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Culture / Culture

Sur initiative de l’association culturelle Ighran d’Agouni Gueghrane

Le parcours du mythique artiste Slimane Azem revisité

Conférence-débat portant sur la vie et l’œuvre de Slimane Azem. ©O. Ghilès-Liberté

Trente-cinq ans après la disparition du regretté Slimane Azem à Moissac (France), soit le 28 janvier 1983, à l’âge de 65 ans, l’association Ighran d’Agouni Gueghrane (daïra des Ouadhias, à une trentaine de kilomètres de Tizi Ouzou) a réussi à revisiter le parcours exceptionnel de ce grand artiste.

Durant deux jours (26 et 27 janvier), la population d’Agouni Gueghrane a eu l’occasion d’écouter le prestigieux répertoire musical de Dda Slimane diffusé en boucle à hauts décibels, et ce, dans le cadre de la célébration du 35e anniversaire de la disparition de Slimane Azem, organisé par l’association Ighran. Pour le premier jour, une foule nombreuse guidée par les organisateurs et le maire de cette commune rurale a procédé au dépôt de gerbes de fleurs à la maison natale du défunt Slimane Azem qui est actuellement en ruine et a besoin d’une grande rénovation. “Nous remercions tous ceux qui ont contribué à l’organisation de ce vibrant hommage à notre illustre artiste. Il faut que chacun d’entre nous contribue à la réhabilitation de cette icône de la chanson kabyle. Nous regrettons que les activités sportives soient annulées à la dernière minute alors que tout a été préparé avec la DJS de Tizi Ouzou pour embellir davantage cet événement”, dira, avec regret, Ahcène Adil, en sa qualité de vice-président d’Ighran. De son côté, le P/APC Farid Bachouche a tenu à féliciter les membres de cette jeune association pour tout ce qu’ils ont entrepris pour la réussite de l’hommage rendu à cette grande légende de la chanson kabyle, et il a promis l’aide de l’APC aux côtés d’Ighran pour concrétiser son programme d’action culturelle. Durant ces deux jours, de nombreuses activités ont été organisées sur la grande place d’Agouni Gueghrane. En plus de l’exposition d’une quinzaine de véhicules de collection des années 50/60, d’autres artisans ont exposé des produits et des objets du terroir. L’après-midi, le journaliste Amar Zentar et Arab Aknine, militant bien connu du mouvement berbère, ont animé une conférence-débat portant sur la vie et l’œuvre de Slimane Azem. Amar Zentar s’est attardé sur la biographie de l’artiste sans occulter la lutte du chanteur pour enregistrer ses premières chansons en 1956, avec son titre légendaire Afegh a y ajrad tamurtiw (ô criquets, quittez mon pays !), diffusé par Radio-Paris mais interdite juste après par Radio-Alger. “D’ailleurs, dira-t-il, cela lui valut d’autres privations et sanctions diverses.” Il s’étalera aussi sur une période tumultueuse de sa vie à cause des plans machiavéliques des responsables de l’époque coloniale pour le discréditer puis sur son départ en France sous prétexte d’enregistrer d'autres chansons.
Le conférencier démontrera avec force détails son action au sein de l’académie berbère dont il était membre fondateur avec d’autres militants et artistes, à l’exemple de Taos Amrouche, Farid Ali et Bessaoud Mohand Arab. “Slimane Azem était militant du MTLD et un grand révolutionnaire que personne n’a le droit de bannir”, clamera-t-il. Arab Aknine rendra hommage tout d’abord aux organisateurs de cet événement. “Même si ces jeunes de l’association n’étaient pas encore nés lorsque Dda Slimane rendit l’âme, ils ont tenu à lui rendre hommage. C’est de bon augure parce que les grands hommes ne meurent jamais”, dira Arab Aknine, qui établira une grande similitude entre Slimane Azem et l’autre pilier de la poésie kabyle, Si Moh U M’hand. “J’ai analysé 176 poèmes de Dda Slimane. On distingue dans ce corpus trois grands thèmes : poésie, musique et politique. C’est une poésie forte et dense”, dira-t-il encore, avant d’énoncer tous les sujets chantés par l’artiste, à savoir la nostalgie, l’identité berbère, l’amitié, la fidélité, l’amour, la spiritualité et la foi, surtout la chanson de l’exil. L’orateur donnera des exemples édifiants sur l’engagement politique de l’artiste avant et durant la guerre de libération nationale et après l’indépendance. “Il fut l’héritier de Si Moh U M’hand et de nombreux chanteurs ont pris son chemin, j’estime que Lounis Aït Menguellet est son digne héritier”, enchaînera-t-il. Un large débat fut instauré, et la nombreuse assistance a jugé qu’il est temps de réhabiliter l’homme et d’ériger une statue à son effigie dans son village natal. “De cette tribune, je dirai à tous ceux qui veulent effacer le combat de notre illustre Slimane Azem et le bannir qu’Agouni Gueghrane n’est pas à vendre. Notre dignité est imperturbable en dépit des pressions et des privations à notre encontre. Nous sommes déterminés à le réhabiliter tel qu’il se doit”, clamera haut et fort Hocine Azem, un membre de sa famille.

O. Ghilès


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