son dos le meilleur élève de la classe et l’a obligé à faire l’âne, puis à faire le tour des rangs. Cette histoire m’a beaucoup marqué et choqué. Je m’étais fait la promesse de la raconter un jour dans un livre. Une autre histoire est gravée dans ma mémoire. 

Avant que je ne rentre à l’école, je devais avoir quatre ou cinq ans, mes frères aînés, à leur retour de l’école,  ne me racontaient que des horreurs de ce qui se passait en classe. Que des punitions. Comme si l’instituteur ne faisait que punir les élèves. À cet âge-là, l’école représentait pour moi un haut lieu de violence et de punitions. J’étais terrorisé avant d’y mettre les pieds. De ces deux histoires, j’ai créé un monde romanesque autour de trois personnages, notamment Ali, un enfant pauvre mais rêveur, l’instituteur violent et égoïste, et Amar Aderwich. Ça m’a servi à monter la trame du roman. J’ai également évoqué une autre violence liée à la décennie noire. 

Le roman parle du rêve d’un enfant pauvre que l’entourage veut briser. La société prône-t-elle l’échec ? 

Cela pourrait exister bien évidemment. Il arrive que la société exerce de la violence. Il faut souligner que l’histoire du roman se déroule à une période bien déterminée. Une période qui a marqué l’histoire contemporaine de notre société. 

C’est une période particulière qui est la décennie noire. Dans un autre registre, la société, de manière générale, et la nôtre, en particulier, ne tolère pas qu’un enfant puisse rêver au-dessus de ses moyens ou au-dessus de son rang social. Un enfant issu d’un milieu pauvre qui caresse le rêve de devenir pilote de ligne, c’est le rêve impossible dans notre société. Son entourage ne voyait en lui qu’un enfant désœuvré et raté. Mais ce qui a brisé davantage l’enfant, c’est l’attitude de l’instituteur à son égard, parce qu’il comptait beaucoup sur son aide. Il croyait que son instituteur allait lui montrer le chemin de la réussite. Il s’appuyait sur lui de toutes ses forces. Sauf que l’instituteur s’est montré humiliant et égoïste. 

Votre roman a été traduit en langue arabe en 2019. Comment a-t-il été accueilli par le lectorat arabophone ?

J’ai traduit le roman moi-même en langue arabe. Sa sortie a connu un petit retard. D’ailleurs, au Sila 2019, je n’ai reçu qu’une cinquantaine d’exemplaires seulement. Le quota, je l’ai écoulé rapidement et plusieurs lecteurs sont repartis bredouilles du Salon. Pour ce qui est de cette traduction en langue arabe, j’en ai fait presque un tout autre roman. C’est difficile de se traduire. 

À chaque fois, on est tenté de changer des choses, de s’autocritiquer. En plus, il ne s’agit pas d’une simple traduction d’une langue à une autre. C’est d’une culture à une autre.

Il y a des choses dans nos traditions qui n’ont pas d’équivalents dans d’autres langues et cultures. Le roman a été préfacé par Waciny Laredj, une sommité littéraire nationale. Une traduction en langue française est déjà en cours. 

 

 

Propos recueillis par : Ali Cherarak


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