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Culture / Culture

Abderrahmane Harrat a décroché le premier prix d’Al Jazeera documentaire du court métrage

La voix de “Jamila au temps du hirak”

© D.R

 Le réalisateur a posé sa caméra face à Jamila, une sans-abri de la ville de Annaba, ayant retrouvé espoir et confiance grâce à la “révolution du sourire”, qui donne la parole à tous.

Après le Booker Prize du roman en langue arabe décerné à l’auteur Abdelouahab Aïssaoui, voilà que l’Algérie se distingue encore une fois par ses jeunes bourrés de talents, dans les différents domaines artistiques et culturels. Cette fois-ci, c’est le jeune réalisateur Abderrahmane Harrat qui a raflé, le 13 avril, le premier prix du concours Al Jazeera documentaire du court métrage, pour son film Jamila fi zaman el-hirak. Réalisé cette année, ce petit bijou de 7 min. est déchirant et révoltant à la fois, car il dresse le tableau d’une frange de la société complètement oubliée de tous, à savoir les sans-abri.

En lisant le titre, nous pensions aux “Djamilate” du Hirak, mais ce n’est nullement le cas, il s’agit d’une autre “Djamila”, mais qui a autant de poigne et de force. Cette femme courage est Didi Mabrouka (connue sous le nom de Jamila), qui, depuis 15 ans, vit dans les rues de Annaba, et son seul refuge est la vieille ville, dans le quartier de la place d’Armes où elle a élu domicile. Abderrahmane Harrat a réussi à nous introduire en seulement quelques minutes dans l’intimité de cette femme, qui se dévoile sans artifice ni maquillage.

Elle se confie sur sa vie, loin d’être rose, sur ses peurs et ses rêves ; elle qui n’y croit plus vraiment. Cette confession intime est livrée avec beauté, tantôt avec amertume dans la voix, tantôt en laissant échapper une lueur d’espoir sur son visage, dont le regard n’exprime que douleur. Loin d’imaginer qu’elle allait sortir du gouffre quotidien, ce jour-là est arrivé pour Jamila, et ce fut un certain 22 février 2019, naissance du soulèvement populaire. “Au milieu des manifestants, personne ne sait que je suis une sans-abri.

Nous retrouvons des ‘mahgourine’, des chômeurs, des gens contre le système… Et moi, je marche pour le pays et contre la ‘hogra’ qui y règne. Aussi pour les gens comme moi, dont personne ne s’inquiète de savoir si nous sommes morts ou vifs.” Filmée dans les manifestations du vendredi, Didi Mabrouka se fond dans la foule en scandant différents slogans, notamment “Istiqlal” (indépendance), car cette “révolution du sourire” lui a donné du “courage” et de la “confiance”.

En somme, elle se “sent renaître” ! La protagoniste de ce court métrage fait penser à Malika, héroïne du dernier documentaire de Hassen Ferhani 143, rue du désert, où nous faisons face à ces deux personnages d’un certain âge : l’une SDF et l’autre gérante d’un relais au fin fond du désert, qui résistent au poids d’être une femme sans attaches, dans une société misogyne et patriarcale. De vraies femmes courage qui attendent de voir éclore une Algérie nouvelle, dans laquelle leurs droits ne seront pas bafoués.

Ce premier concours d’Al Jazeera documentaire du court métrage a pour but de “découvrir” et d’“encourager” les jeunes réalisateurs arabes. Pour cette édition, 400 cinéastes d’une trentaine de pays y ont participé. Le premier prix est doté d’une somme de 3000 dollars, le deuxième de 2000 dollars et le troisième prix de 1000 dollars. Originaire de Annaba, Abderrahmane Harrat est infirmier. Depuis son entrée dans le monde cinématographique, il exerce comme chargé de l’audiovisuel au CHU de sa ville. Il a à son actif le long métrage L’Amour du diable et le court métrage Désolé (primé au 2e Festival international de Annaba du film méditerranéen).

Pour Jamila fi zaman el-hirak, le réalisateur nous a confié qu’il la connaissait depuis son enfance. “Elle squatte souvent dans mon quartier (place d’Armes, ndlr), je voulais alors faire un film sur les sans-abri. J’ai postulé en 2017, au laboratoire de création documentaire organisé par l’IFA, mais mon projet n’a pas été retenu”, a indiqué Harrat. Cet “échec” n’a pas découragé Abderrahmane. Motivé, il a décidé de poursuivre ses rêves en réalisant ce docu avec ses propres moyens pour participer au concours d’Al Jazeera.

Au sujet de la relation de confiance entre lui et sa protagoniste, il a expliqué qu’il filmait avec son smartphone de loin sans “qu’elle soit avertie”. Concernant ses confessions, elle s’est prêtée au jeu naturellement dans “l’espoir que ça l’aide à obtenir un logement”. Et d’ajouter : “Jamila participait aux manifestations pour faire entendre sa voix et celle des gens qui n’ont pas de quoi se nourrir. Elle est toujours dans la même situation, mais le Hirak l’a aidée à reprendre confiance. D’ailleurs, elle est devenue très populaire.” 

 

 


H. M. 


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