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Culture / Culture

Son livre paru en 2010 sera disponible au SILA et traduit en arabe

Le colonel Lotfi vu par sa fille


Quand bien même Chahida Dghine-Ousseimi n’a pas connu son héros de père, celui-ci semble beaucoup compter dans sa vie. Il ne pouvait d’ailleurs en être autrement !

La fille du colonel Lotfi, Chahida Dghine-Ousseimi, vient de nous annoncer la traduction prochaine en arabe de son opus publié en 2010 sur son défunt père intitulé Lotfi, plus qu’un symbole, un homme. Il faut savoir que cet ouvrage peu diffusé en Algérie, et qui sera probablement disponible au prochain Sila (du 26 octobre au 5 novembre), comporte en fac-similé des documents d’importance, à l’instar de manuscrits, de photos rares et de la correspondance personnelle du dirigeant de l’ALN, une figure mythique de la Révolution algérienne, décédé à l’âge de 26 ans. Ce petit livre devait à l’origine être traduit en arabe par le ministère des Moudjahidine. “En vain, la promesse personnelle de l’actuel ministre Tayeb Zitouni ne sera pas tenue !”, nous apprend, au passage et sans ambages, l’auteure, issue d’une prestigieuse université américaine. Lassée d’attendre cette traduction, Chahida, qui est également éditrice à l’étranger, a décidé de passer la vitesse supérieure en s’adressant directement à un éditeur algérois de son choix. Son livre dédié à son père ne vise, précise-t-elle “aucun but mercantile”. Quand bien même elle n’aurait pas connu son héros de père, celui-ci semble beaucoup compter dans sa vie. Il ne pouvait d’ailleurs en être autrement ! Mais d’abord pourquoi ce livre ? À l’image de son père biologique, la fille semble bel et bien avoir été mordue, elle aussi, par un goût prononcé pour la littérature. Et pour cause, le colonel Lotfi lui a légué, à travers sa mère, un précieux recueil de poèmes comportant des mots vibrants qui ont dû stimuler à jamais son inclination pour la création littéraire. Si l’on en croit la quatrième de couverture, il s’agirait d’un “tendre et bel hommage” de Chahida pour son père ; mais “au fil des pages, elle tente de restituer certains moments et souvenirs de la vie si brève de cet homme qui a frappé l’imaginaire de toute une nation par sa maturité précoce, son intelligence, son engagement et son courage, mais qui demeure jusqu’à ce jour encore totalement méconnu”. À la lecture de certains passages, la douleur est parfois poignante et le chagrin déchirant pour ce père absent. Reconnaissons tout de même à Chahida le mérite d’avoir le cœur bien accroché et les nerfs assez solides pour avoir vécu, pour sa part, une expérience pour le moins traumatisante et qui constituera le début de son engagement. En commentant le poème d’Arthur Rimbaud Le dormeur du Val que son père chérissait par-dessus tout, Chahida raconte, dans un flot d’émotions, comment elle a découvert, pour la première fois, au 45e anniversaire de la mort du chef de la Wilaya V, la “photo fatidique et cruelle” du visage de son père sans vie, “un beau visage enturbanné à la façon des hommes du désert, fier et digne”… “Ce soir-là, je fis la promesse de restituer un peu de sa vie et de lui rendre hommage à ma manière.”

C’est aussi la fille de… Fatima Mechiche
Chahida est aussi la fille de Fatima Mechiche, veuve du colonel Lotfi, et de Mohamed Khemisti, premier ministre des Affaires étrangères de l’Algérie indépendante assassiné en 1963. Cette moudjahida que Dieu lui prête une longue vie est montée au maquis à l’âge de… 16 ans. Il convient de noter que Fatima Mechiche est l’une des premières femmes députées en Algérie à l’Assemblée constituante et l’unique femme à représenter l’Algérie à l’ONU à New York en 1962 à la tête d’une délégation de… 33 hommes ! L’opinion retient surtout d’elle “l’égérie” du colonel Lotfi à travers ses lettres émouvantes qu’il lui adressait tendrement. Le livre de Chahida en comporte d’ailleurs plusieurs extraits. Aussi, au-delà des vicissitudes de la vie politique en Algérie, un autre maquis s’il en est, le parcours de Fatima Mechiche, mériterait d’être consigné pour la postérité à travers ce qui peut tenir lieu de véritable document, cette femme au destin exceptionnel n’a pas encore répondu à l’appel, maintes fois réitéré à l’adresse des moudjahidine et des moudjahidate afin d’apporter leurs témoignages au sujet de cette œuvre exaltante qu’était la Guerre de libération nationale. La nature ayant horreur du vide, il est à craindre que ce seront les fanfaronnades de certains imposteurs au pouvoir qui prendront, à jamais, le dessus sur les véritables protagonistes, qu’ils soient vivants ou décédés. C’est pourquoi donner un contenu opérationnel à cette exhortation du reste officielle est toujours une occasion propice pour enrichir l’historiographie de l’Algérie. Ainsi, à la question de savoir si sa mère, une femme lettrée s’il en est, allait franchir le pas pour mettre par écrit un certain nombre de choses qu’elle a vécu, Chahida nous apprendra que Fatima Mechiche s’est déjà essayée avec elle à cet exercice mais, à chaque fois, elle se laissait finalement emporter par ses émotions. “Le but étant bien évidemment de rapporter des faits le plus objectivement possible, une personnalité plus neutre serait à même de mieux organiser son récit et apporter, sans doute, plus de recul. L’idée serait de lui offrir un cadre «apaisant». Peut-être avec quelqu’un d’autre, moins proche, elle pourra alors évoquer plus facilement qu’avec sa propre fille certaines périodes difficiles de sa vie.” Il est vrai que rédiger ses mémoires implique toujours un affrontement avec ses souvenirs, les bons comme les mauvais. Écrire l'histoire, c'est toujours gérer un passé. D’où la difficulté…

Mohamed-Chérif Lachichi


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